L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?

  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

Résolution de la crise européenne

La crise européenne est triple : fiscale (Grèce, par exemple), de compétitivité (différentiel salaires / productivité), bancaire.
Elle vient de ce que la zone euro n’est pas finie, mais que les marchés ont anticipé ce changement. Ce faisant, ils l’ont empêché en apportant une prospérité trompeuse.
Tout l’intérêt des acteurs de la crise (BCE, Allemagne, FMI et divers pays à réformer) est d’installer des eurobligations et une protection des pays en danger. Mais ils ne peuvent le dire :

  1. pour fournir l’anxiété de survie dont a besoin la réforme ; 
  2. pour que chacun prenne sa juste part des sacrifices.
Autrement dit, le processus ne peut pas réussir, s’il ne peut échouer. Et il le fera à la dernière minute, dans le chaos.

Y a-t-il un économiste dans la salle ?

Anonyme du 1er janvier me conseille de recruter un économiste. Je suis donc allé chercher qui embaucher dans les pages de The Economist (Marginal revolutionaries).

Malheureusement. Ici aussi, rien ne va plus. La discipline est en plein chamboulement. Les économistes officiels d’hier ayant perdu toute crédibilité, les théories fleurissent de partout. Illustration du dégel de Kurt Lewin ?

Dans ce monde, Paul Krugman semble faiseur de rois. C’est lui qui dit qui il faut prendre au sérieux, amis et, curieusement, ennemis.

Trois écoles sont apparues.
  1. Le monétarisme de marché. Apparemment une évolution du monétarisme précédent. Au lieu de maintenir une croissance hors inflation à une valeur donnée, la banque centrale doit garantir la valeur croissance + inflation. Ce qui créerait une sorte de système vertueux autorégulé.
  2. Une résurgence de l’école de Vienne (autrichienne, en français ?) de von Mises, qui semble dire que le mouvement libéral des dernières années a échoué par manque de radicalisme. Liquidons l’État et tous les outils de régulation du marché ?
  3. Le néochartalisme, apparemment une résurgence d’un mouvement prékeynésien, qui penserait que la monnaie n’est rien sinon un outil de régulation de l’économie. (Dans ces conditions, il n’y a pas de crise de la dette européenne : la BCE n’a qu’a imprimer de l’argent et acheter les dettes des nations en difficulté ?)

Compléments :

BCE de dernier ressort

Il se confirme que la BCE est devenue un prêteur de dernier ressort.
Elle a prêté 489md€ (!), à 1% sur trois ans, aux banques européennes, en espérant qu’elles investiraient dans la dette européenne, et éventuellement dans l’économie. Pour le moment ça ne marche pas, mais ça a au moins évité au système financier de jouer les dominos. (Hose and dry)
Quant à l’Allemagne, cette attitude ne semble pas heurter sa rigoureuse morale. 

FMI et Europe

La BCE et les banques centrales européennes cherchent à prêter au FMI pour qu’il puisse prêter aux pays européens, ce qu’elles ne peuvent pas. Goldman Sachs serait fier de nous.

D’après The Economist, ça ne marchera pas : si le FMI prête, ce sont les Européens qui restructurent, et comme le prouvent la Grèce, le Portugal et l’Irlande, ils ne sont pas compétents. (Cash for credibility)

Avenir décidément noir ? Et si, sachant que leurs prédictions sont auto-réalisatrices et que rien ne va bien, nulle part, les marchés financiers, fatigués de tant d’incertitudes, décidaient de croire au père Noël (c’est-à-dire l’Europe) ? 

BCE et Goldman Sachs

La BCE va prêter au FMI pour qu’il puisse prêter à son tour au Fonds de Solidarité. (FESF : pour sauver la zone euro, la BCE pourrait prêter via le FMI)

Cela permet à la BCE d’avoir le rôle de prêteur de dernier ressort d’une banque centrale, sans le dire. Donc de trahir l’esprit de sa mission, en étant fidèle à sa lettre.

C’est du Goldman Sachs tout craché. Y aurait-il un lien entre cette manœuvre et le fait que Mario Draghi a été un employé de Goldman Sachs ?

Quid de la rigueur intellectuelle du Dr Merkel ? 

Faiblesse démocratique

Éternelle question : pourquoi certains pays sont craints des marchés et pas d’autres ?

Parce que leur mécanisme de décision n’est pas suffisamment rapide et efficace. C’est, en particulier le cas de la zone euro. En outre, il lui manque une banque centrale capable de compenser un processus démocratique incertain. « En Europe, on assiste à un vide politique dans lequel s’engouffre la spéculation » – LeMonde.fr

Et si la zone euro était trop démocratique ? 

BCE de dernier ressort

L’expérience montre que les marchés ont besoin d’un prêteur de dernier ressort pour leur éviter de connaître des crises de folie. C’est le rôle traditionnel d’une banque centrale. Il est étrange que la BCE n’ait pas encore compris cette évidence. Voici ce que dit, en substance, l’économiste anglo-saxon admiré. (Exemple : The ECB’s Battle against Central Banking – J. Bradford DeLong – Project Syndicate.)

Nos gouvernants sont-ils idiots ? Poussés par un complexe de supériorité (Allemands) ou la lâcheté (France) ? Ou doivent-ils louvoyer avec leur opinion ?…
En tout cas, ils semblent, crise après crise, tenter un bricolage (le fonds de solidarité) qui ressemble de plus en plus à la fonction, qui ne dit pas son nom, de prêteur de dernier ressort d’une banque centrale. 

Référendum grec

Pourquoi le premier ministre grec demande-t’il a son peuple d’approuver le plan de sauvetage de leur pays par référendum ? Je ne lis, ou n’entends, rien de très convainquant.

Et si le billet précédent donnait un indice ? Si la société grecque a pour principe l’assistanat, il est impossible de lui faire prendre la moindre décision responsable. Le seul moyen est de la mettre face au chaos. Soit elle accepte la politique de son gouvernement, et est liée par sa décision. Soit elle la refuse et est la cause de ce qui pourrait bien être, pour elle et le reste de la planète, un cataclysme redoutable.

Technique de la « burning platform » ?

Compléments :