Autorité et banalité du mal

Banalité du mal et autorité, deux thèmes de l’œuvre d’Hannah Arendt. Mon interprétation :
  • La banalité du mal est la paresse intellectuelle. C’est suivre la pente du moindre effort plutôt que de se réinventer pour assurer la continuation du modèle constitutif de l’identité d’une société. (Changer pour ne pas changer.)
  • Ne pas céder à la banalité du mal, c’est changer pour ne pas changer.
  • Cette question est liée à la notion d’autorité. L’autorité est le principe qui gouverne la société, sa constitution. En attaquant l’autorité, on détruit la société. Problème : ce principe est généralement ignoré. Il demande une enquête pour être identifié. D’où sa fragilité.
Application. Notre constitution est bâtie sur le principe de la liberté dans le respect des lois. Le libéralisme moderne s’exprime de deux façons : déréglementation, à droite, ou interdit d’interdire, à gauche. Autrement dit, son principe est que l’homme n’a pas de devoirs, il n’a que des droits. Il y a donc contradiction. 
Annexe : une observation de mon premier livre :
Ce livre contient beaucoup d’exemples. En les examinant on peut remarquer que deux solutions aux problèmes identifiés étaient possibles, tout aussi logiques l’une que l’autre :
La solution initialement proposée
La solution finalement trouvée
Elle s’appuie sur une argumentation apparemment imparable
Elle s’oppose en tout point à la « solution initialement proposée ».
Surtout, c’est souvent une solution qui n’a que des avantages et l’on peut se demander pourquoi on ne l’a pas vue plus tôt.
(…) Cette « double logique » est donc une manifestation d’un phénomène déjà noté à plusieurs reprises : l’homme, l’organisation, essaient de « plier » la réalité à leur logique interne, en vertu d’une « loi » de minimisation de l’effort intellectuel.

Qu’est-ce que l’autorité ?

Débat mystérieux. Depuis quelques-temps j’entends parler « d’autorité ». On s’étripe en son nom. Et c’est un très vieux débat. Hannah Arendt en parle déjà en 1961. Voici ce que j’ai fini par comprendre.
L’autorité est de droite. Elle signifie qu’il y a une forme de bien, que l’homme ne le connaît pas spontanément, et qu’il faut le lui enseigner, sans faire appel à son libre arbitre. La gauche se révolte. Totalitarisme ! L’homme naît avec une personnalité et des talents, qu’il s’agit de développer.
Comme d’habitude, je pense que gauche et droite ont à la fois tort et raison. Elles ont raison lorsqu’elles critiquent la théorie adverse, mais faux lorsqu’elles croient détenir la vérité.
Pour ma part, je suis favorable à la théorie de Maslow. Pour lui l’homme est comme un arbre. Au début, il faut le nourrir, le protéger. Ensuite, il donnera ce qu’il est le seul à pouvoir donner.
Cependant, l’application de tout ceci est compliquée. La phase autoritaire doit être bienveillante, et non un lavage de cerveau. En outre autorité ne signifie pas qu’enseignement d’un savoir, c’est aussi fournir des conditions favorables à l’apprentissage. Une salle de classe ne peut pas être un chaos.
Aujourd’hui on a probablement le pire des mondes. L’enseignement est à la fois terriblement dogmatique, et vide de sens, il déforme plus qu’il ne forme et, en même temps, il est sans autorité.  
(Suite de mon billet sur Michel Serres. Par ailleurs, la meilleure façon d’interpréter ces théories est probablement comme des sophismes qui visent à défendre un intérêt.)

Le mal de la fonction publique ?

Je suis frappé par une série d’observations convergentes. Ce qui ne va pas dans la fonction publique, c’est une faiblesse de management. Ses cadres ont d’immenses difficultés à faire fonctionner leurs services. D’où conditions de travail difficiles. Tout l’édifice repose sur quelques épaules, et le reste déprime. Le problème est le même dans l’enseignement. L’enseignant est incapable de fournir à l’élève les repères dont il a besoin.

C’est un problème d’autorité, je crois. Il me semble que l’autorité, c’est un comportement qui incarne des valeurs. Et que la fonction publique est faite d’intellectuels pour qui les valeurs ne sont que des abstractions. J’espère avoir tort. Ou que leur cas n’est pas désespéré.