Qu’est-ce qui rend un couple durable ?

Les gens me parlent de ce qui les préoccupe. Notamment de la solidité du couple. Une question bien théorique pour un célibataire. J’espérais trouver une réponse dans les traités des sociologie des organisations. Mais je n’ai rien lu de convainquant. Cependant, petit à petit, j’ai constitué un échafaudage qui commence à avoir une certaine cohérence.

  • Premier résultat : par nature le couple ne peut pas être durable. En effet, les psychologues expliquent le divorce par les caractéristiques émotionnelles de l’homme et de la femme. L’homme est fait pour vivre, la plupart du temps, avec des hommes, et la femme avec des femmes. C’est d’ailleurs comme ceci que la société a fonctionné pendant des millénaires. D’après ces travaux le couple moderne est une utopie. Sauf s’il est homosexuel ! La relative solidité des ménages de la haute société semble confirmer cette idée : il est bâti sur un modèle d’ancien régime, avec femme au foyer.
  • Mais l’affaire n’est peut-être pas désespérée. Je crois qu’il y a un moyen de construire un couple digne de ce nom. C’est le conflit. En effet, on peut interpréter les travaux sur le sujet comme indiquant que la phase constitutive de n’importe quel groupe est un conflit (voir ce qui est dit des travaux de Robert Axelrod, ici). Ce conflit a une logique. Son objectif est d’établir des lois qui paraissent justes aux uns et aux autres (c’est une forme de contrat, mais implicite). Le sens du conflit est d’amener chacun à respecter (apprécier) l’autre. C’est-à-dire à se pénétrer de ce qui compte réellement pour lui. Le conflit résulte de ce que l’un veut imposer à l’autre ce qui lui semble naturel, alors que, pour ce dernier, c’est grossièrement inadmissible. Les guerres illustrent parfaitement ce mécanisme.
Bref, pour constituer un couple durable, si ce qui précède est correct :

  1. débarrassez-vous de vos illusions 
  2. choisissez un ennemi digne de vous 
  3. préparez-vous à en découdre. Le jeu en vaut d’ailleurs la chandelle : ce n’est pas tous les jours que l’on réalise une utopie !

La vengeance d’Obama

Après Ben Laden, et avant Netanyahou ?, c’est au tour des Républicains. Barack Obama est parti pour détruire ceux qui l’ont trahi.

Comment va-t-il s’y prendre ? En force. Les Républicains représentent le Blanc conservateur, une race en déclin. Barack Obama a construit une coalition d’intérêts, des homosexuels, aux immigrés, en passant par les femmes libérées. Il a le nombre pour lui. Il a pris les Républicains, et leur refus de coopérer, à leur propre jeu. Et il va leur rentrer dans le gosier la stupidité de leurs sophismes. En particulier celui qui veut que le riche crée la richesse. Que la société lui doive tout.
Au passage, il montre, ce dont on doutait à une époque, qu’il a des convictions.
Coming out d’un Barack Obama tueur? Pas certain. Il utilise, peut-être, le tit for tat (dent pour dent), la meilleure façon de se faire des amis, selon Robert Axelrod. Ainsi, il a commencé par être sympathique. Les Républicains ont été abjects. Il leur répond avec leurs arguments. S’il suit le schéma de Robert Axelrod, il devrait redevenir sympathique dès que les Républicains commencent à l’être.
Ce qu’il y a de curieux chez lui, c’est à quel point il aura ridiculisé ses adversaires. John McCain affirmait qu’il ne pouvait être un chef de guerre. Or, Obama est probablement le tacticien le plus doué, le plus froid et le plus implacable, qu’ait jamais compté l’armée américaine. Mieux. C’est lui contre tous. Et il y a de bonnes chances qu’il leur fasse boire un bouillon. Eh oui, il donne raison aux dogmes républicains ! L’individu peut avoir le dessus sur une société ! Pire des vengeances : montrer à ses adversaires qu’ils sont indignes de leurs propres idéaux ?

Constitution des sociétés : Robert Axelrod

Robert Axelrod a fait s’affronter des programmes informatiques qui, chacun, avait une tactique propre. Quelle est celle qui a gagné ? « dent pour dent ». Plus exactement, l’algorithme est d’abord amical puis modèle son comportement sur celui de l’algorithme qu’il rencontre. Rapidement, on aboutit à une coopération généralisée, avec quelques îlots de parasitisme.

Contrairement à ce que semble dire Konrad Lorenz, l’individu ne serait pas qu’agression. Elle serait une option, parmi d’autres. Et ces options lui permettent une sorte de dialogue avec son environnement, dont l’objectif est la coopération ?

