Réglementation financière

Pourquoi la réglementation financière ne marche-t-elle pas ? se demande un économiste. Parce que contrôleurs et contrôlés ne peuvent pas s’empêcher de penser la même chose. Solution ? Diversité.

  1. Plus il y a de réglementations différentes (nationales), moins il y a de risque d’un biais systématique.
  2. La stabilité financière est un bien public, les organismes financiers doivent être contrôlés par les représentants de la démocratie, qui leur apporteront, en outre, un point de vue différent de celui des financiers.

Curieusement, les tendances actuelles vont à l’encontre de ces idées : une réglementation unique, des banques centrales indépendantes de la démocratie.

Compléments :

La banque tuée par l’informatique

Silo but deadly :

  • Les services financiers sont le secteur économique qui consomme le plus de systèmes d’information (500md$/an).
  • Ils utilisent ces outils pour construire des montages de plus en plus complexes et opaques.
  • Ces systèmes leur ont fait perdre leur culture de gestion du risque. De plus, le fait qu’ils soient tous interconnectés répand les crises comme une épidémie.
  • Enfin, les banques sont simplement « trop complexes pour être gérées correctement ».

Taxe sur les bonus

Le gouvernement anglais vient d’annoncer que les bonus des banquiers seraient taxés à 50%.

20000 banquiers touchés dont 5000 à plus d’un million de £ de bonus, cela fait au moins 2,5md£ pour les coffres du chancelier de l’échiquier.

Récemment l’Angleterre s’est offusquée des propos de notre Président, qui, en substance, estimait que M.Barnier allait faire rendre gorge à la City. Or, en termes de réforme, l’Angleterre semble bien plus féroce que nous. Au fond, ce que l’on ne supporte pas, que l’on soit anglais ou non, c’est que l’on intente à notre liberté, que l’on cherche à nous imposer un comportement.

Si l’on étend ce raisonnement aux banquiers, on peut imaginer qu’ils vont essayer de retrouver les milliards perdus, par tous les moyens possibles. Le gouvernement anglais a donc intérêt à suivre leurs agissements comme le lait sur le feu.

Compléments :

Reprise ou non ?

Ce que je comprends de Something’s gotta give :

  • Ainsi que je le disais dans un précédent billet, les entreprises sont passées maître dans le contrôle de leurs marges. Ce qu’on aurait pris pour une reprise aurait été un maintien de rentabilité. Peu de croissance, pas d’embauches.
  • Personne, entreprise ou particulier, n’emprunte. Les banques utilisent leur argent pour spéculer sur des actions dont les prix sont enflés par une anticipation de croissance infondée.
  • La bonne santé des pays émergents consomme beaucoup de ressources naturelles, et en fait augmenter le prix, ce dont souffre le consommateur occidental.

Résultat : lente dépression ?

Il est tentant de penser que le problème de l’Occident est qu’il n’a plus d’entrepreneurs. Ses entreprises ne savent plus que se recroqueviller.

Défibrillateur financier

Sudden financial arrest. La crise financière ressemble à une crise cardiaque, d’un seul coup panique, plus rien n’est alimenté. Il faut un défibrillateur dit Ricardo Caballero ?

Celui-ci doit apporter une dose massive de sécurité d’état, pour, à nouveau donner envie à un marché financier prostré de faire des folies.

On lui rétorque que l’existence d’un tel défibrillateur va encourager le banquier à l’irresponsabilité. Il répond que le défibrillateur n’a pas cet effet sur nous.

Pas d’accord. Le défibrillateur ne marche pas à tous les coups, le banquier ne risque pas sa vie.

L’idée du défibrillateur est bonne : il faut sauver l’humanité. Mais, tout le monde doit savoir que c’est la solution de la dernière chance. Une solution redoutable et brutale. Le banquier, en particulier, a peu de chance d’y survivre.

Compléments :

Panne des exportations en France

How French exporters were hit by the global crisis arrive à une conclusion paradoxale :

Nos exportateurs n’auraient souffert de la crise pas tant du fait d’un marché dépressif, que par manque de financement.

