Banque centrale en bout de course ?

Jusqu’ici les nations occidentales ont attendu un miracle de l’action de leurs banques centrales, mais ce n’est pas suffisant : il faut qu’elles fassent évoluer leur structure économique et sociale, notamment la qualification de leurs populations. (The central bankers’ burden, Easy-money riders.)
Difficile de voir comment elles peuvent y parvenir sans action de la main visible de l’État, comme en Chine. Et comment elles peuvent y parvenir rapidement…
Compléments :
  • Un exemple du type de changement structurel qui pourrait être nécessaire : Déséquilibre structurel américain.
  • Il semblerait qu’une des vieilles idées de ce blog commence à avoir une certaine popularité : tant qu’il n’y aura pas eu de « changement » (transformation de « l’organisation » qui dirige notre comportement collectif), la crise ne sera pas finie. 

Fortune bancaire (suite)

Éternelle question : comment le système financier a-t-il pu kidnapper l’économie sans que personne ne s’en rende compte ?
Mécanisme de la spéculation : sa fortune était relative à celle des actifs, qui ont connu une inflation non détectée. (A mirage, not a miracle.)
Et on le rémunérait en bon argent pour des opérations qui, finalement, étaient factices.

Réforme aux USA

B.Obama a fait passer une nouvelle grande réforme. Parmi ce qui me semble ses particularités :
  1. L’interdiction pour le gouvernement de sauver une banque en faillite.
  2. La possibilité de découper en morceaux une banque qui devient trop grosse.
Le succès de ces mesures va probablement dépendre du courage des politiques. Une fois qu’une grande banque sera en faillite, il sera difficile de ne pas la secourir, puisque sa disparition signifierait, par effet domino, une crise internationale. Il faudra donc découper en période faste. Ce qui n’est jamais facile. (Mais la loi semble débarrasser les banques d’une partie de leurs activités à risque…)
Par ailleurs, la loi ne semble pas s’attaquer à la question du risque « systémique », qui fait que les éléments du système financier sont hautement corrélés ensemble.  

La course du déficit

D’après Martin Wolf, les nations, le public, le privé, le financier et le non financier joueraient au jeu du déficit, en essayant de le passer à l’autre à son insu.
Par exemple beaucoup d’États semblaient modèles jusqu’à peu. Faible endettement. Puis il y eût la crise, puis on découvrit que leurs entreprises étaient surendettées (l’endettement était masqué par une augmentation spéculative de leurs actifs), puis les États intervinrent et se chargèrent de dettes. À l’origine ces dettes avaient été transmises par des pays maladivement excédentaires.
Il me semble retrouver ici un mécanisme qui revient régulièrement dans ce blog. Une sorte de spéculation sournoise qui cherche en permanence une faille par laquelle se faufiler.
Ce mécanisme semble poser une question compliquée : comment s’assurer qu’il n’y a pas quelque part quelque chose qui enfle exagérément ? 

Banques européennes

Bizarre, on parle peu des banques européennes, et pourtant elles semblent dans un état aussi (plus ?) précaire que celui des banques américaines :

Elles peuvent facilement emprunter à la BCE et investir cet argent dans des obligations d’état à taux plus élevé

Les banques ont aussi réduit la maturité de leurs propres emprunts, plutôt que de payer des taux plus élevés pour des fonds à long terme plus sûrs. Quand toutes les banques prennent la même décision, c’est une forme de folie collective, parce que cela rend le système vulnérable à une défaillance du marché. 

Fortune bancaire ?

Pourquoi la rentabilité des banques a-t-elle brutalement cru ces dernières décennies ? Situation de monopole :
  • Elles sont implicitement soutenues par l’Etat, ce qui réduirait massivement le coût de leur financement (une subvention supérieure à leurs bénéfices, en Angleterre…).
  • L’adoption de taux de changes flottants a conduit à la création d’une industrie du produit dérivé, produit d’une telle complexité qu’il est difficile d’en juger le prix.
  • Le plus curieux peut-être est que les grands fonds (notamment de pension) possèdent le marché, et que leurs achats / ventes incessants (qui cherchent à augmenter la valeur de leur portefeuille) ne servent à rien, sinon à enrichir les intermédiaires.

