Le Crédit Agricole peut-il être coulé par Emporiki ?

Quel risque fait courir une faillite de la Grèce au Crédit Agricole, qui y possède une filiale ? Pas facile de le dire. On parle de 7md€. (Mais il y a déjà eu des provisions, sont-elles incluses dans ces 7md ?) Ce niveau de pertes, qui devient ordinaire chez les traders, ne devrait pas menacer sa survie (par ailleurs le CA appartient à 55% à ses caisses régionales, si j’ai bien compris).

Si rien de pire ne peut lui arriver, il me semble qu’il serait utile que, pour une fois, une banque apprenne de ses erreurs, et qu’elle ne les attribue pas à quelque vice personnel. Mais, au fait, que s’est-il passé ?
Crise de folie collective ? Il semble que, dans les années 2000, le consensus bancaire, au moins en Europe, était que l’on devait s’internationaliser en marche forcée. Dans ces conditions, lorsque l’on ne dispose de pas beaucoup plus que de l’expérience du prêt à l’agriculteur français, on s’expose probablement à quelques déconvenues. L’achat d’Emporiki, 2 md !, aurait été le résultat imprévu d’un brillant mouvement stratégique, exemple parfait d’arroseur arrosé. À cela s’est ajouté le choix, pour diriger la banque, d’une sorte d’oligarque local qui n’avait jamais été banquier !
Cependant, en dépit de ce début difficile, le Crédit Agricole serait revenu de ses erreurs et serait parvenu à faire d’Emporiki une banque digne de ce nom. C’est alors que survient la crise grecque. La vertu n’est jamais récompensée ?
Compléments :

Le cours de Facebook plonge

Le cours de l’action de Facebook plonge. Fait unique, la bulle spéculative n’aurait-elle pas survécu à l’introduction en bourse de Facebook ?

Il est tentant, mais pas très scientifique !, d’y voir une validation de mes théories : il y avait suffisamment de gens pour acheter, mais pas assez pour maintenir le cours.
Je me suis d’ailleurs demandé si l’augmentation de dernière minute du nombre d’actions mises en vente n’était pas la preuve que les banques qui portaient l’affaire avaient pleine conscience que l’occasion ne se représenterait pas, et ont essayé de tondre la bête au plus ras.
J’ai certainement un esprit mal tourné. Cependant, ma théorie a quelques éléments à son appui. En effet, les analystes des banques qui ont réalisé l’introduction pariaient contre Facebook…
Compléments :
  • Facebook : des prévisions déjà dégradées par Morgan Stanley ?
  • Dans un billet je m’interrogeais sur le décalage entre l’intérêt que suscitait Facebook, et l’opinion des experts. Ceux qui ont acheté étaient-ils, non pas mal informés, mais désinformés par les banques qui menaient l’introduction en bourse ? Pire, va-t-on apprendre, une fois de plus, que, dans ces banques, il se trouvait des personnes qui jouaient sur la chute du cours ?
  • L’introduction de Facebook marque-t-il la fin d’une ère ? Celle de Mme Thatcher et de M.Reagan, celle de la toute puissance de la déréglementation, de la bourse et des marchés financiers ? 

Facebook fait des heureux

Tout ce que je lis sur Facebook pousse à ne pas y investir. En particulier, le cours des sociétés qui lui ressemblent se sont mal comportés après leur introduction en bourse.

Mais j’entends aussi que la sienne va être un succès.

Cela signifie probablement qu’il existe une communauté de fans de Facebook, qui ne sont pas influencés par la presse. Il est possible que cette communauté soit suffisante pour l’offre initiale, mais pas pour maintenir le cours du titre.

Cependant, il y aura des gagnants certains dans l’affaire. Tous ceux qui collectent l’argent du rêve. Autrement dit, les actionnaires actuels de la société, les banques qui organisent l’introduction en bourse, ou l’État californien, qui va récolter une masse d’impôts.

Compléments :

Et si l’on dépoussiérait le modèle des 30 glorieuses ?