Avec un certain humour, il note que cela « (confirme) l’origine financière de la crise ». Autrement dit les banques provoquent la crise en coupant les crédits, sans raison évidente, sinon la peur des conséquences de leurs précédents excès.

Alors, la finance est-elle trop importante pour être laissée au financier ? L’État devrait-il suivre l’exemple des pays émergents et contrôler les flux financiers ? Nationaliser les banques ?

Crédit Agricole et Société Générale

Le Monde annonce : Le Crédit agricole veut s’allier à la Société générale. La raison : être aussi gros que la BNP !

Que la France est un pays rafraichissant. Partout ailleurs on se demande comment vivre avec des banques tellement grosses que l’on ne peut leur permettre la faillite, ce qui les rend irresponsables et met la planète en péril. Après avoir tout tenté, on ne voit plus que la solution de 29 : les découper en morceaux, par métiers. Ne pouvant pas user de la force, gouvernements et économistes conçoivent des ruses de Sioux pour les faire exploser de l’intérieur, ou profiter de leur moindre faux pas pour les tronçonner.

Le Crédit Agricole, lui, n’a rien compris et rien vu.

« Avoir une guerre de retard » serait-il une de nos caractéristiques culturelles ? Qu’est-ce qui explique notre autisme congénital ? Notre système éducatif qui nous inculque que ce que nous pensons dans l’isolement de notre cerveau ne peut qu’être la vérité ultime ?

Compléments :

Entreprise capturée

Les économistes ont un terme amusant pour expliquer que la rémunération des dirigeants n’ait aucun rapport avec la santé de l’entreprise dirigée, ils disent qu’ils l’ont « capturée ».

Et les banques ne sont pas les seules victimes de piraterie, en Angleterre, les dirigeants des plus grosses entreprises ont compensé la réduction de leurs bonus par une grosse augmentation de leur paie.

FTSE 100 chief executives have received inflation-busting pay rises averaging 7.4 per cent over the past year, almost making up for a 29 per cent drop in their bonuses, according to a report published Monday. (…) Their total remuneration fell just 1.5 per cent in spite of collapsing profits in one of the deepest postwar recessions, it said. Chief executives were still earning, on average, as much as in 2006, when the economy was booming.

Tensions aux USA

From Wall Street to Main Street to Skid Row pose une question épineuse:

Les banques américaines ont été renflouées au motif que sans cela la crise allait dévaster le pays. Or, aujourd’hui elles font des profits record, mais le chômage est partout (10%, ce qui est beaucoup pour les USA, qui n’ont pas nos systèmes de protection).

Peut-être qu’autrement c’aurait été pire ? Vu de loin, ça ressemble plutôt à un changement qui n’a pas été fait : le statu quo a été maintenu. Le gouvernement américain a attaqué les symptômes mais pas les causes ?

Remis en contexte historique, le phénomène est beaucoup plus curieux. La crise actuelle suit une dizaine de crises locales résultant de la libéralisation par les experts américains des pays émergents. Chaque crise a été circonscrite à une zone géographique mais n’a pas atteint l’Occident, et les USA en particulier. Puis il y a eu la bulle Internet dont les conséquences de l’explosion ont été évitées par le gonflage de la bulle à l’origine de notre crise. Cette fois-ci les USA sont touchés. Avec une exception : leur système financier (plus exactement une partie de celui-ci peuplé d’une sorte d’élite universitaire). Alors, y aurait-il un mécanisme de défense qui protège le système financier américain, représenté par une étroite élite serrée autour du gouvernement ? Ce groupe d’hommes serait-il le moteur de la libéralisation financière mondiale ?

Compléments :

  • Trou noir.
  • L’action du ministère Paulson, telle que vue de l’intérieur du ministère (Chronique d’une crise annoncée), semble confirmer mon dernier paragraphe. Or, l’administration Obama a mis en oeuvre les idées de ses prédécesseurs.