Banques contre Europe

« une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. » dit Les marchés financiers américains attaquent l’euro.

Ces organismes financiers profiteraient de la panique qu’ils ont déclenchée. Croient-ils réellement à la dissolution de l’Europe ? Ou leur suffit-il que les marchés y croient suffisamment pour réaliser de belles affaires ?

Cet article m’a rappelé les techniques utilisées par les financiers de 29, décrites par Galbraith. Les financiers d’hier et d’aujourd’hui semblent posséder un savoir-faire qui leur permet de manipuler le marché selon leur intérêt du moment. Au fond, ils ne voient pas les hommes qui sont derrière lui, pour eux il s’agit d’exploiter un phénomène abstrait. Et ils se pensent extrêmement intelligents quand ils réussissent. C’est une « innovation ».

Réglementer la finance internationale peut-il réussir tant que les banquiers n’ont pas pris conscience des conséquences humaines de leurs actes ?

Compléments :

Panique boursière

Beaucoup de chômage aux USA, l’économie ne démarre pas. En Europe, la Grèce inquiète, puis on a peur pour le Portugal, puis pour l’Europe du Sud, et si la zone euro explosait ? Alors ce serait le chaos pour les économies anglo-saxonnes qui battent de l’aile. Les marchés s’affolent.

Caractéristique des marchés : des poussées de fièvre aléatoires ? Greed and fear ? Ils se sont emballés alors que rien ne laissait entendre que les causes structurelles de la crise avaient été éliminées, maintenant ils paniquent à contre-sens. Voilà ce qui se passe lorsque l’individu s’affranchit de la société et prétend ne suivre que son seul intérêt, il devient irrationnel. Il est dirigé par son instinct. Il est primitif.

Lazard réinvente la coopérative

À l’opposé des pratiques de ses confrères, la banque Lazard (USA) verse plus rapidement que prévu des bonus en cash à ses personnels. Conséquence : résultats négatifs.

Explication de la décision : moyen de chiper leurs employés à ses concurrents.

Voilà qui dément l’idée selon laquelle les entreprises sont esclaves du diktat de la bourse ! Pour Lazard l’employé est tout, l’actionnaire rien. Décidément l’économie sociale a le vent en poupe. Vive Proudhon!

Industrie anglaise

L’industrie anglaise disparaît :

  • Elle ne représente plus que 12% du PIB du pays, et encore cela semble inclure les services qui vont avec les produits.
  • 2/5 des fabricants anglais sont détenus par des étrangers.
  • Le reste n’est pas brillant. Problème majeur : personnel et management peu qualifié.
  • Il reste fort peu de grandes sociétés : les multinationales anglaises ont pour beaucoup été achetées par des concurrents étrangers, qui en ont délocalisé la main d’œuvre.
  • L’industrie représente environ 40md£ de profits (gross operating surplus), les services non financiers fluctuent autour de 100 depuis une décennie et les services financiers, qui étaient à moins de 20md en 2000, on dépassé 60 en 2008.

Ce qui me pose une double question :

  • Est-il judicieux pour un pays de laisser acheter ses grandes entreprises ? Si leur production est délocalisée, la sous-traitance et les compétences qu’elles employaient disparaissent, or ce tissu économique a la capacité à créer d’autres entreprises (cf. la Silicon Valley avec ses ingénieurs qui quittent une entreprise pour en créer une autre, en s’appuyant sur « l’écosystème » local). En vendant l’entreprise vend-on la capacité créatrice du pays ?
  • Les services financiers tireront-ils éternellement le pays ? Il semble que leur avantage concurrentiel ne soit pas excessivement solide : Pauvre Angleterre.

Compléments :

  • Quelque chose de cet ordre ne s’est-il pas passé en Italie ? Ses grandes entreprises ont commencé à sous-traiter en orient, ce qui aurait fait crever le tissu économique local (Business cluster).

Trompeuses banques

Les banques sont bien plus dangereuses qu’on ne le pense :

  • Les normes comptables américaines (GAAP) masquent l’exposition des banques aux produits dérivés, divisant de ce fait leur risque apparent par un facteur de l’ordre de 2 (en ce qui concerne la Deutsche Bank, une des rares banques avec double comptabilité GAAP / IFRS).
  • Mais le niveau de risque des banques européennes n’a pas baissé depuis fin 2007.

Obama réforme la banque

À la suite de sa perte de « super majorité », B.Obama a annoncé une réforme des banques. Il y aurait deux mesures :

  1. Faire payer les banques pour les frais de leur sauvetage. Ce qui rapporterait 117md$ sur 12 ans.
  2. Séparer les activités « sociales » des banques (activité de crédit nécessaires à l’économie) des autres, et interdire certaines de ces dernières (opérations de bourse pour leur propre compte, hedge funds, capital investissement).

Difficile de savoir quelles en seront les conséquences, d’autant plus que la compétence clé des banquiers est de contourner les règles, et que le traitement que le congrès fait subir aux lois semble plus motivé par l’intérêt de ses membres que par celui de la nation.

Cependant ces mesures paraissent aller dans le bon sens : le facteur principal de risque serait la complexité des établissements financiers, qui les rend incompréhensibles donc incontrôlables ; les simplifier diminuerait la menace qu’ils représentent. En fait, ce serait un retour à la législation post 29 dite Glass Steagall.