Salaire du haut fonctionnaire

Les Anglais viennent de découvrir que plus d’une centaine de hauts fonctionnaires étaient mieux payés que leur premier ministre (le plus haut salaire serait de 280.000£, 400.000 l’année dernière).
La justification de ces paies serait, comme ailleurs, le « talent ». Ce qui est nouveau est que l’on s’en préoccupe, alors que la pratique date d’une quinzaine d’années. On lui reprocherait de ne pas correspondre aux restrictions budgétaires du moment. Mais n’est-ce pas justement quand tout va mal que le dirigeant doit être récompensé pour ses efforts ?
Nos critères de jugement sont-ils en train d’évoluer ? Va-t-on finir par penser que le salaire ne fait pas le talent ? 

Dark pools et flash trading

Les organismes financiers continueraient à avoir des pratiques asociales :
  • Les « dark pools ». Les organismes financiers possèdent entre eux des systèmes d’échanges qui échappent à tout contrôle. Source de risques individuels et systémiques non connus.
  • « Flash trading ». Il s’agit d’anticiper les mouvements du marché, grâce à des systèmes informatiques surpuissants. De ce fait, les organismes financiers prélèvent un impôt sur les échanges. 

Spéculation

Il est de bon ton de dénoncer les « spéculateurs », mais à quoi cela sert-il ?
La « spéculation » est un aspect inhérent aux marchés financiers, un « fait social » au sens de Durkheim. Chaque membre de la profession financière est prisonnier de règles dont il ne peut pas sortir, de la pression de ses pairs, de la concurrence entre établissements…
Plus généralement, nous sommes pris dans de grands mouvements auxquels nous ne pouvons pas faire grand-chose. Exemple. On nous dit aussi qu’une partie de l’Europe a vécu au dessus de ses moyens, que le système financier (par exemple allemand, pour l’Espagne) a alimenté les bulles immobilières… Personne n’est alors descendu dans la rue pour dénoncer les dangers que son enrichissement personnel, ou ses placements, faisaient courir à l’équilibre de la planète.
D’ailleurs, il est probable, comme le disent les économistes, que la spéculation est un aspect négatif d’un phénomène qui peut être bénéfique. La crise grecque ressemble beaucoup à une malversation Enronienne que les gouvernements européens gèrent de manière périlleuse. La spéculation ne nous dit-elle pas que nous devrions mettre notre maison en ordre ?
Les gouvernants doivent certainement penser comme moi. Mais faire fonctionner l’Europe est peut-être une tâche qui dépasse leur faible courage. Et la situation actuelle n’a pas que des inconvénients : la chute de l’euro pousse nos exportations, et peut relancer notre économie. Mais peut-on le dire ?
Hurler avec les loups est un moyen aussi vieux que le monde, mais toujours aussi efficace, de donner le change au petit peuple, sans fatigue.  

Fabrice Tourre

Dans l’enquête que mène la SEC sur Goldman Sachs et Fabrice Tourre, le Financial Times semble penser que chacun de ces derniers doit être en train de calculer – heure par heure – où se trouve son intérêt et s’il doit fausser compagnie à l’autre.
Goldman Sachs doit-il faire de Fabrice Tourre un bouc émissaire ? Ne pas le lâcher pour qu’il ne fasse pas de révélations compromettantes ? Fabrice Tourre doit-il plaider coupable ?…
Un Français, habitué à beaucoup attendre de la société, est-il préparé à un tel jeu d’individualisme à outrance ? Peut-il y être aussi bon qu’un Américain ?
L’immigré doit il éviter les risques excessifs : il sait mal en contrôler les conséquences ? (Est-ce aussi pourquoi il tend à prendre de tels risques : mauvaise évaluation de leurs conséquences ?)