Du journalisme à la BBC

En écoutant la BBC, je m’interroge sur ce que devrait être le journalisme. 

D’abord, cela me fait prendre conscience de ce que je n’aime pas du journalisme moderne. Il a souvent un côté « gros malin » : « vous ne me la ferez pas ». Il est cynique, au mauvais sens du terme. Celui qui amène à se replier sur sa médiocrité méchante. Il a aussi un parti pris. Il a une ligne. En 68, on disait « d’où parles-tu ? ». Eh bien le journaliste me semble souvent parler de quelque part. Il est une pendule arrêtée. Il sait ce qui est le bien. Il ne nous apprend rien.

Il me semble, au contraire, que le modèle de la BBC est l’enquête. Et l’enquête part du doute absolu. Et le doute absolu est aussi le point de départ du citoyen : le citoyen ne sait rien, mais doit se faire une opinion. C’est le juge ultime. Et il exprime son jugement par le vote. J’ai l’impression, qu’à l’origine, au moins, la BBC a voulu être la voix du citoyen. Et que c’était une très bonne idée. 

Miss Marple

Au fond, Agatha Christie a anticipé les travaux modernes sur les biais humains. Elle aurait dû recevoir le prix Nobel d’économie. Les émissions de BBC4 extra, suite. Miss Marple

En effet, tout son travail consiste à jouer sur l’inertie intellectuelle du lecteur, sur ce qui l’amène à être victime des apparences, et à utiliser des « euristiques » pour passer, instantanément, de l’observation au jugement. 

Tout le talent de Miss Marple est celui du paradoxe. Elle ne croit pas les gens sur paroles. Car ils trichent avec eux-mêmes. Elle cherche la bizarrerie, révélatrice. Et c’est d’infime bizarrerie en infime bizarrerie qu’elle finit par reconstruire une toute autre réalité que la pièce de théâtre que joue la société. 

Bilan Brexit

Las de la radio française, je me suis mis à écouter BBC4. J’y ai beaucoup entendu parler de Brexit. Voilà ce qu’il me semble avoir compris :

Première découverte : l’Angleterre était devenue totalement dépendante de l’immigration. C’est exactement la logique de la délocalisation. Ce type d’immigration permet de disposer de personnels dont l’avantage concurrentiel est qu’ils ne ressortissent pas aux droits de l’homme. J’ai entendu même dire qu’il y avait des milliers de personnes qui sont en situation d’esclavage, pour les mêmes raisons que l’on parle d’esclavage au moyen-orient. Grâce à cette immigration massive, prête à tout accepter, l’entrepreneur n’a plus besoin d’innover, et l’Etat d’investir. Le pays paraît dans un état désastreux.

Si le Brexit s’est fait au nom de l’UE, c’est parce que l’UE a été instrumentalisée par la classe dirigeante anglaise pour diffuser tous azimuts ses idées. (C’est ainsi que l’UE s’est élargie à des pays qui ne partageaient pas ses valeurs.) Sortir de l’UE était donc la condition nécessaire pour rappeler à l’ordre cette élite dirigeante. C’est ce qu’a compris Boris Johnson, qui, avec son programme « levelling up », enterre la politique menée depuis Mme Thatcher. Désormais, il promet à l’Angleterre de la productivité, donc des emplois bien payés et qualifiés.

J’explique souvent, ce qui surprend, que la résistance au changement est un suicide. En effet, être prêt à se suicider est la mesure la plus dissuasive que l’on puisse inventer. Il se trouve que, effectivement, le Brexit ressemble à un suicide. Samedi dernier, j’entendais parler de l’agriculture anglaise. Les éleveurs de porcs ont dû tuer leurs animaux, car les abattoirs ne peuvent plus le faire, faute de personnels immigrés ; il n’y a plus de subventions, de normes et de protections européennes ; le pays a signé un accord de libre échange avec l’Australie, qui, apparemment, a des exigences de qualité moindres que l’Angleterre… Et la puissance de la grande distribution anglaise n’a rien à envier à celle de son équivalent français. Au moment où l’on parle de circuits courts, on entend dire que l’agriculture britannique doit entrer dans la supply chain mondiale ! Et que, d’une manière générale, il faut attendre le fameux « levelling up » de l’investissement étranger ! Pays à vendre ? 

Ce qui ne tue pas renforce. Certes, mais la situation anglaise est extrêmement préoccupante. 

(PS. On traduit « levelling up » par « nivellement par le haut »…)

Les Anglo-saxons et notre débat présidentiel

Notre débat présidentiel a suscité des évaluations diverses. Les commentateurs français ont donné une nette victoire à M.Hollande. Les Français, eux, sont partagés mais plutôt indifférents. Le New York Times et la BBC, à l’envers de notre presse, estiment que Nicolas Sarkozy a dominé le débat présidentiel. The Economist adopte une argumentation qui ressemble à la mienne et conclut que techniquement il a été surclassé.

