Régulation bancaire

Nouvel épisode, cette fois-ci une proposition du FMI.
Le FMI voudrait faire payer aujourd’hui les banques pour la crise qu’elles causeront demain. La méthode de calcul partirait du principe que les banques les plus dangereuses peuvent emprunter à un taux anormalement bas. Il s’agirait de réintégrer cette subvention dans leurs coûts. En pratique, je ne comprends pas bien comme cela peut fonctionner.
De même qu’il semble manquer un mécanisme qui traite efficacement la faillite d’une banque, et qui « puisse pousser les pertes chez les créditeurs plutôt que chez les contribuables ».  
Mais la réflexion semble progresser.

Goldman Sachs accusé

Curieuse affaire : Goldman Sachs aurait vendu des produits prétendument sélectionnés par « un tiers objectif et indépendant », alors que ce tiers était un financier qui pariait contre les dits produits (et à qui son pari a rapporté une fortune).
Un billet disait que Goldman Sachs était trop puissant pour être attaqué. Peut-être faux. Mais les éventuelles pénalités seront-elles supérieures aux bénéfices réalisés ?

Riches banques

Un des premiers billets de ce blog pensait que le changement qui s’annonçait ramènerait le bénéfice du secteur financier de 40% de tous les profits à sa valeur historique de 10% (au moins pour les USA).
Or, il semblerait que les profits financiers repartent vers les 40%. Depuis que les banques centrales tiennent le secteur à bouts de bras, il n’a même plus besoin de prendre des risques pour nourrir ses bonus.
S’est on ramené à une situation où l’on peut mener le changement plus sereinement que durant une crise ou reprend-on de l’altitude pour un nouveau piqué ? 

Réforme bancaire aux USA

Un des feuilletons de ce blog : comment contrôler le danger financier américain ? Point d’étape :
Il semblerait que l’on s’oriente vers un suivi par la Réserve Fédérale des établissements les plus dangereux. En cas de risque de faillite, l’établissement serait découpé en morceaux et remis en ordre (les actionnaires, en particulier, essuieraient les pertes). Ces grands établissements alimenteraient, aussi, ce qui semble un fonds d’assurance. Enfin les échanges de produits dérivés, aujourd’hui difficiles à connaître, se feraient par le biais d’une chambre de compensation.
Commentaire :
Nombre d’économistes pensaient que le système financier américain aurait dû subir ce traitement lors de la crise. Mais le gouvernement américain a choisi de le renflouer sans contrepartie, d’où réémergence des comportements criminels antérieurs. Or, le combat n’est pas perdu. Le législateur semble se préparer à utiliser les prochaines crises pour faire entrer, les uns après les autres, les contrevenants dans le rang. Le procédé n’est peut-être pas idiot : une crise imprévue n’est pas un bon moment de réforme. En agissant en deux temps le gouvernement américain peut avoir évité une crise dévastatrice, sans pour autant avoir renoncé à civiliser le système financier.
Encore faut-il que le nouveau mécanisme d’intervention soit bien conçu.
Compléments :

Condamnation par contumace

Pourquoi les dirigeants de Lehman Brothers sont-ils susceptibles de poursuite, pourquoi ceux d’ENRON sont en prison, pourquoi Goldman Sachs est-il inattaquable ?

Parce que, compte-tenu de ses moyens, un procès serait trop coûteux. La justice ne s’en prend qu’aux dirigeants à terre, post faillite.

Incitation à ne pas faillir. Mais aussi explication des dissimulations de plus en plus gigantesques que font les entreprises américaines dans leurs derniers instants.

Compléments :

  • Comme le fait remarquer aussi l’article, le dirigeant n’est pas le seul à tomber, mais aussi ses complices, notamment les cabinets d’audit qui auraient dû contrôler l’entreprise (Ernst et Young pour Lehman, Andersen pour Enron).
  • A notre modeste échelle, c’est aussi ce qui se passe chez nous : c’est lorsqu’une entreprise est en faillite que les forces du bien, emmenées par le Fisc, se déchaînent sur elle. Elles la soumettent à un check up complet du droit français. MIELLET, Dominique, RICHARD, Bertrand, Dirigeant de société : un métier à risques, Editions d’Organisation, 1995.

Goldman ou l’Arnaque ?

Décortiquer les techniques utilisées par Goldman Sachs pour s’enrichir est devenu un genre. Cette banque aurait acquis un curieux savoir-faire : escroquer ses clients et l’État.

  • Il aurait mis à terre AIG, de connivence avec la Société Générale (?), en lui demandant des remboursements en cash. (L’assureur a été sauvé par le gouvernement. Il a alors pu à nouveau dédommager Goldman Sachs de ses pertes.)
  • Il a adopté le statu de banque de détail, qui lui a permis l’accès à un financement quasiment à taux nul, qu’il a réinvesti dans des bons du trésor.
  • Mais, alors que la mesure précédente avait pour but l’aide à l’économie. Il a refusé d’obtempérer. Ce qui a forcé le gouvernement à une relance qui s’apparente à de la comptabilité créative. Et, aussi, à acheter des crédits hypothécaires pour soutenir le secteur immobilier. Nouveau marché juteux, et sans risques, pour les banques.
  • Les règles comptables ont été modifiées par le gouvernement, si bien que certains actifs à risque ne le paraissent plus. D’où des bénéfices (et des bonus) surévalués.
  • Le gouvernement a voulu débarrasser les banques des actifs risqués. Du coup elles en ont acheté, pour pouvoir les lui revendre.
  • Du fait de leurs multiples activités, les banques, et Goldman Sachs en particulier, utiliseraient les informations que leur donnent leurs clients contre eux (par exemple quand une entreprise veut passer un gros ordre, la banque le passe avant lui, de façon à pouvoir faire une revente avec une plus-value assurée).

