Le nihilisme existe-il ?

Nihilisme. C’est le reproche que font des Camus, Proudhon, Arendt ou Dostoïevski à ce que, faute de mieux, on pourrait nommer « gauche bourgeoise », Marx, Sartre, la pensée 68, les intellectuels qui ne sont pas venus du peuple, ou qui n’ont pas été fidèles à leurs racines. Le nihilisme est l’antinomie d’autorité. C’est penser que la fin, l’atteinte d’un utopique idéal, justifie tous les moyens. La Terreur en particulier. Cette fin peut être le néant. Détruisons la société, le mal, elle se renouvellera miraculeusement. C’est ce que dit Heidegger, qu’ont beaucoup aimé nos intellectuels.
Mais les nihilistes sont-ils vraiment nihilistes ? Les casseurs de 68 sont à l’Académie française, dans les palais de la République, ou à la tête de nos grandes entreprises. Le nihiliste ne veut pas détruire la société. Il la trouve très bien. A condition d’en profiter. Ce qu’il nie ce n’est pas l’Autorité, mais celle de ses parents. Cependant, il n’a pas compris qu’en attaquant la seconde, il faisait tomber la première. Et il se trouve bien dépourvu quand il constate qu’en créant l’anarchie, il a sapé sa propre autorité. 
L’intellectuel a été le vecteur du néant. C’est maintenant à la société de reconstruire une histoire qui ait du sens pour elle. Logiquement, l’intellectuel devrait trouver sa justification dans ce travail. Sera-t-il capable de faire sa révolution culturelle ?

Langage des cités.

Un de mes voisins me racontait que notre quartiers avait été fréquenté par des bandes de jeunes. Ils discutaient tard le soir, et fumaient du hasch. Il avait essayé de leur expliquer qu’ils l’empêchaient de dormir, mais rien n’y faisait. Jusqu’à ce qu’un nouveau voisin s’installe. Ce dernier a demandé au premier comment il s’était adressé aux jeunes. Vous avez été trop poli. Ces jeunes parlent comme dans les cités. Mais ils n’en viennent pas. Moi j’en viens, et je sais comment leur parler. Le dialogue entre le nouveau et les jeunes a eu quelque chose d’un film de Clint Eastwood (sans arme à feu). On ne voit plus les jeunes. 
Société en manque d’autorité ?

Autorité

Qu’est-ce que l’autorité ? Thème récurrent de ce blog. Et sujet qui remonte à la surface au spectacle consternant que nous donne le gouvernement et la SNCF. Mais aussi venu d’une discussion avec un patron de PME.
Il me semble que c’est la capacité à se faire obéir sans avoir recours à la violence. L’autorité demande le respect. Et ce respect vient de principes chevillés au corps et auxquels on ne fait pas d’entorse. Mais ces principes doivent probablement avoir pour dénominateur commun une vision « saine » de l’intérêt général. En effet, il semble certain que si vos principes nient ce qui est important pour moi, j’aurais peut-être du respect pour votre courage, mais vous n’aurez pas d’autorité sur moi. 

Débat sur l'autorité

Il y a quelques temps, j’ai découvert la question de « l’autorité ». Et que cette question était vieille, Hannah Arendt en parlait déjà dans les années 60
Elle est étrange. Elle vient de 68. Les jeunes ont alors trouvé totalitaire « l’autorité » de leurs ainés. Or, ces ainés ont laissé faire ce qu’ils voulaient aux dits jeunes. Et ces jeunes, maintenant vieux, sont à tous les postes de domination. Il semble bien que ce qui manquait le plus à De Gaulle et cie, c’était de l’autorité !
Qu’est-ce que l’autorité ? C’est guider l’individu pour qu’il réussisse dans le monde. Voilà pourquoi nous sommes malheureux, sans doute. Faute d’avoir eu des parents intelligemment autoritaires, nous sommes perdus. Le mauvais narcissisme, est le symptôme du mal.

Une vie (professionnelle)

En cette fin d’année, je regarde vers le passé pour comprendre ce qui me pousse… D’où un texte à la Confucius !
A vingt ans, j’ai fait un stage ouvrier. Entreprise peu efficace à cause de conflits irrationnels. D’où malaise social. (Modeste, alors. Il n’a fait que grandir depuis.) Mais les résoudre était facile. Il m’a fallu vingt ans, et pas mal d’expériences de ce type, pour prendre conscience de cela et le formuler dans un livre. 
La Vallée de la mort
Puis, il m’a fallu dix ans pour comprendre que je prêchais dans le désert. Mes idées passent vite et bien en tête à tête, surtout avec les gens en difficulté, mais pas avec les foules. Bien sûr, j’ai cherché toujours plus d’exemples et d’arguments scientifiques. Je n’ai pas été plus convaincant, mais plus amusant dans mes conférences, et je me suis instruit. Et j’ai changé ma façon de voir le monde, et de me voir. Et j’ai découvert que mon sujet n’était pas marginal, mais fondamental : le cogito ergo sum de Bergson est qu’il n’y a qu’une seule chose qui existe : le changement. Au passage, mon intérêt s’est étendu aux changements des nations, des sociétés, des familles et des individus.

Et j’ai fini par comprendre que le monde obéit au Yin et Yang. Il y a des moments Yin où l’humanité veut l’efficacité et la paix. Changement signifie alors l’union fait la force. Et il y a des périodes Yang pendant lesquelles on veut en découdre. Alors, le changement, c’est la loi du plus fort. Aujourd’hui, c’est Yang et je suis hors sujet. Mais je ressens, depuis un an, de nouvelles aspirations. En particulier chez de jeunes consultants. Yin ?

