Eternité

Paradoxe : on ne veut pas d’une vie éternelle, mais si l’on vous demandait si vous désirez une semaine de plus, vous répondriez oui. Voilà l’opinion d’un philosophe anglais de la BBC.

Sophisme qui m’a surpris. Car il ne prend pas en compte le suicide. En fait la réponse à la question du philosophe dépend de l’état dans lequel on est. Et fatalement, il arrive un jour où il n’est pas bon.

Depuis que je m’intéresse à ce que disent les gens admirés, je constate qu’ils ont bien peu de rigueur intellectuelle. Je soupçonne que lorsque l’on devient éminent, on se croit tout permis.

Jadis, cela ne se voyait pas, car fort peu de gens étaient en situation d’être des intellectuels ?

Donneur de leçons

Le donneur de leçons est le mal de notre temps. Il est certifié dans tous les domaines. C’est une autorité du changement, du coaching, du biais humain, de la transition climatique… Sa parole est d’autorité.

Il n’a aucun sens du ridicule. Car, non seulement il pontifie à partir de théories bien connues, depuis fort longtemps. Mais surtout il officie dans un espace où seul le doute est permis. Plus comique encore, il s’accroche à des diplômes au moment où la faillite de l’enseignement leur a retiré toute valeur.

Je lui conseille d’écouter David Attenborough. Il se contente de raconter ce qu’il a observé. Ce qui l’a surpris. Et c’est plein d’enseignements.

Les sources de l'autorité

Mes aventures avec la médecine ne m’ont pas donné confiance en sa compétence. 

Pourtant, le médecin a fait beaucoup d’études. Il devrait être une autorité. Seulement, mon expérience m’a montré des gens qui ne font qu’appliquer des consignes que je pourrais tout aussi bien lire qu’eux. Moi aussi je peux avoir du bon sens, et m’en servir. Ou utiliser un ordinateur. 

Qu’est-ce qui fait la réelle autorité ? L’expérience. Mais une expérience qui a permis d’acquérir une maîtrise de son sujet que n’a pas le commun des mortels, ou l’ordinateur. Une expérience qui fait de soi un « professionnel », quelqu’un qui sait ce qu’il sait, et qui sait ce qu’il ne sait pas. Et lorsqu’il sait, qui sait ce que les autres ne savent pas. Ce qui est plus facile à dire qu’à réussir. 

La célébrité

La célébrité a quelque-chose d’étrange. Dans un premier temps l’opinion publique décide que quelqu’un est célèbre. Cette célébrité éclaire soudainement son histoire, a posteriori : ses moindres gestes, y compris ceux qui pour quelqu’un d’autre seraient ridicules (la mine ahurie d’Einstein, par exemple), deviennent des manifestations de génie.

A qui profite le crime ? Dans le show biz, c’est clair : la célébrité fait vendre. Ailleurs, l’homme célèbre est une autorité morale qui nous indique comment penser ? La célébrité comme moyen de manipulation ?

Le scientifique comme zombie

Régulièrement, je lis les articles de Quantum, une revue de vulgarisation scientifique.

Ce qui me frappe est que, implicitement, on présente les universitaires et leurs travaux comme admirables, alors qu’ils ne sont plus ce qu’ils étaient au 19ème siècle ou au début du 20ème. Par exemple, un universitaire étudiait l’équation d’Euler, utilisée dans la mécanique des fluides. Il cherchait ses singularités, par simulation informatique. Le but étant, ensuite, de voir s’il pouvait y avoir une démonstration mathématique de ce qu’il avait observé (la mission d’un autre chercheur). Mais pourquoi s’arrêter là, et ne pas se demander ce qu’il en est dans la nature ?

Voilà ce qui fait, peut-être, que le scientifique a perdu son autorité, et que les savants climatiques ont l’impression de prêcher dans le désert lorsqu’ils nous avertissent de l’avenir que nous réservent leurs instruments de mesure.

Phénomène décrit par Proust ? L’homme et la société changent sans qu’ils s’en rendent compte. Le scientifique est un « zombie » ?

Respect

Saint Exupéry dit que le soldat qui salue un capitaine ne salue pas l’homme mais l’institution. Je me demande s’il n’y a pas tout le problème de notre société moderne dans cette idée.

