Étiquette : Bateson
Sommes-nous conditionnés par notre enfance ?
Un ami me demande (avec inquiétude !) si je crois que nous sommes conditionnés par notre enfance.
Il me semble qu’il y a deux théories sur le sujet. Celle de Freud qui pense que oui. Quelque chose, qui vient des profondeurs de notre âge, et que nous avons rejeté dans notre inconscient, nous guide. Celle de Bateson, selon laquelle nous sommes l’émanation du système que nous constituons avec notre environnement. En quelque sorte, nous sommes un acteur dans une pièce de théâtre. Tant que les autres ne changeront pas de rôle, nous devrons suivre notre texte. (Plus exactement, nous sommes marqués par la pièce : si on nous en sort, nous cherchons à la reconstituer.)
J’ai fini par croire que l’effet Bateson est le plus fort des deux. Par exemple, ce blog tente de modéliser le comportement des hommes politiques, en particulier MM. Sarkozy, Obama ou Hollande (un exemple). Ce qui ressort de cette étude est que leur comportement est avant tout conditionné par le système auquel ils appartiennent. Ce système les a sélectionnés certainement, mais il les a aussi faits. La théorie de Freud est peut-être à l’oeuvre dans d’autres domaines, par exemple dans leur choix de compagnes. Mais est-ce le cas ? Ne sont-elles pas représentatives du milieu qu’ils fréquentent ? Je me demande si Freud ne s’adresse pas essentiellement à des cas pathologiques. Un choc initial tellement violent que l’individu est incapable de s’en relever l’espace d’une vie. A moins que ce choc soit un moteur pour la vie. Il donne l’énergie cinétique mais pas la trajectoire.
En conséquence, il me semble que si l’on veut modéliser un comportement, il ne faut pas aller chercher l’histoire de l’individu, mais plutôt essayer de comprendre à quel système il appartient. Il est probable qu’il reproduira ses codes.
Histoire de la conduite du changement
- La psychologie a connu plusieurs étapes. La première est celle de Freud (1856, 1939). Il s’intéresse à l’individu isolé. Puis arrive Gregory Bateson (1904, 1980). Cet anthropologue anglais explique que l’homme n’est pas isolé. Il appartient à une famille. Les relations qui s’y nouent jouent un rôle décisif sur l’individu (cf. double bind). Il va utiliser les outils de la systémique. Et fonder « l’école de Palo Alto ». Ses travaux sont appliqués aujourd’hui à beaucoup plus que la famille. D’eux vient notre « coaching » moderne. Cette école systémique parle de changement.
- Kurt Lewin (1890, 1947), Allemand émigré aux USA, élève de l’école de Gestalt de Berlin (psychologie de la forme), crée la psychologie sociale. De l’individu de Freud et de la famille de Bateson, elle passe à la société dans son ensemble, à une entreprise, par exemple. De l’examen du changement, on en vient à s’occuper de mon sujet : comment transformer, de manière délibérée, une organisation. La science qui étudie cette question s’appelle Organizational Development (développement des organisations). Elle date du début des années 50. Elle est enseignée dans les écoles de management.
Petit traité de manipulation : l’injonction paradoxale
L’injonction paradoxale a connu une grande popularité récemment. En effet, elle est liée à la souffrance au travail. Et elle tue, par suicide.
Raison ou pas
Mes réflexions sur Claude Lévi-Strauss me ramènent à une idée qui m’est venue en lisant Gregory Bateson, et qui m’est revenue avec Heidegger : n’est-il pas idiot d’utiliser la raison pour montrer qu’elle est malfaisante ? C’est idiot, mais ça ne ridiculise pas leur travail :
- Penser que la raison est nuisible n’est pas plus défendable que croire que l’homme n’est que raison. Il y a des choses qui le dirigent et qu’il ne comprend pas (les lois de la société). Mais s’il se laisse diriger en renonçant à comprendre, il se fera manipuler.
- De même utiliser la raison pour l’amener à ses limites me semble n’avoir rien de contradictoire, cela montre, justement, qu’un monde de raison est utopique.
