Défiance interbancaire

Parmi les facteurs d’instabilité du système économique, il n’y a pas que les actifs de risque inconnu, les défaillances possibles des emprunteurs, la dépendance de l’économie vis-à-vis de l’industrie financière, il y a aussi l’auto-dépendance des banques. En temps normal elles s’octroient sans arrêt des prêts à court terme. Aujourd’hui elles se méfient les unes des autres et ne se prêtent plus. Menace pour leur avenir. Et le nôtre. Réflexions :

  • Nouvelle illustration du drame de l’individualisme. Et de sa manifestation : le dilemme du prisonnier.
  • Explication aussi du trouble continuel des bourses : l’Etat peut donner ce qu’il veut aux entreprises qui constituent les marchés, ça ne calmera pas nécessairement leur peur. Peut-être devrait-il leur laisser miroiter la possibilité d’une nouvelle bulle spéculative, comme l’a fait Martin Feldstein lors de la précédente ? Ce dont on est sûr est que le seul moyen de donner des réflexes communs à des individus est de les rassembler en petit groupe et de leur promettre l’exploitation de la masse de leurs semblables. (The logic of collective action.)
  • La nationalisation élimine l’individualisme : elle crée une règle du jeu commune. Désormais, les banques appartiennent à la même équipe.

Compléments :

Dangers de la réglementation

Governance of banks de Luc Laeven et Ross Levine (http://www.voxeu.org/ 29 septembre 2008), montre que les réglementations de banque ont un effet différent suivant le type de gouvernance de l’entreprise.

  • Exemple. Les actionnaires pouvant diversifier leurs investissements poussent la banque à une politique risquée (le rapport est proportionnel au risque). Et plus la réglementation contraint leurs bénéfices, plus ils cherchent à se refaire en jouant encore plus risqué ! C’est un danger si la banque a des actionnaires dominants. Mais pas le cas sinon. Autrement dit, vouloir uniformiser la réglementation bancaire est une bêtise.

Voici une illustration du « paradoxe du contrôle de gestion » d’Henri Bouquin. De la tendance de l’homme à faire le contraire de ce qui lui est imposé et de l’impossibilité de gouverner par décrets. Comment le contrôler, alors ?

  • Seul l’homme peut contrôler l’homme. L’homme est plus fort que toutes les réglementations.
  • La réglementation ne fonction que si elle est acceptée (ce qui est le cas des lois, du code de la route…). On est au cœur des techniques de conduite du changement : changement = faire faire à une organisation ce qu’elle ne faisait pas. Méthode : observer l’organisation, la logique de son comportement, les règles qu’elle suit ; se demander comment construire au dessus de nouvelles règles, compatibles avec les précédentes, qui orientent l’action du groupe dans la bonne direction. Ces règles sont acceptées parce qu’elles ne contraignent pas l’individu.

Compléments :

Banque postale et subprimes

Informations. Un journaliste parle du développement de l’activité bancaire de La Poste. Il espère qu’elle ne sera pas victime d’une (future) crise de type suprimes.

  • À la réflexion, la remarque n’est pas gratuite : beaucoup d’organismes financiers ayant un rôle de quasi service-public ont été atteints. Je n’ai pas vu d’études sur le sujet. Mais les quelques cas particuliers dont j’ai entendu parler semblent se rejoindre. Les dirigeants de ces entreprises trouvaient leur métier naturel par trop gagne-petit.
  • La France a eu ses crises bancaires propres. Crédit Lyonnais, Crédit Foncier, etc. J’en attribue la cause non à des malversations, mais à des changements accélérés menés par des théoriciens peu familiers du métier de la banque (dans les deux cas cités, des hauts fonctionnaires).

Conseil à la Banque postale ?

  • Acquérir une profonde culture bancaire. Ça ne va pas de soi : il faut une énorme compétence pour arriver à faire des affaires dans un métier vieux de plusieurs siècles et hautement concurrentiel.
  • Ne pas s’aventurer massivement dans l’inconnu. Ce qui ne signifie pas ne pas y aller, ce serait une condamnation à mort. Au contraire, il faut une exploration systématique. Une exploration avec pour objet unique de détecter de nouvelles opportunités et d’apprendre à les exploiter. Pour cela, il y a des techniques sans risques : l’expérimentation limitée.

Dans le prolongement :

  • Un exemple de malheur du parapublic : voir la référence citée par IKB.
  • Sur ceux du Crédit Lyonnais et du Crédit Foncier : Les flambeurs du Crédit Lyonnais, le scandale financier du siècle, Dossier du Canard Enchaîné, juillet 1997.
  • De l’importance de bien faire son métier quand on est banquier : Incompétent banquier.
  • Sur ce que l’on doit attendre d’une culture d’entreprise (la gestion du risque) : Société Générale et contrôle culturel.
  • Les techniques de navigation dans l’incertain (la technique de l’option correspond à l’expérimentation limitée) : Se diriger dans l’incertain.