Jusque-là le gouvernement américain ne voulait pas s’y résoudre. D’ailleurs Larry Summers et Tim Geithner, conseiller du président et ministre des finances, mais aussi promoteur de la révocation de Glass Steagall et ancien lobbyiste de Goldman Sachs, n’approuveraient pas le projet de réforme. Autre signe positif ?

Compléments :

Basel 3

Les régulateurs mondiaux cherchent à éviter la répétition de notre crise. Ils illustrent une des théories de ce blog : intelligence d’un groupe qui réfléchit.

Niveau des réserves que doit conserver une banque pour ne pas être prise au dépourvu. Résultat (expérimental) : en moyenne 9% des actifs. Mais 20 ou 25% si on veut éviter tous les pépins. Ce qui, du fait de l’interdépendance des banques, semble obligatoire. On en reviendrait au 19ème siècle, quand elles devaient se défendre seules sans l’assurance de l’État. Si 9% est acceptable, 25% ne l’est pas.

Alors ? Des dettes qui se transformeraient en actions en cas de malheur ? Effets pervers. Mieux peut-être : ne protéger par la garantie de l’État que les activités essentielles au fonctionnement de l’économie (banque de dépôts), et laisser les activités à risque sombrer, le cas échéant.

(à suivre)

Compléments

CFA, banque coopérative

« L’idée, née en 2008 et soutenue depuis peu par la Banque de France et le Trésor, prend forme » : des entreprises auraient créé leur propre banque coopérative :

L’organisme prendrait l’exact contre-pied des tendances bancaires : il remédierait au manque de crédit ; introduirait de la concurrence au sein de l’oligopole bancaire ; ferait un travail traditionnel de prêteur, sans pratiquer aucun des métiers sophistiqués qui enrichissent les traders et causent les crises. Surtout c’est le retour de l’économie sociale, qui prône « la primauté de l’homme sur le capital ».

On en revient aux idées de Proudhon ? Qu’est-ce que ça signifie ?

  • En temps de crise, il y a besoin de solidarité, l’État et les partis politiques ne l’ayant pas compris, ou ne sachant rien faire ?, ce sont des communautés d’intérêt qui se regroupent et se protègent ?
  • Un spécialiste du secteur m’a envoyé ce commentaire : « Cependant, il faut lire aussi entre les lignes la montée en charge de l’économie sociale. Le gouvernement est en train de (re)prendre la main sur le secteur, historiquement maîtrisé par la gauche. » Effectivement le gouvernement est dans le coup. Dossier à creuser.

Anton Brender

Interview d’Anton Brender, professeur d’économie à Dauphine, par les Enjeux Internationaux de France Culture : BCE et banques.

La BCE a prêté beaucoup d’argent aux banques (400md€ à 1%). Était-ce une bonne idée ? L’interview modélise simplement ce qui s’est passé.

En bref, les organismes financiers se retrouvent, lors de la crise, avec des actifs dangereux. Pour éviter la faillite du système les banques centrales leur font des crédits extrêmement favorables afin qu’elles constituent les garanties qu’elles avaient oublié de prendre en contrepartie des actifs risqués. La BCE pouvait-elle faire autrement ?

L’interviewer semble ne pas partager son point de vue. Il est vrai que

  1. c’est la mauvaise gestion des banques qui est en cause,
  2. les taux faibles des banques centrales sont utilisés pour spéculer (pas seulement pour constituer des garanties),
  3. les banques n’assument pas leur rôle qui est d’alimenter le marché en crédit,
  4. elles utilisent les bénéfices réalisés pour verser d’énormes bonus à leurs personnels.
  5. Parmi les solutions à la crise, la recapitalisation des banques n’était pas la seule. On a parlé alors de la méthode « bagehot », une remise en état des banques par les gouvernements. Ils les rendaient au privé une fois assainies et ayant retrouvé leur fonction économique.

Mais les banques centrales pouvaient elles avoir ce rôle ? Anton Brender a probablement raison de dire que l’on respecte la logique du système. Mais est-il favorable aux intérêts de la société ? Ne faudrait-il pas, alors, le corriger ? En particulier, quid du dogme d’une économie régulée par des banques centrales indépendantes ?

Compléments :

  • Autre billet sur l’avenir sombre des banques centrales : Ça va péter ?
  • Atmosphère spéculative : Bubble warning.
  • Le système financier, aurait-il été capturé par ses membres pour qu’il servent leurs intérêts, au lieu de remplir son rôle social ?

Éthique bancaire

J’ai noté il y a quelques mois que Goldman Sachs avait trouvé le moyen de faire des affaires de plus en plus risquées, tout en se protégeant du risque. Une autre interprétation de cette histoire émerge :

Goldman Sachs aurait très tôt (2005) vu que les subprimes allaient mal tourner, il aurait alors parié massivement contre.

Comment pouvait-il vendre des produits dans lesquels il ne croyait pas ? Les clients le voulaient, et c’étaient des gens intelligents et bien informés…

L’idée mérite d’être reprise. Le constructeur automobile pourrait, d’un côté, vendre des voitures déficientes, et, de l’autre, acheter des hôpitaux. Le dirigeant salarié pourrait mettre son entreprise en faillite pour l’acquérir à vil prix. Plus généralement, la société nous donne à tous une position, il suffit de mal remplir notre rôle pour en tirer les plus grands profits !