Compléments :
Schizophrénie
Il y a eu un temps où l’explication de la schizophrénie était sociale, puis elle est devenue exclusivement chimique. Question d’idéologie ? Aujourd’hui, la société revient :
On observe que la schizophrénie est plus fréquente en ville qu’à la campagne, plus généralement les environnements défavorisés lui sont favorables :
Les résidents des quartiers les plus délabrés et surpeuplés pourraient être plus exposés aux produits chimiques toxiques et aux infections (…) et pourraient avoir un accès moins facile au capital social capable d’enrayer les effets d’une prédisposition à la maladie mentale acquise tôt dans la vie.
Compléments
- Pour ma part, j’ai tendance à croire, avec Martin Seligman (Learned optimism), à l’équivalence entre les effets de l’environnement et de la chimie (médicaments). Je soupçonne que si cela ne plaît pas aux scientifiques c’est parce qu’ils ne peuvent supporter l’idée que notre environnement proche puisse causer notre folie (Bateson mettait en cause la relation mère-enfant – Steps to an Ecology of Mind), c’est du moins l’impression que j’ai tirée des déclarations d’un chercheur de l’université de Cambridge.
Individualisme
- Tout ce qui est abondant, ou plus exactement ne passe pas par les mains de l’homme, est gratuit. Or, c’est aussi ce qui a le plus d’importance pour nous : l’eau et l’air, par exemple. De ce fait, ils sont gaspillés. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. C’est alors qu’ils acquièrent un prix (eau minérale).
- De ce fait nous pouvons déshériter nos enfants, consommer en toute bonne conscience leur héritage. Et les bulles spéculatives permettent à un groupe social de s’enrichir au détriment de ses semblables.
L’innovation, au moins telle qu’on l’entend aujourd’hui, ne serait donc pas la création de quoi que ce soit d’important pour l’humanité, mais un vol de ce qui aurait dû lui revenir. Et ce à très grande échelle (mise en danger de l’espèce humaine ?). L’innovation c’est le vol ? La science économique serait-elle un moyen de faire sauter les garde-fous qui évitaient un gaspillage éhonté ?…
- L’individualisme français ou le « petit chef » (Le petit chef, mal français). Il veut imposer aux autres, ce qui lui passe par la tête (ce faisant, il réalise mécaniquement un « double bind » : d’un côté le respect qui lui est dû, de l’autre l’imposition de son arbitraire).
- Pour l’Anglo-saxon, ou « Greed and Fear ». Il oscille entre un désir aveugle, et une peur incontrôlable. Ce désir est-il de consommer, ou de posséder ? Il est certain que la possession joue un rôle fondamental dans la pensée anglo-saxonne.
Double contrainte et stretch goal
Préparation d’un cours, je relis un article (A lire absolument), qui explique que l’employé est placé dans une injonction paradoxale, explication de la souffrance au travail.
L’injonction paradoxale est le « double bind » de Bateson. Deux contraintes qui se nient. Mais qu’on ne perçoit pas comme telles parce qu’elles ne sont pas sur le même plan. Bateson y voyait l’explication de la schizophrénie. Le schizophrène dédouble sa personnalité pour la mettre en cohérence avec un environnement contradictoire.
Bateson semble avoir pensé que nous confronter à nos double binds avait un pouvoir curatif. Pour le stretch goal ça semble effectivement le cas.
Compléments :
- BATESON, Gregory, Steps to an Ecology of Mind, the university of chicago press, 2000.
- L’article « double bind » de Wikipedia anglais commence par la note suivante, qui m’a laissé songeur : « this article or section appears to contradict itself. »
Sarah Palin et Gregory Bateson
Comme témoin de la défense de Sarah Palin, voici Gregory Bateson. Un ethnologue qui a notamment renouvelé la psychologie. C’est à lui que l’on doit l’école de Palo Alto (coaching…). Je me suis souvenu d’une étude qu’il avait faite du caractère américain. On était en guerre et on se demandait comment présenter l’information :
- Recommandation : l’Américain est stimulé par le défi, l’adversité ; il ne faut donc pas lui masquer les défaites, les difficultés.
- Mais attention : si tout est noir, il sombre dans la déprime. Il a besoin de succès, et surtout de succès reconnus, applaudis.
- Donc, il faut lui dire que la tâche est difficile, mais à sa taille ; il faut faire une grosse publicité à ses victoires. Ça lui donne confiance en lui.