Comment expliquer ces différences ?

Chacun probablement voit midi à sa porte. The Economist constate « qu’intelligemment » M.Hollande a fait mentir les plans de M.Sarkozy, la presse anglo-saxonne apprécie le comportement de M.Sarkozy, « businesslike » comme on dit chez elle, le Français pense « tous les mêmes », et notre presse admire l’intelligence subtile du haut fonctionnaire, produit d’élite du modèle français…

Record pour Rolls Royce

BBC ce matin. Rolls Royce a établi un record de ventes historique.
Il y a la Chine, mais pas uniquement. Les ventes en Angleterre sont en hausse de 30%. Les riches auraient-ils une bonne crise ?  
Curieusement, tout ceci est dit avec un fort accent allemand. Rolls appartient à BMW.
Le journaliste de la BBC s’interroge : qu’est-ce qui fait que les entreprise anglaises (comme Jaguar et Rover) ne réussissent que lorsqu’elles appartiennent à des étrangers ? 

Italie peu crédible

Une fois encore, la BBC se demandait ce matin pourquoi l’Italie était plus mal jugée que l’Angleterre par les marchés (et les agences de notation) alors qu’elle semble dans une situation financière plus solide.
Réponse de son invité : problème de croissance (pourtant l’Angleterre ne croît pas beaucoup ?) et surtout de crédibilité (mais l’invité note que son ministre des finances mène une politique avisée !).
Ce qui semble confirmer un précédent billet (Causes de la crise de l’euro) : en dehors de la Grèce, le problème de la zone euro est une question de liquidité (faute de crédibilité). Autrement dit, nos hommes politiques inquiètent les marchés ?
En reviendrait-on à la conclusion qu’ont tirée les pays du sud est asiatique en 1997 : il n’est pas possible de dépendre d’une finance internationale qui peut vous couper les vivres sans crier gare ?

Sarkozy le Libyen ?

Le correspondant européen de la BBC suggère, une nouvelle fois, à la Libye d’élever une statue à notre président. (N.Sarkozy grand homme Libyen ?)

Cette guerre aurait produit un rapprochement franco-anglais. Peut-elle avoir d’autres avantages ? Les agences de notation surcotent-elles les pays qui se sont portés au secours d’un producteur de pétrole ? Les électeurs aiment-ils les conquérants victorieux ?…

Taxer les riches

La BBC parlait ce matin de Warren Buffet et des 16 dirigeants français qui ont appelé à augmenter les impôts des riches. Elle s’interrogeait, avec un financier invité :

Et s’il y avait un retour de balancier vers un monde plus solidaire ? Et si l’idée selon laquelle faire payer les riches les ferait fuir (idée soutenue par Madame Lagarde – cf. article cité par le billet précédent) n’était pas aussi juste qu’on l’a cru pendant les dernières décennies ?…
Compléments :

Utilité de l’Europe pour l’Allemagne

Le correspondant européen de la BBC considère avec tristesse l’économie souterraine de Naples. Il existe des cultures qui ne sont pas fiables, autant ne pas s’y lier. Attention aux eurobonds MM les Allemands.

Depuis quelques temps BBC 4 s’afflige aussi du sort de la Suisse. Les investisseurs ne pouvant plus parier sur la santé allemande par le biais du mark, ont pris le franc suisse comme équivalent (de même qu’ils jouent sur la Chine par le biais du dollar australien). L’économie suisse étouffe sous le joug de ce franc surévalué.

Mais, alors, et si les Allemands profitaient d’un euro dévalué, par rapport à ce que mérite leur propre économie ?

Compléments :
  • L’endettement de l’Allemagne devrait baisser rapidement : des eurobonds un peu surévalués par rapport à ce qu’ils seraient si le pays était indépendant seraient-il un si grand malheur ?
  • Curieusement le correspondant ne parle pas de l’Allemagne de l’est. Pour avoir voulu la hisser à son niveau, l’Allemagne de l’ouest a frôlé la faillite. Et, en dépit d’investissements colossaux, l’Allemagne de l’est est toujours aussi peu dynamique. Plus terrible que Naples ? (Histoire récente de l’Allemagne)

Émeutes en Angleterre

Les émeutes anglaises semblent se calmer. Effet bénéfique d’énormes forces de police ?

Cause ? Pas très clair. Si j’en crois la BBC, il ne semblerait pas que ce soit une émeute de la pauvreté. Peut-être une partie de la population anglaise y a-t-elle vu un moyen de se distraire et de s’enrichir ?

Pathologie des valeurs de la société (anglaise ?) ? En tout cas, comment le gouvernement anglais va-t-il pouvoir réduire les forces de police – ce que prévoyait son plan d’économies, dans ces conditions ?