Ainsi, Goldman Sachs profiterait de sa position par rapport à l’état et à ses clients pour se lancer spéculation de très grande ampleur.

Quelle est l’innovation qui explique fait sa fortune ? L’article propose une curieuse solution : « Le système suppose un certain niveau minimum de comportement éthique et d’instinct civique, en plus de se qui est exprimé par la réglementation ». Pour s’enrichir, il suffit de ne pas faire ce que la société attend de vous !

Compléments :

La crise va-t-elle se poursuivre ?

Jean-Hervé Lorenzi, important économiste, résume notre situation – critique – d’une manière qui a le mérite d’être claire, et propose quelques solutions qui ont le mérite de ne pas être compliquées :

  • Cela devrait mal se passer au second semestre 2010 : les effets de la relance se seront essoufflés et rien n’aura repris. Non seulement les banques ne prêtent pas mais il y a surcapacité de production, d’où guerre des prix et délocalisations. Curieusement il y a beaucoup de liquidités, d’où peu de risque d’inflation, mais gros risque de spéculation…
  • Dans ces conditions une politique de rigueur budgétaire ne ferait qu’accélérer le cercle vicieux. Par conséquent, il faut continuer à aider l’économie tout en rassurant les marchés financiers quant à la capacité de l’État à éliminer les déficits publics.
  • Suggestions : généralisation de la LOLF et suppression des barrières entre corps de fonctionnaires ; résoudre le problème des chômeurs (massivement) en fin de droits (comment ?) ; prévenir le (massif) chômage des nouveaux arrivants sur le marché du travail – et son effet destructeur du talent national – en amenant les grandes entreprises (qui ne recrutent pas) à offrir des formations professionnelles ; relancer la construction de logements (fournit immédiatement des emplois) ; adosser Oséo à la Banque Postale pour prendre le relai d’un secteur bancaire défaillant.

Curieux bilan. Il donne l’impression que l’État doit empêcher de nuire une économie de marché qui a créée la crise (non seulement la crise est financière, mais la surproduction vient du crédit facile). Ainsi, le secteur financier est « inquiet » de l’endettement des États, dont il est la cause ; il faut le rassurer ; il ne joue plus son rôle : il spécule mais n’alimente plus les entreprises ; entreprises qui ont augmenté leurs capacités de manière irréfléchie et qui maintenant réduisent leurs coûts de la même façon (ce qui ne donne à personne d’avantage), ce faisant démolissant leur marché…

Banque et risque

La gestion prudente du risque par une banque serait une question de culture observe The Economist (et aussi : A matter of principle). Ce qui rejoint les conclusions d’un des premiers billets de ce blog (Société Générale et contrôle culturel).

Ce qui est plus inattendu, c’est que Goldman Sachs, un des méchants préférés des journalistes, a une très solide culture de gestion des risques.

Ce qui nous ramène à une remarque de Galbraith concernant le crash de 29. Les banques (dont Goldman Sachs) qui s’étaient lancées dans la spéculation dont il résulte étaient confiantes qu’elles tireraient profit du retournement de la situation. Or, c’est ce que Goldman Sachs a fait lors de la dernière crise, il a été un des premiers à comprendre que les subprimes menaient au désastre, et, tout en les vendant à ses clients, il a parié contre.

Ces banques sont insubmersibles ? Elles sont programmées pour vivre du risque qu’elles font courir à la planète ? Définition du parasite ?

Wall Street et la Grèce

L’Europe, que l’on croyait rétrograde, est à la pointe de l’innovation : depuis une décennie, Goldman Sachs et les banques américaines font des miracles pour masquer ses déficits :

Elles ont utilisé des techniques identiques à celles qui firent la notoriété d’Enron pour faire passer des emprunts pour des revenus.

En novembre dernier Goldman Sachs aurait proposé au gouvernement grec de réitérer l’exploit…

Compléments :

Crise mondiale ?

L’euro est attaqué, et si les USA devaient venir à son secours ?

Car tout le mécanisme de sortie de crise des USA et de la Grande Bretagne repose sur une monnaie sous-évaluée et sur un euro surévalué (le Yuan étant sous-évalué par rapport au dollar). La baisse de l’euro fait donc les affaires de l’Allemagne et de la France, qui n’ont aucun intérêt à intervenir, mais compromet celles du couple anglo-saxon, qui est d’autant plus fragile qu’il n’a pas consolidé ses banques. Bien entendu, tout étant lié, cela pourrait se terminer par une catastrophe globale, mais, à court terme et pour une fois, la situation est favorable à l’Europe.

Amusant que ce qui pourrait être l’action égoïste de quelques organismes financiers américains puisse retomber sur le nez de leur nation, et finalement sur le leur. (Sur le nôtre aussi, mais il y a parfois un sentiment de justice à périr avec les criminels – c’est probablement ça la vengeance.)

Compléments :