Je lis à longueur de colonne des journaux anglo-saxons que seule l’initiative privée est efficace. Démonstration : l’Etat, manifestation de la volonté d’un individu, ne peut que prendre des décisions erronées. Tout cela est un exemple de ce que les psychologues appellent « framing », une forme de manipulation, qui sous entend ce qui est bien et mal. Hypothèses implicites ? L’individu c’est le mal, le marché fait le bien. Mais aussi, la seule alternative au modèle de l’économie de marché est l’État soviétique. Ce raisonnement me semble avoir des failles :

  • Les grandes banques commettent erreur sur erreur (malversation sur malversation ?), et menacent la planète.
  • Aux USA (au moins), les entreprises, du fait de leur complexification, demandent des employés diplômés, qu’elles ne trouvent pas. D’où chômage pour les autres.
Bref, l’initiative individuelle semble conduire une partie de l’humanité à l’exclusion, et, paradoxalement, ne pas produire l’optimum économique. 
Mais il y a pire. Pour cette pensée, l’économie génère le bonheur. Il faut donc optimiser sa performance. C’est pour cela que les journaux de management expliquent au dirigeant comment tirer le meilleur de leur personnel. Aliénation économique aurait dit Marx : l’homme est l’esclave de l’économie.
Que cette vision du monde ait pu s’imposer est étrange : elle ne nous est pas du tout consubstantielle. Dans la France de mon enfance, on ne se définissait pas par son travail, mais par sa vie privée. (Le fameux « temps libre » honni de M.Sarkozy.) Cette France répartissait l’emploi de façon à ce que tout le monde en ait un. Et son État n’était pas nécessairement incompétent, pour la bonne raison qu’il n’était pas poussé par les intentions que lui prêtent les néolibéraux. D’ailleurs, il existait aussi une économie privée, variable d’ajustement selon Michel Crozier. Obtenait-on ainsi un optimum économique ? Mais, en quoi a-t-on besoin d’une innovation maximale ? Nous vivrions aussi bien avec moins de cochonneries.
Bien sûr, si ce modèle n’a pas survécu, c’est qu’il avait des défauts. Peut-être faudrait-il essayer de les comprendre, et de les corriger ? (Et si son plus gros défaut avait été une rigidité qui le préparait mal au changement ?)

Le banquier est-il irresponsable par nature ?

Donc, JP Morgan pourrait perdre de l’ordre de 2md$. Après Kerviel et Tourre, voici Bruno Michel Iksil, le courtier au coeur de l’affaire. L’avenir de la France est peut-être derrière elle, mais elle possède encore des personnalités capables d’épater le monde.

À nouveau une histoire de « hedge fund ». Il y a beaucoup de choses curieuses à dire de ce concept.

  • Le but de ce type de mécanisme est d’être une assurance. Il protège un intermédiaire en annulant ses risques : quand on vend quelque chose, on achète l’équivalent, et inversement. Mais il y a eu dérive : les financiers ont pensé pouvoir s’enrichir ainsi. Or, en même temps, ils affirmaient que toute régulation du marché est inutile, puisqu’il est parfait et que ses mouvements ne peuvent être prévus. Ce sophisme leur a explosé à la figure. Pour une fois la justice a été immanente.
  • L’idée d’assurance a été dévoyée : il est devenu possible de s’assurer contre un risque que l’on ne court pas. Comme si je pouvais assurer la maison de mon voisin. Du coup, on se crée un risque, dans mon exemple celui que l’appartement du voisin ne brûle pas. La finance est un casino, comme disait Keynes ?
  • On retrouve ici beaucoup de caractéristiques de crises passées. Par exemple comme lors de la crise asiatique de 97, le « hedge fund » se retrouve plus gros que son marché. Comme à la Société générale et à la Barings, les conséquences des risques pris par le courtier n’étaient pas correctement évaluées. Plus exactement, il est possible qu’on s’accommodait fort bien des profits que l’activité semblait faire. Et il est tout aussi probable que le dirigeant de l’entreprise va maintenant dire qu’il a été abusé…  Les financiers peuvent-ils apprendre ? Ou l’appât du gain leur fait-il perdre tout sens commun ?
JP Morgan a été un des meneurs du lobbying récent contre la réglementation de la finance. Or, cette affaire montre que le financier est incapable d’autocontrôle. Faut-il le traiter comme un irresponsable ?  Les grands organismes financiers devraient-ils être publics ?…

Compléments :

Banques : retour à la normale ?

Depuis ses origines, ce blog pense que la crise sera finie lorsque les banques seront rentrées dans le rang.