Bien entendu, s’il ne trouve personne capable de se mesurer avec lui, il peut finir par éliminer ceux qu’il rencontre.

Compléments :
  • La provocation serait-elle une demande d’amitié ?
  • AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985.
  • Curieusement, l’histoire des Vikings rejoint cette théorie. C’était un peuple de commerçants, qui ne s’en prenait qu’à plus faible que lui. Il coopérait avec les forts. Son action semble avoir eu pour bénéfice de forcer ses victimes à la solidarité, et de mélanger idées et pratiques européennes. Des vertus des virus ? (BOYER, Régis, Les Vikings, Perrin 2004.) 

Solidarité patronale

Un commentateur américain observe un fait extrêmement curieux. Sur un grand nombre de sujets les entreprises américaines présentent un front commun. Ce qui est contraire à la logique économique, qui voudrait qu’elles défendent leurs intérêts et que ces intérêts soient souvent divergents.
Explication ? Conscience de classe. Les dirigeants défendent leurs intérêts personnels.
Forme de communisme prévue par Schumpeter ? Collectivisation de l’outil de production, pour éliminer la concurrence ? Mais collectivisation réduite à une seule classe.
Compléments :
  • Les oligopoles tendent à se coordonner (The logic of collective action), ce qui est suffisant pour couler toutes les théories sur l’efficacité du marché. Mais une coordination sur une échelle aussi large ne semble pas avoir été prévue. Pour la rompre, il faut probablement suivre l’exemple des armées de 14 : pour éviter la fraternisation, elles ont fait monter au front de nouvelles troupes (AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985). Devrions-nous renouveler nos dirigeants ? Par exemple faire venir des « low cost CEOs » indiens ? Ou faut-il prendre acte de la collectivisation de l’économie et remplacer les gros bonus par des commis de l’État peu payés ?
  • SCHUMPETER, Joseph, Capitalism Socialism and Democracy, HarperPerennial, 1962.

Obama se fait des amis ?

Les réformes de B.Obama sont dans une mauvaise passe. Non seulement son camp se comporte de manière irresponsable, mais il a perdu le sénateur sans lequel ses lois n’ont aucune chance. La situation semble si désespérée qu’une vague de sénateurs démocrates déclare forfait pour les prochaines élections.

Que faire quand on a besoin de la collaboration de l’ennemi, mais que celui-ci veut vous faire perdre ?

Rejouer la tactique chinoise, ou afghane, c’est-à-dire devenir méchant. Plutôt que de chercher à se faire des amis des Républicains, Obama semble vouloir leur faire perdre les prochaines élections.

But Mr Obama doesn’t need many Republican defectors: having all the Democrats plus one Republican on his side would do the trick. The president badly needs something that either looks like a victory or, and perhaps this could be more important in an election year, something that allows him to paint the Republicans as the bad guys.

Ce qui pourrait les encourager à voter ses lois.

Au fond, je me demande si être méchant ne convient pas mieux à B.Obama, qu’on dit froid et calculateur, que son attitude « peace and love » initiale. Mais était-ce habile d’être immédiatement désagréable ? En tout cas, être gentil, puis méchant si l’autre l’est, est le meilleur moyen de se faire des amis selon Robert Axelrod (Théorie de la complexité).

Compléments :

Combattre l’individualisme

Un thème de ce blog : notre problème actuel est l’individualisme. D’accord. Mais que faire ?

Un petit bonhomme croit qu’il est plus intelligent que le monde, et il commet des désastres d’autant plus importants que la société lui a donné du pouvoir (Il n’y a pas que les subprimes). Mais le danger n’est pas tant là que dans son comportement : il joue contre la société, il cherche à la disloquer pour en tirer un bénéfice. C’est un parasite.

On nous a dit qu’il était bien d’exploiter les ressources de la nature. Le progrès c’est cela. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour penser qu’il en était de même de la société : l’individu doit exploiter ses semblables. Les utiliser comme « moyens », suivant l’expression de Kant. L’individualisme ce n’est pas le mal d’une personne, mais celui d’une société.

Peut-on corriger ce défaut, en évitant les effets néfastes des précédentes tentatives (notamment le nazisme, et le communisme) ? La science, en particulier la théorie de la complexité, donne deux pistes :

  1. Modifier le comportement de l’individu.
  2. Modifier le comportement de la société : transformer les règles qu’elle suit, de façon à ce qu’elles éliminent ce qui la menace.

