L’étranger vache à lait de l’université anglaise ?

Dimanche, la BBC considère le sort de l’étudiant étranger.
300.000 étudiants, qui rapportent 2md£. Pas très bien traités, ils paient cher, mais moins que demain : les universités devront compenser les effets du plan de rigueur gouvernemental.
Quelle part de ces revenus est due à l’excellence universitaire anglaise ? à l’anglais ? Me suis-je demandé. 

Ingénieur mal aimé

Une émission de la BBC, ce matin, se demandait pourquoi l’ingénieur, qui a fait la fortune de l’Angleterre, n’est plus aimé.Réponse d’un interviewé : « faire » n’intéresse plus.
Il me semble effectivement que ce qui plaît, notamment au surdiplômé, n’est plus de créer, mais de diriger. D’où le développement spectaculaire des écoles de commerce et des MBA.
Cause de cette mode ? Il est tentant de voir un parallèle avec le triomphe de l’individualisme. Pour celui qui ne pense qu’à son intérêt, une carrière de dirigeant rapporte bien plus et avec beaucoup moins d’efforts que le parcours du combattant de l’innovateur ou de l’entrepreneur – qui doivent transformer la société pour réussir. En outre, elle gratifie immédiatement la soif matérialiste moderne.
Compléments :
  • Exemple annonciateur de la victoire de ceux qui exploitent sur ceux qui font : La fiancée du pirate.
  • Dans un monde ou « faire » n’est pas noble, on ne travaille que sous la contrainte. D’où lutte des classes peu créative, et pauvre humanité. 

Irak et liberté

Reportage de la BBC (From our own correspondant). Un irakien explique qu’il a perdu sa liberté. Ses opinions pourraient lui coûter la vie (il part d’ailleurs aux USA). Sous Saddam il faisait ce qu’il voulait.
Le régime de Saddam était occidentalisé, son renversement a amené le déchaînement des forces traditionnalistes, muselées jusque-là ? Résultat d’un changement mené par des idéalistes : l’inverse de ce qu’ils en attendaient ?

Dehors l’immigrant

Partout en Europe l’immigrant est un mal aimé. Le correspondant européen de la BBC émet une intéressante hypothèse sur la cause de ce phénomène : « malaise dû à la vitesse à laquelle la société change, et inquiétude que des sociétés puissent développer des communautés distinctes et parallèles ».
Le modèle national se disloque ? Ceux qui ont la possibilité de se replier sur une identité résiduelle le font ? L’apparition de communautés distinctes suscite la rancœur de la majorité restante contre elles, ce qui accélère la séparation ?
Faut-il redonner une identité séduisante à la nation, ou inventer une superstructure qui permette la cohabitation fructueuse de « petites » cultures, y compris non nationales ? Après tout, il y a sûrement plus à gagner qu’à perdre de la diversité.
Si l’on veut que notre culture accepte la diversité, il faut la faire changer. Comment ? La technique habituelle pour cela est la jurisprudence. On utilise les crises que pose l’apparition de communautés distinctes. Elles révèlent un conflit entre des règles implicites des deux communautés, qu’il s’agit de pêcher dans l’inconscient collectif (d’où complexité de l’exercice que certains sociologues américains appellent « dialogue »). La « jurisprudence » consiste à élaborer des règles nouvelles qui transcendent ces oppositions apparentes. 

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.
Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 
C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.
Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