Il semblerait que ce soit en passe de se faire. On les a forcées à augmenter leurs réserves pour diminuer les risques qu’elles présentaient pour le contribuable. Étant moins risquées, les États peuvent s’en écarter. N’étant plus protégées par eux, le risque qu’elles représentent pour l’investisseur augmente.
Du coup, elles découvrent que leur rentabilité en est affectée. Si bien qu’elles commencent à se demander si elles ne feraient pas bien de se débarrasser de certaines activités, et si leurs personnels ne sont pas un peu trop payés… (Balancing the books)
Élégante leçon de systémique ?

Les médias sociaux font trembler Goldman Sachs

Offre d’emploi. Goldman Sachs cherche un « stratège en médias sociaux ». (Article du FT.)

Pourquoi ? Parce que ce que véhiculent ces médias n’est pas favorable à la banque. En particulier une chronique de ce qui se dit dans ses ascenseurs a 250.000 « followers », alors que le compte officiel de Goldman n’en a que 3500.

Voici une nouvelle qui va intéresser Hervé Kabla. En attendant son avis, définitif, je soupçonne qu’elle illustre deux choses.
  1. Tout d’abord la puissance des médias sociaux, qui sont devenus le relais principal du bouche à oreille, le moyen naturel de communication des sociétés humaines.
  2. Ensuite, les techniques de communication de crise, qui, justement, partent de ce que la communication passe par le bruit de couloir, et cherche à donner à l’entreprise le moyen de l’occuper.
Dans le cas de Goldman, je soupçonne qu’il va falloir un génie pour réussir. S’ils le trouvent, les patrons de la banque feraient bien de lui réserver un bonus plus gros que le leur…

Compléments :
  • REGESTER, Michael, LARKIN, Judy, Risk Issues and Crisis Management: A Casebook of Best Practice, Kogan Page, 3ème edition, 2005.

Globalisation : le reflux

Les banques, européennes notamment, reflueraient avec armes et bagages vers leur territoire national. Elles pourraient entraîner avec elles une partie de l’économie multinationale, dont le financement va se compliquer.

Raisons ? Tout d’abord, le retour à une gestion prudente rend insoutenable leur expansion internationale. Ensuite, les contribuables qui les ont renflouées pensent normal qu’elles financent leur économie, et achètent la dette de leur pays. (Article de The Economist : The retreat from everywhere)

Le protectionnisme a le vent en poupe ?

Ceci pose quelques questions :
  • Ce reflux, comme le flux, ne risque-t-il pas d’être trop brutal, et de laisser quelques pays fragiles le ventre en l’air ?
  • Que le repli soit brutal sous entend probablement que l’expansion des banques était peu saine, voire spéculative. Que nous n’ayons pas connu de croissance importante, même avant la crise, peut aussi signifier que leur argent ne servait à rien d’utile. 

Les inégalités causent-elles les crises ?

Les économistes semblent divisés : la croissance récente des inégalités de fortune est-elle la cause ou la conséquence de la cause de la crise ? (Inequality and crisis: The usual suspect | The Economist)

En tout cas, les inégalités ne semblent plus une bonne chose, disent-ils. C’est une remise en cause radicale de la pensée dominante de ces derniers temps, qui voulait que l’enrichissement du riche fasse celle du pauvre.

À ce sujet, une observation curieuse. L’obsession des banques centrales a été la maîtrise de l’inflation. Pour ce faire elles sont parvenues à contenir les augmentations de salaire du petit peuple. Par contre, les gros bonnets n’étaient pas soumis à un tel contrôle, ce qui leur a permis de s’enrichir.

Le monétarisme serait-il l’expression de l’intérêt des magnats de l’économie ?

La banque contre la société

La banque américaine peine à recruter tant son image est mauvaise. Elle découvre que le salaire n’est pas tout, que l’estime de l’autre compte au moins autant. (Wall Street’s Latest Campus Recruiting Crisis Sparked by Goldman Controversy)

L’histoire de la finance illustre-t-elle le fait que l’individu ne peut échapper à la pression sociale ?

D’ailleurs, les banques ont été contraintes d’augmenter leurs fonds propres, ce qui devrait avoir un effet vertueux : meilleure garantie contre le risque ; moins d’argent à parier sur des projets hasardeux (ces projets étant les derniers à trouver un financement).

Cependant, les salaires de la profession ne paraissent par prêts de revenir à leurs niveaux antérieurs. N’y a-t-il que l’impôt pour les y inciter ? (Inequality: The gap widens, again | The Economist)