Bizarrement, ces deux angles sont aussi chez Philippe d’Iribarne (La logique de l’honneur), et Michel Crozier (Le phénomène bureaucratique). L’un analyse ce qui pousse l’individu, l’autre ce qui contraint la société. Ces deux aspects se retrouvant d’ailleurs chez Montesquieu (De l’esprit des lois). Application.

Comportement individuel

Richard Dawkins et sa théorie des « memes » (The selfish gene) pensent que la sélection naturelle choisit les comportements les plus efficaces, de même qu’elle choisit les meilleurs gènes. Un comportement non individualiste a-t-il des chances de survivre ?

  • L’Impératif catégorique de Kant, s’il est adopté par tous, construirait effectivement une société solidaire. Mais l’homme devient alors prévisible. Donc vulnérable au parasite.
  • Robert Axelrod observe que la stratégie du « dent pour dent », qui conduit à la collaboration, est majoritairement victorieuse. L’individualisme n’est pas durable.
  • Pour ma part, je crois que le mécanisme précédent intervient dans la constitution des groupes (Le respect ou la mort ?). Mais qu’il y a un second niveau de collaboration. Une fois qu’il s’est fait respecter, l’homme peut utiliser une technique de type « ordinateur social » : faire résoudre les problèmes qu’il se pose par les membres de la société qui sont le mieux à même pour cela. Pour réussir, il faut que chacun y trouve son compte. Comme il représente une partie de la société, il y a des chances qu’il représente ses intérêts, son point de vue. Si réussite, donc, on aboutit à une solution qui satisfait tout le monde, y compris la société. Et elle est plus efficace que la solution parasitaire (« l’union fait la force »), donc probablement promise à un bel avenir.

Comportement collectif

  • Governing the commons montre que les sociétés se donnent des règles et les font adopter collectivement par leurs membres. Pour cela, il semble qu’il faille un gros cataclysme. Par ailleurs, le problème doit être exprimé sous la forme d’un « bien commun » que l’on se répartit de manière plus ou moins égalitaire, suivant des règles acceptées par tous. Le bien commun en évidence est la richesse mondiale, le PIB. Un mécanisme de contrôle de sa répartition préviendrait les excès. Mais comment s’y prendre ? D’ailleurs, le bonheur est-il dans le bien matériel, ou dans l’immatériel (esthétique, relations humaines…) ? Comment mesurer ce dernier ?
  • Une autre possibilité serait d’étendre au monde une technique que j’applique à l’entreprise (cf. mon livre 1) : la cellule d’animation du changement. C’est un peu la façon dont a procédé le G20 (Sommet du G20 : bravo ?). On procède crise par crise (quitte à susciter les crises). Dès qu’un problème survient, on délègue une équipe « d’animateurs du changement », préalablement repérés. Ils réunissent des représentants des intérêts concernés (ordinateur social) et, ensemble, ils essaient de résoudre la question. Une fois fait, la solution est appliquée. Et le problème définitivement résolu (on est immunisé). On construit les règles de pilotage de l’ensemble progressivement.

Compléments :