La science n’a plus d’autorité
Finalement, cette histoire est une nouvelle illustration de ce que j’ai toujours tort. Je n’ai pas compris que la science n’a plus d’autorité dans notre société. Alors que je croyais trouver un appui chez les scientifiques, c’était le contraire qui se passait. Les universitaires entendaient leurs idées chez moi. Ils pensaient que j’étais l’hirondelle du retour du printemps de la science. 

Pourquoi nous méfions nous de la parole d'autorité ?

Éternelle question de ce blog. De la méfiance que suscite l’autorité. Il y a peut être une explication simple. 
C’est que, depuis l’église catholique, cette autorité nous dit que nous sommes l’incarnation du mal. Mais qu’elle est le bien. Aujourd’hui, une fois de plus, dès que quelqu’un a une solution à proposer aux difficultés du pays, il en vient à dire, plus ou moins directement, que le problème de la France, c’est le Français. 
Alors commençons par balayer devant notre porte ? Et apprécions ce qu’il y a de bien dans notre société ? Ce qui nous donne les moyens de nous améliorer collectivement ?

Danger : expert

highly regarded experts are routinely shown to be no better than novices at making judgements. (Lettre d’information de l’Université de Cambridge.)
Ne croyez pas les experts. Ils sont victimes de biais cognitifs. Il faut leur faire subir ce que l’on fait subir à toute autre source de données. C’est ce que dit une étude. 
(Pour ma part, il me semble que l’on ne croit pas l’expert pour la justesse de sa parole, mais parce que cela arrange la société que nous le croyions. Il appartient à un rite social. Le fait que l’on n’ait plus foi en la « parole d’expert » résulterait-il d’une transformation sociétale ? Refus de l’autorité ?) 

Gauche autoritaire

Le principe de ce blog est le paradoxe, en voici un : pourquoi la gauche qui, en 68, dénonçait l’autorité, est, aujourd’hui qu’elle est au pouvoir, un utilisateur sans complexe de principes d’autorité ? (D’ailleurs, le fait qu’elle exerce « le pouvoir » ne contredit-il pas toutes ses thèses ?)
Et si c’était inhérent au pouvoir ? Hannah Arendt disait que le sénateur romain représentait l’autorité parce qu’il matérialisait les principes qui étaient à l’origine du succès de Rome. Elle pensait qu’il n’y avait rien de tel aujourd’hui. Je crois qu’elle s’est trompée. Après guerre, par exemple, il y’a eu l’autorité du technocrate, du scientifique, en bref de l’homme de raison. Parce que la raison était le fondement de notre société, et qu’elle était la cause de son succès.  
Autour des années 60, il est possible qu’un autre modèle ait émergé. Il est lié à la massification de l’éducation supérieure. Avec elle triomphe une société d’intellectuels dont le métier est de brasser des idées. Le mot d’ordre : la culture. Ce que 68 a appelé « gauchistes » a été l’agent du changement. Il s’est opposé à une autorité, et non pas à L’autorité, au nom d’une autre autorité. 
Aujourd’hui, le modèle 68 d’une société d’intellectuels est en faillite. Car elle n’a pas de pouvoir sur les événements. Or, le succès est la condition nécessaire de l’autorité… Il est probable que de nouvelles formes « d’autorité » doivent être en cours de formation. 

Le déclin de la critique de film

La critique de film, phénomène très français : émission de France Culture, dimanche dernier. J’en retiens que la critique est quasiment aussi vieille que le film, qu’elle a été particulièrement forte en temps de guerre. Mais qu’elle s’est séparée de l’opinion quand elle a désavoué La grande vadrouille. Depuis, c’est le déclin. Il n’y a plus de grands critiques que l’on écoute religieusement. Tout le monde est devenu critique, et c’est consternant. 
Je me suis demandé si cela ne ressortissait pas à la fameuse « crise de l’autorité« , dont on parle tant, et si ce n’était pas liée à la « massification de l’enseignement supérieur ». Justification : l’intellectuel a perdu son monopole de la pensée ; on s’est peut-être rendu compte que ce qu’il disait souffrait de biais idéologiques.
Comment reconstituer cette autorité ? Peut-être en deux temps : 1) il faut retrouver des bases de jugement séduisantes, travail de recherche ; 2) il faut être connu. Tout cela peut demander beaucoup de temps. Cela signifie peut-être qu’une condition nécessaire pour se constituer une autorité est de posséder une fortune personnelle. L’autorité aux héritiers ?

Qu'est-ce que l'autorité

J’ai découvert que les gens importants, ceux qui nous gouvernent, ceux qui pensent, débattaient de la question de « l’autorité ». Je crois que le débat est le suivant :
  • Droite : autorité, inculquer des valeurs éternelles.
  • Gauche : interdit d’interdire. Autorité = totalitarisme. 
Tous les deux semblent d’accord sur un point : l’autorité porte sur le contenu de cerveau. Et si elle portait, au contraire, sur le contenant de la vie ? Et si l’autorité était la condition de la liberté ? L’organisation de l’autonomie ? Les quelques règles que chacun doit respecter pour que chacun puisse faire ce qui lui semble bon ? Exemple : le code de la route, et la constitution de 89 :
La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
 D’où le métier de « force de l’ordre » : il fait respecter les règles qui permettent d’organiser la liberté.