Je me souviens, qu’au début des années 60, la radio annonçait les nouveaux « millionnaires ». Personne ne s’en offusquait. Je crois que le principe de la société d’alors était le mérite. Si quelqu’un réussissait, il le devait à son mérite. Pratiquement, le mérite consistait à s’élever dans la hiérarchie sociale. Les Kopa, les Killy, les Cerdan, les Poulidor, les Piaf, les Maurice Chevalier… aussi bien les sportifs que les artistes étaient des pauvres, qui n’avaient pas pu profiter de l’ascenseur social de l’éducation (alors que, souvent, ils en avaient les capacités), et avaient trouvé une autre façon de réussir. Une fois leur carrière faite, ils se révélaient souvent des entrepreneurs avisés. C’était des gens intelligents. Même les privilégiés devaient subir un rite initiatique. Ils n’étaient pas fils de banquiers, mais normaliens, ayant réussi des études difficiles, puis, partis d’un poste d’enseignant des plus humbles, ils avaient produit une oeuvre intellectuelle admirée, et ils s’étaient élevés dans la hiérarchie de l’éducation nationale. Nous ne les admirions pas, nous nous admirions.

C’était la France de Napoléon qui correspondait peut-être le mieux à cette époque. Napoléon et ses généraux, qui parfois étaient des nobles, s’étaient élevés grâce à des actes de bravoure insensés. Vidocq, dont on reparle, était un autre exemple : la rédemption par le talent. Même les Fouché et autres Talleyrand, manoeuvriers louches, étaient admirables par leurs capacités. C’était aussi le temps de la science et d’une société organisée par la raison, du triomphe de l’intelligence.

Quant à aujourd’hui, la confusion viendrait de ce que ceux qui occupent les anciennes positions d’autorité (président, PDG, médecin, chercheur…) croient qu’ils le doivent à leurs mérites, alors que le reste de la société pense qu’ils sont les produits d’un système fautif. Le projet de la médecine n’est plus de soigner, mais de s’enrichir. Ce n’est plus le désir de servir la nation qui porte l’énarque, mais la volonté de puissance. Le sportif est un gladiateur. Il est vil. La sélection faite par l’éducation nationale est biaisée.

Personne ne pourra prétendre au respect tant que nous n’en aurons pas pour nos institutions ?

Aura et manipulation

Aura est un terme de psychologue.

Robert Cialdini raconte l’histoire suivante. « Dans une expérience menée dans cinq classes en Australie, un homme est présenté comme un visiteur de l’Université de Cambridge. Cependant sa position à Cambridge fut présentée différemment à chaque classe. A une classe, il est présenté comme un étudiant, à une deuxième, un expérimentateur, à une autre, un assistant, à une autre encore un assistant senior, à un cinquième un professeur. Après son départ, on a demandé à la classe d’estimer sa taille. on a trouvé qu’avec chaque accroissement de son statut, l’homme grandissait de plus de un centimètre. » (Influence, Science and Practice.)

N.Sarkozy portait des talonnette. Dans notre société, la taille est associée, chez le mâle, au prestige, à « l’autorité ». Et l’homme tend à suivre aveuglément l’autorité. L’aura est le prestige qui entoure certaines personnes. L’aura fait que nous ne les percevons plus comme des êtres humains. Quelqu’un que nous n’aurions pas remarqué dans la rue, qui nous aurait ennuyé par ses banalités, devient un sujet de fantasmes.

Voilà pourquoi la communication moderne cherche à gonfler l’aura de quelqu’un que l’on veut nous faire admirer. Car on veut que nous le suivions aveuglément. En particulier, on montre sa vie, comme on l’a fait pour Mozart, Pasteur ou d’autres, comme une marche triomphale. Quand bien même elle n’aurait été qu’incohérences, et hasard, et prédestination sociale. C’est probablement une des plus puissantes techniques de manipulation.

Pascal

Que peut nous apporter Pascal ? L’autre jour, Alain Finkielkraut parlait de Pascal. Les Pensées ? Selon moi : C’est loin d’être une succession de traits de lumière. Il y a beaucoup de choses sur l’interprétation de la religion. Cela semble sans grand intérêt aujourd’hui. N’est-ce pas vrai pour tous nos penseurs ? à côté de coups de génie, sans lendemain, il y a beaucoup de contradictions et d’affirmations hasardeuses. Et que dire de leur vie ? Pascal craignait comme la peste les plaisirs, disait l’émission. Cela vous inspire un respect aveugle ?
Et si leur « autorité » venait de leurs failles ? Car s’ils ont échoué, c’est parce qu’ils ont osé penser.  Dans une société fondée sur la raison, ce sont nos troupes avancées ? Comme pour les saints, moins fameux pour leurs miracles que pour leur martyre, leur vie est un exemple ? Un exemple à méditer, mais pas à singer ?

Source de l'autorité

Pourquoi ne nous croit-on plus ? se lamente-t-on chez France Culture. C’est peut être une question d’autorité. Ceux qui dominent la société pensent qu’ils tirent leur légitimité de leur situation. En fait, il est possible que ce soit, plutôt, le parcours qui donne l’autorité. 
Le « fils à papa » n’a pas d’autorité. Même s’il a de beaux diplômes. Car il ne les a pas gagnés à la loyale. Idem pour l’acteur, ou le sportif.