France dissolue

Soyons de notre temps, pour une fois ? Que penser de ce qui s’annonce comme une nouvelle dissolution ?

M.Bayrou est tombé dans le même piège que M.Macron ? Il a joué la « politique du pire ». Il a fait un pari. Le pari que le parti socialiste, en particulier, fasse preuve de « responsabilité ».

Curieusement, on en est revenu à ce que de Gaulle considérait comme le cancer de la France. Ce qui en avait fait une nation minable, au bord de la poubelle de l’histoire. Il pensait avoir résolu le problème.

D’où vient le mal ? Probablement de la culture française. Elle permet d’être irresponsable en toute bonne conscience. Nous avons des principes, des absolus, des utopies, nous croyons à la révolution. Il suffit de tout détruire pour créer un régime qui n’a jamais existé nulle part. Cela tombe sous le sens.

L’antidote. Prendre conscience que le système dans lequel nous sommes nous est consubstantiel. Comme l’air. Comme l’eau pour le poisson. Tellement consubstantiel que nous en avons oublié les bénéfices. Il est possible de l’améliorer, il a même beaucoup de plasticité (c’est ce que disent les travaux sur le changement), mais vouloir le casser est suicidaire. Qui sème la révolution récolte la terreur.

Vendredi 13

François Bayrou, nouveau premier ministre, va-t-il sauver la France ?

Le plus surprenant, dans cette affaire, est qu’il semble avoir insisté pour prendre ce poste.

Le mal de nos hommes politiques est de ne rien comprendre à la réalité. Or, lui, étant commissaire au plan, était le mieux placé pour l’étudier. Mais qu’a-t-il fait ? A court terme, la question est de rassembler une majorité de voix de députés, sachant qu’une partie de ceux-ci semble inaccessible à la raison. A-t-il les qualités pour réussir ?

A moins que le peuple ne fasse comprendre aux députés qu’ils n’acceptent plus leur irresponsabilité ? Ou que ces derniers prennent conscience que, comme dans la fable du héron, plus ils censurent, moins le choix qui leur sera donné sera acceptable ?

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner,
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

M.Bayrou sera-t-il le limaçon des députés ?

François Bayrou

L’autre jour, François Bayrou manifestait bruyamment son mécontentement. Il exigeait un plus grand nombre de ministres de son parti au gouvernement. J’avais oublié qu’il existait.

Et pourtant, j’ai vérifié : il est bien commissaire au plan. Mais qu’y a-t-il fait ? Rien ?

Et pourtant, c’est le plus beau poste qui soit ! Comme le disent les Japonais et les théories du management, la richesse est en bas de la pyramide, c’est là que tout se fait. S’il s’était donné la peine de sortir de chez lui, il aurait peut-être pu comprendre ce qui n’allait pas dans le pays, mais aussi son « potentiel ignoré ». Et il aurait pu proposer à notre président les moyens d’une belle stratégie glorieuse et enthousiasmante, réconciliante et « antichiante ».

Décidément, qu’il est confortable d’être une victime ?

François Bayrou : mauvais plan ?

François Bayrou devrait être le prochain commissaire au plan, dit-on depuis quelques jours. Bonne idée ?

Qu’est-ce que le commissariat au plan ? Après guerre, son rôle était de coordonner la reconstruction de la nation, mais, avant tout, de faire émerger, année après année, un consensus sur le « plan » d’action à suivre pour cela, d’une France qui était en proie à d’effrayantes forces centrifuges, internes et externes. (Rappel : PC et syndicats, qui préparaient l’avènement de l’URSS, USA qui voulaient mettre au pas un pays obsolète et fauteur de guerres, intellectuels révolutionnaires, tissu économique et administration collabo, OAS, etc.)

Notre situation ? Peut-être. Peut-être, encore plus, celle de demain, si les inégalités continuent à s’accroître ?

Facteur de succès ? Un projet commun. Après guerre, tout le monde partageait l’idée du progrès matériel rédempteur, de Gaulle en tête. Il résultait de la révolution technologique de la guerre. Il résolvait tous les problèmes, en particulier celui de l’emploi des adhérents du PCF et de la CGT. Et aujourd’hui ? Certes, il y a des aspirations à un « monde d’après ». Mais quel est-il ? Développement durable ? Mais il n’y a pas consensus sur la mise en oeuvre de ce concept, qui peut faire, tel que ses activistes l’envisagent, beaucoup de perdants.