BBC 4

Les mauvaises nouvelles de la radio d’Etat m’usent. J’écoute, quand la météo le permet, BBC 4.
BBC 4 ne change pas. Toujours les mêmes émissions. Desert Island Disks, You and Yours, Any Questions, The Archers, feuilleton qui a commencé dans les années 50… et les tests matches de cricket (monde mystérieux et fascinant de termes incompréhensibles : LBW, Off stump, leg off…), grands drames d’émotion…
Même la société ne semble pas bouger, depuis quelques temps j’entends parler d’un nouveau « Jack l’éventreur », qui aurait assassiné plusieurs prostituées (quand il ne tuait pas il écrivait une thèse de criminologie, semble-t-il). Comme à l’époque de Victoria. Hier un ministre lib-dem était accusé d’avoir fait payer à l’État le loyer de son amant, dont il voulait taire l’existence (pour vivre avec lui il le faisait passer pour son logeur), lui-même ayant un foyer officiel, tout à fait respectable…La classe supérieure anglaise demeurera éternellement au dessus des règles de la société.
Tocqueville admirait l’Angleterre, et cette classe supérieure, d’avoir su ne pas changer. Il avait certainement raison. Elle s’est adaptée aux temps pour ne pas avoir à toucher à ce qui comptait réellement pour elle. On lui appartient de parent en enfant. En fait, plus qu’une différence de fortunes, pourtant colossale, ce qui sépare riches et pauvres est une différence de cultures.

Compléments :

  • Le ministre (David Laws) ci-dessus a démissionné presque immédiatement après l’annonce.

Où va l’économie ?

C’est quand même bizarre. Il y a quelques temps on nous disait qu’il fallait des déficits pour relancer l’économie, sinon catastrophe. Puis, le déficit devient le mal absolu. J’entends ce matin que, maintenant, il faut réduire les déficits tout en restructurant l’économie pour qu’elle redémarre.
D’ailleurs le gouvernement anglais, qui n’est jamais en retard sur les idées des économistes et des marchés, annonçait hier un premier plan d’économies, susceptible, aussi, de stimuler l’activité nationale.
Les observateurs étrangers nous répètent que nous (l’Europe) n’avons plus les moyens d’un système social trop coûteux. Qu’il va falloir simplifier les licenciements et les embauches. Les nouvelles de la BBC observaient ce matin que ça nous ferait ressembler aux USA.
Que penser de tout cela, me suis-je demandé ?
  • Tout d’abord, peut-être, mais suis-je objectif ?, que ce que l’on découvre, c’est ce que dit ce blog depuis toujours : il n’y a eu aucun changement. Ce qui effraie dans la crise grecque, c’est qu’une faillite du pays provoquerait un effondrement des banques mondiales, toujours aussi sous-capitalisées et systémiquement liées. Il n’y a pas eu de miracle. Le changement est devant nous.
  • Et peut-on accorder aux économistes et à leurs visions apocalyptiques la moindre crédibilité compte-tenu des opinions qu’ils ont exprimées jusqu’ici ? Les économistes sont les équivalents modernes des médecins de Molière. D’ailleurs, l’hypothèse fondamentale de l’économie est que le monde n’est fait que d’individus isolés, est-il étonnant qu’une telle science ne puisse voir pour nous qu’un avenir individualiste, sans solidarité sociale ? Prévision auto-réalisatrice ? Ou retour de l’idéologie libérale qui nous dit, d’une nouvelle façon, ce qu’elle nous disait avant la crise ? Et qui en profite pour se venger de l’Europe-Antéchrist ?

Mon expérience du changement me fait croire que « qui veut peut ». Si nous voulons conserver notre protection sociale tout en restant économiquement efficaces, c’est possible. (D’ailleurs, la protection sociale a un intérêt économique évident : elle est plus efficace qu’une thésaurisation individuelle, et elle libère la capacité de dépense de l’individu, qui ne se préoccupe pas de son avenir.) Mais, encore faut-il le vouloir.

Compléments :

Soviétique Amérique

« L’Amérique a projeté une image de modernité, de supériorité technologique, cachant un honteux petit secret. Derrière le chrome, ça tombe en ruines. (…) Beaucoup d’Américains ne voyagent pas beaucoup et peuvent ainsi croire leur propre propagande ». Voici ce que dit le correspondant de la BBC à Washington, qui a été privé d’électricité pendant 48h.

Raison ? Fils électriques aériens, si bien que dès que le temps se gâte, ils sont coupés.

C’est étrange comme cette description ressemble à celle que l’on aurait pu faire de l’URSS, il y a quelques décennies. C’est aussi bizarre que l’on ait pu nous donner en exemple de tels pays pendant aussi longtemps, et que nous ayons pu croire ce que l’on nous disait.