Governing the commons, d'Elinor Ostrom

Les communautés humaines s’auto-organisent. Et c’est exceptionnellement efficace. OSTROM, Elinor, Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press, 1990.
Imposer à un système une loi extérieure provoque victoire de l’égoïsme et destruction du bien. C’est la « tragédie du bien commun » (plus connue sous le nom Tragedy of the commons). Sans code de bonne conduite partagé, chaque acteur a intérêt à tirer le maximum du bien. Ce faisant il l’épuise, et se ruine. Ce livre montre comment les communautés humaines s’auto-organisent pour entretenir les biens qui leur sont communs (systèmes d’irrigation, pâturages…).
Règles d’administration d’un bien commun
Pour que le « bien commun » soit correctement géré, il faut suivre quelques règles :
  1. Les frontières du bien doivent être clairement définies (on doit savoir qui a des droits sur lui).
  2. Ce que l’on apporte et ce que l’on en retire sont équilibrés.
  3. Ceux à qui s’appliquent ses règles opérationnelles peuvent les modifier.
  4. Ceux qui surveillent le respect de ces règles sont ceux qui les subissent ou des personnes qui leur répondent.
  5. Les sanctions sont graduelles (et faibles).
  6. Un système de résolution de conflit est facilement accessible.
  7. Les gouvernements externes ne s’immiscent pas dans cette juridiction.
  8. Si le système est de grande taille, il est géré par des niveaux hiérarchiques cohérents d’organisation fonctionnant sur le même principe.
Un système exceptionnellement efficace et robuste
Étonnant : ce qui fait tenir ensemble l’édifice est la règle « Je ne suis les lois que si tous les suivent ». Une fois le système en place se produit un cercle vertueux. Pour que chacun soit rassuré sur le suivi des lois par les autres, il faut que chacun connaisse les agissements des autres. Ce qui conduit à un système de supervision peu coûteux. Et au choix de règles faciles à appliquer. D’où coûts de coercition quasi nuls. (Il sont très importants dans le cas d’un Etat ou d’une entreprise.)
En situation difficile, l’individu peut faire une entorse au règlement sans subir de sanction grave. En fait, le système semble faire tout ce qu’il peut pour ne pas provoquer l’éclatement de la communauté (ce que produirait une punition sévère).
L’intérêt de laisser à ceux qui les subissent la responsabilité de définir les règles qu’ils suivent est de leur permettre de les adapter à leur contexte particulier. Ils les modifient d’ailleurs régulièrement, pour faire face aux évolutions de leur environnement. Ces règles sont un « capital social » : un savoir-faire accumulé d’une immense valeur. (Avantage par rapport aux us de l’État ou de l’entreprise, qui créent des règles sans connaissance précise des réalités opérationnelles.)
Dans ce système les conflits sont bénéfiques : ils permettent d’interpréter les règles. C’est pourquoi ils sont facilités (nombreux espaces d’arbitrage).
Plus cette population pratique le changement, plus il devient facile et plus elle peut trouver dans le changement un bénéfice immédiat (ce qui élimine donc la résistance au changement), d’où accélération des changements…
Au préalable, la population doit avoir une même « modélisation » du problème : par exemple des zones de pêche qu’il s’agit de se répartir. Ceci demande une longue expérience : diviser une étendue d’eau en « zones » n’a rien d’évident.
Le démarrage : la communauté doit décider de prendre son sort en main
Comment démarrer ce cercle vertueux ? Deux exemples.
  • Gestion des nappes phréatiques californiennes, la menace de leur épuisement amène les acteurs concernés à s’entendre après de longues tractations.
  • Sri Lanka. Des « catalyseurs » sont envoyés encourager de petites communautés de paysans à collaborer à la gestion de leur système d’irrigation. Chaque communauté définit ses règles de cohabitation. Un système de gestion imbriqué se bâtit ensuite au dessus de ces communautés pour permettre une cohabitation générale. Bénéfice : les Cingalais et les Tamouls locaux apprennent à vivre en bonne intelligence.
Il faut probablement une prise de conscience que l’on a un « bien en commun », et qu’il est essentiel pour chaque individu, et que sa pérennité ne peut être assurée sans l’ensemble de la communauté. 
    Une solution aux problèmes les plus graves
    Ce texte est important parce que nous sommes face à des problèmes graves (effet de serre, épuisement des ressources naturelles…) qui sont de son ressort. Et qu’il nous dit que nous ne cherchons pas au bon endroit : pas besoin de messie, il faut apprendre à créer les conditions qui feront que l’humanité prendra son sort en main et trouvera une organisation qui lui permettra une gestion durable de la planète.
    Sur le même sujet :

    Théorie de la complexité

    La note précédente parle de Robert Axelrod. Robert Axelrod s’intéresse à la « théorie de la complexité ». De quoi s’agit-il ?

