Le jour où la banque a oublié ses clients

Les banques ne cherchent qu’à exploiter leurs clients, dit-on aux USA.

Elles seraient devenues irresponsables le jour où elles n’ont plus été dirigées par des propriétaires associés, risquant leur fortune, et où elles ont commencé à jouer l’argent dont elles disposaient.

Ce qui n’est peut-être pas surprenant. Du fait de ses études et de sa carrière, le banquier d’affaires ne connaît que les mathématiques et les ordinateurs. Pour lui rien d’autre n’existe. 

L'ordinateur a ses crises boursières

On soupçonne de plus en plus les ordinateurs d’être capables de créer des crises boursières.

On aurait trouvé un moyen de les prévenir. Il y aurait des signes avant-coureurs : certains cours d’actions connaîtraient des pics brutaux, ou « fractures ». Leur multiplication amènerait le système que forme l’ensemble des ordinateurs financiers, en quelque sorte, à entrer en résonnance.

Curieux comme les machines ont une forme de vie propre qui échappe à notre raison. Au départ de l’informatisation des échanges financiers il y avait l’idée qu’on ne pourrait que s’en trouver mieux. Aujourd’hui, on constate que la créature a échappé à son maître ?

Compléments :

Souffrances du banquier

Il y a peu on m’a parlé de la Société Générale et de la BNP. On y serait déboussolé. Leurs employés considéraient l’existence comme une croissance sans fin, justifiant des salaires extraterrestres. Confrontés à une activité qui se contracte, ils sont désemparés. Rien de ce qui semblait jusque-là faire leur succès ne paraît fonctionner.

On découvre que la banque a créé une curieuse culture :

 » Dans ce milieu, l’argent, c’est la seule reconnaissance, souligne Vincent. Sans bonus, on n’est plus rien. « 
 » Il n’y a aucune logique sociale ni éthique, confirme le psychiatre Michel Debout. De l’extérieur, ils sont si étrangers à nos préoccupations qu’on a du mal à imaginer qu’ils soient en état de souffrance. Quand on parle de bulle financière, il s’agit aussi d’une bulle qui les sépare du reste de la société.  » Les banquiers se cachent pour pleurer – M Magazine

Le pire peut-être dans cette culture, est qu’elle pose l’individualisme comme principe. Aujourd’hui les héros de la finance doivent affronter, seuls, un sort qui les écrase. L’individu ne défie jamais impunément la société ?

 » Ils sont de moins en moins nombreux et ont toujours autant de travail, explique Michael Sinclair, psychologue dans une clinique à la City de Londres. Je vois de plus en plus d’employés en dépression, et même des grands patrons. Cet environnement est tellement compétitif qu’ils n’ont pas le droit de montrer le moindre signe d’abattement. Au contraire, ils font la course au « présentéisme ». Ils donnent leur vie à leur travail, ça fait partie du deal. Sauf que, maintenant, ils n’ont plus les mêmes garanties, notamment financières.  » 

La banque d’investissement se contracte

Changement prévu ? La banque d’investissement et ses salaires sont remis à leur place ?

La banque d’investissement semblera bien différente dans quelques années. Il y aura moins de grandes entreprises couvrant le monde ; le reste cherchera à dominer une niche. Et si les revenus ne bougent pas, les actionnaires n’en pâtiront pas, puisque les employés se contenteront de moins. (Investment banking: Bonfire of the bankers | The Economist

Sin City

Mes billets précédents sur la City me posent quelques questions :
  • La City est-elle aussi inoffensive qu’elle le paraît ? Pourquoi les Anglais s’en méfient-ils ? Comment parvient-elle à gagner autant d’argent ? Et si, isolée sur son rocher battu par les vents et la mer, la City pratiquait le métier de pirate sous un autre nom ?
  • Alors que la France possède des vaccins pour combattre les maladies, elle semble particulièrement inculte en termes d’outils financiers, de leur emploi, de leurs risques et des conséquences qu’ils peuvent avoir. Est-ce sain ?

La City contre l’Europe ?