M.Bayrou est-il l’homme de la situation ? Les premiers commissaires du plan furent Jean Monnet ou Pierre Massé, polytechnicien, ingénieur des ponts, dirigeant d’EDF (au sens de constructeur de barrages), pionnier de la recherche opérationnelle, héros des deux guerres. J’ai tendance à penser que le poste demande soit un médiateur hors pair, type Michel Barnier ou DSK, soit un haut fonctionnaire discret et efficace, type (probable) Jean Castex. De manière plus surprenante, M.Chevènement ne me semblait pas sans qualités, dans ce poste de re constructeur de la nation.

Le plan ou l’anti-hasard de Pierre Massé.

Gauche décomplexée ?

Une technique de communication bien connue consiste à lancer des idées pour voir si l’opinion leur est favorable. L’annonce de la nationalisation de l’usine d’ArcelorMittal en est-elle une illustration ? Arnaud Montebourg se demande-t-il si le libéralisme n’a pas du plomb dans l’aile ? Si l’opinion mondiale ne serait pas prête pour autre chose ? Si les fameuses forces du marché, si terrifiantes, existent vraiment ? (Pour le reste, l’affaire pourrait être foireuse.)

Toujours est-il que la droite semble lui donner raison. MM.Guaino, Borloo et Breton, au moins, si j’en crois France Culture. Ce qui est curieux en ce qui concerne les deux derniers, qui me semblent devoir leur fortune au mouvement libéral passé. (Il faut aussi leur ajouter M.Bayrou.)

Quant au maire de Londres, il utilise peut-être le même procédé. Il nous crache à la figure notre passé de sans-culottes. Ce qui est toujours du meilleur effet dans la haute société anglaise. Là aussi la cohérence est faible. Car ça fait belle lurette que l’Angleterre a nationalisé des banques (quant à Obama il a nationalisé GM). D’ailleurs, elle a étêté son souverain bien avant nous.
Mais l’Angleterre n’a jamais cessé d’être perfide. La nouveauté est peut-être que la France tente de donner de la voix. 

Pour qui vote le MoDem ?

Hier, France Culture avait invité Jean Arthuis, sénateur allié au Modem.

Sa position était curieuse. Il était extrêmement critique de notre président (son discours d’extrême droite, sa législation au fait divers, son déficit…), mais allait voter pour lui. L’argument semblait être qu’il appartenait au « centre droit », et qu’il devait voter en conséquence.
Peut-on être un représentant du peuple si l’on ne suit que son intérêt ?
Est-ce d’ailleurs dans son intérêt ? Si le MoDem et ses alliés sont écartelés entre des raisonnements différents, ils vont exploser.
Compléments :

M.Mélenchon, créature de rêve ?

Chaque élection donne à un ou deux hommes politiques un succès inattendu, mais sans lendemain. Il y a eu M.Le Pen et M.Chevènement en 2002, M.Bayrou en 2007, M.Cohn-Bendit en 2009. M.Mélenchon aujourd’hui ?

Pourquoi cette inconstance ? Avons-nous besoin de croire en un candidat providentiel, nouveau par définition ? Avons-nous besoin de rêver, d’illusions ? Ou nous permettent-ils d’exprimer notre nature frondeuse ? 

François Bayrou

De manière inattendue je trouve des paroles de M.Bayrou dans un billet sur l’élection anglaise :

He described the French as deeply distrustful, in search of “guarantees” that reforms are “fair”. Coalition rule offers just such a guarantee, he argues. “If you do not have a broad-based government, citizens will think reforms are being pushed for reasons of ideology.”

Cette analyse me semble remarquable, au moins en ce qui me concerne. Ce que je crains plus que tout est l’idéologie de nos gouvernants, qui leur fait prendre des décisions qui n’ont pas été examinées par la raison.
Au fond, les hommes des Lumières avaient tort : ce qui nous menace n’est pas tant l’oppression des hommes que celle des idées (mais ils disaient aussi qu’il fallait se dégager de la dictature des coutumes, des idées reçues sans critique).
Est-ce qu’un gouvernement de coalition pourrait éviter ce fléau ? J’en doute, nos élites partagent une culture unique et se différencient par des détails (ne serait-ce que par leur appétit du pouvoir). Plus efficace est l’idée de Montesquieu : un équilibre des forces qui rende impossible l’oppression.
Compléments :