    Au 18 et au 19ème siècle, la science a cru qu’elle était sur le point de découvrir les secrets de l’univers. Et qu’ils étaient faciles à formuler. Son modèle était la mécanique newtonienne. Mais plus elle avançait plus le mystère s’épaississait. Et, surtout, le danger ne venait pas d’où on l’attendait.
    La science recherchait des lois ultimes. Une fois celles-ci trouvées, tout serait connu se disait-on. Or la recherche semble sans fond : on voit surgir la mécanique quantique, la relativité, puis des masses d’entités et de théories de plus en plus bizarres (les quarks, les cordes…). Mais, et c’est ce qui était imprévu, on réalise que connaître les lois ultimes n’est pas suffisant, l’assemblage d’entités élémentaires semble créer de nouvelles entités, ayant, en quelque sorte, leur propre libre arbitre (par exemple, les molécules forment les cellules, les cellules les êtres vivants).
    C’est ce que disaient les sciences humaines depuis longtemps. Mais étaient-ce vraiment des sciences ? Cette fois-ci c’est l’establishment scientifique le plus respecté qui l’affirme. C’est d’abord, après guerre, la Systémique. Une avalanche de résultats convergents provenant de tous les horizons scientifiques. Puis l’avancée de la génétique, les possibilités de simulation ouvertes par les ordinateurs produisent la Théorie de la complexité. Trois livres pour la découvrir :
    1. WALDROP, Mitchell M., Complexity: The Emerging Science at the Edge of Order and Chaos, Simon and Schuster, 1992. Qu’est-ce que la « complexité » ? Mettez ensemble une importante population d’acteurs (programmes, êtres vivants…) qui suivent quelques règles simples. Vous voyez émerger des comportements de groupe extrêmement complexes, ceux d’un ban de poissons où d’investisseurs financiers. En fait, le groupe adopte un comportement qui lui est propre.
      C’est la redécouverte de la sociologie par les ordinateurs, et par les plus grands scientifiques mondiaux, qui se réunissent à l’Institut de Santa Fé.
      Ce livre reconstruit la genèse des travaux de l’Institut de Santa Fé, comme si il s’agissait d’une épopée. Passionnant !
    2. AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985. Analyse du fameux « dilemme du prisonnier » de la théorie des jeux. L’intérêt à court terme des protagonistes est l’égoïsme, alors que leur intérêt à long terme est la coopération. Comment passer de l’un à l’autre? L’ouvrage montre par une simulation que la stratégie qui semble la plus robuste dans ce contexte est le « tit for tat » (dent pour dent), il en déduit une forte présomption que la coopération tend à gagner, même en environnement hostile.
    3. AXELROD, Robert, COHEN, Michael D., Harnessing Complexity: Organizational Implications of a Scientific Frontier, Basic books, 2001. Une attaque de la sociologie par les ordinateurs. Si une population importante d’acteurs est pilotée par quelques règles élémentaires (sélection du plus adapté, copier les stratégies qui réussissent, etc.), on verra apparaître les comportements globaux de notre société. De là, il est possible d’agir sur ce « système adaptatif complexe ».

    Les travaux de Duncan Watts appartiennent à cette famille scientifique. On en trouvera un exemple dans Toyota ou l’anti-risque.

    Le Prince de Machiavel

    MACHIAVEL, Le Prince, J’ai Lu, 2004, en quelques observations :

    • Léo Strauss et Pierre Manent font de Machiavel une sorte de premier des modernes. Notre précurseur. Mais est-ce lui qui est « moderne » ou les conditions dans lesquelles il vit ? Le tissu social italien s’est désintégré. Reste des états qui se battent pour leur survie, sans aucune loi partagée. Si le souverain ne peut être vertueux, c’est parce qu’il est entouré de « scélérats ». « L’intérêt de sa conservation l’oblige à agir contre l’humanité, la charité et la religion ».
    • Mais toute solidarité n’a pas disparu. Peuple et souverain semblent encore pouvoir s’aider sans trop compter. Dans son étude sur l’armée, Machiavel montre que seule une armée populaire est efficace. Il faut se méfier des mercenaires et des puissances alliées (qui ne cherchent qu’à tirer parti de leur partenaire). Son conseil au souverain ? Sauf rares exceptions, être bon avec son peuple.
    • Les philosophes anglais qui l’ont suivi l’ont dépassé en machiavélisme. Pour eux l’homme est seul et maximise son intérêt. Finis les amis. Principe fondateur de la théorie économique et des sciences du management. Mais suivre son intérêt à court terme est-il bon pour l’homme ? En dehors de l’économie, les sciences modernes (Théorie de la complexité) ne le croient pas. Une société de mercenaires, sur le modèle de l’entreprise anglo-saxonne, n’est pas durable. C’est l’explication de la crise que connaît le capitalisme moderne. Des simulations informatiques disent que la stratégie individuelle qui semble la plus efficace est le « tit for tat » ou « dent pour dent ». Pour reprendre les expressions de Machiavel : il faut être vertueux avec le vertueux et scélérat avec le scélérat. Résultat à long terme ? Disparition quasi complète des comportements égoïstes, parasites, scélérats. Il semble donc que ce qui est bon pour le capitalisme soit aussi bon pour l’homme. Le Web 2.0 montre un début d’exploitation des mécanismes de coopération. Premier résultat : sans lui Barak Obama – David n’aurait probablement pas terrassé Hilary Clinton – Goliath (Clinton, Obama, changement).
    Références :

    • Pour Léo Strauss et la pensée anglaise : Droit naturel et histoire
    • MANENT, Pierre : Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.
    • Sur le principe d’égoïsme et d’irresponsabilité qui sous-tend la gestion des entreprises modernes, comme explication des scandales qui dévastent périodiquement l’économie américaine : GHOSHAL, Sumantra, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1.
    • Sur l’inefficacité des principes d’organisation de l’entreprise traditionnelle : GM et Lean manufacturing
    • AXELROD, Robert, The Evolution of Cooperation, Basic Books, 1985.