Il semblerait que les hedge funds de Londres aient acheté de la dette grecque en pariant que le contribuable européen viendrait au secours du pays, et leur ferait réaliser de gros bénéfices. (Awaiting a Greek Payout – NYTimes.com)
Si je comprends bien, ils pourraient bloquer le processus de restructuration des comptes grecs, ce qui déclencherait la crise que nos gouvernants cherchent à éviter. 
Habile publicité pour les bienfaits de la City et d’une industrie financière qui échappe à tout contrôle ?

La City en danger ?

The Economist s’inquiète de l’avenir de la City. Elle est attaquée de l’intérieur : l’Anglais la trouve d’une fréquentation dangereuse, et veut la réglementer ; et de l’extérieur, de cette perfide Europe. Grosse déprime :

Par le passé, la Grande Bretagne a joué un rôle important dans l’amélioration d’une grande partie du système financier européen, principalement parce que la taille de ses marchés domestiques entraîne qu’elle a quelques-uns des régulateurs les plus expérimentés de la région. Cependant, de nombreux banquiers anglais s’inquiètent de ce qu’une dispute en décembre 2011, quand David Cameron, le premier ministre, a menacé d’opposer son veto au changement des traités de l’UE, a réduit son influence à Bruxelles.

L’enjeu est important : le secteur financier apporterait un excédent de 2,6% de PIB à la balance commerciale du pays.
 
Le coeur du métier de la city serait, si je comprends bien, le marché des devises. Elle a construit sa fortune sur le dollar, dans les années 60, et la dislocation de l’étalon or. Aujourd’hui, devenir le centre financier du Yuan lui plairait. Mais les places asiatiques ne seront-elles pas plus hospitalières qu’elle ? Par ailleurs, « 251 banques étrangères ont des succursales ou des filiales à Londres » : la City doit sa prospérité beaucoup plus à l’étranger qu’à la finance locale. Risque de délocalisation ?
Compléments :

À quoi servent donc les hedge funds ?

Madoff aurait-il été un nigaud? Il y avait plus rentable et moins dangereux que Ponzi ? Les honnêtes hedge funds auraient rapporté, en moyenne, 2% par an (moitié moins qu’un placement en obligations) à leurs investisseurs. Cependant, ils auraient spectaculairement enrichi leurs dirigeants, qui ont reçu « presque 100md$ de commissions entre 2008 et 2010 ».

Investir dans des hedge funds donnera à quelques dirigeants chanceux l’occasion de profiter d’une retraite précoce sur leur yacht. Cela ne permettra pas aux fonds de pension [les investisseurs qui leur ont apporté leur argent] de réduire leur déficit. (Rich managers, poor clients)

Faut-il aider Petroplus ?

Le gouvernement français se donne beaucoup de mal pour Petroplus. Est-ce une bonne idée ?

D’ailleurs, il est étrange que les raffineries aient des difficultés alors que les pétroliers n’en ont pas. Le raffinage n’est-il pas à plus forte valeur ajoutée que l’extraction ? (Erreur ?).

En fait, il y aurait excès de capacité de raffinage, chronique et ayant peu de chances de se résorber dans la prochaine décennie : les émergents ayant investi ce secteur jugé stratégique.

Si ce raisonnement est juste, les banques de Petroplus ont probablement raison de ne plus vouloir lui prêter… Et, au moment où beaucoup d’entreprises manquent de crédits, elles ont certainement mieux à faire ailleurs.

Compléments :
  • Voir Raffineries à vendre et, surtout, ses sources.
  • Qui est Petroplus ? La propriété d’un fonds d’investissement ! « En 2005, le groupe d’investissements américain Carlyle l’a acquise, pour plus de 500 M€, dans le but de « doubler la taille de l’entreprise, dans les deux-trois [années suivantes] » – T. O’Malley, PDG de Petroplus Holdings, 2005. Depuis novembre 2007, Petroplus Holdings a de nouveau le statut de société anonyme, à la bourse de Zurich, y ayant réalisé la plus importante introduction depuis 2001. Le groupeCarlyle en détient 57% des parts. » (wikipedia).