La machine et le chômage

On ré industrialise. Cela veut dire de la productivité, donc de la machine. Sans quoi salaires et protection sociale ne nous rendent pas compétitifs. Oui, mais la machine crée le chômage, non ? 

Question est mal posée. Si l’on prend la société dans sa globalité, plus elle a de machines, plus elle dégage du temps à l’homme pour innover et fabriquer des choses nouvelles (ou des services), et donc plus elle produit. Ce qu’elle produit est réparti entre ses membres qui, donc, s’enrichissent. Non seulement la machine ne crée pas le chômage, mais elle conduit à une hausse du niveau de vie. (C’est une des raisons pour lesquelles Michael Porter dit que l’automatisation conduit à une montée en qualification des personnels concernés accompagnée de hausses de salaires.)

Bien sûr, avec l’homme tout peut mal tourner. Il y a, par exemple, le scénario « intelligence artificielle », aussi appelé « oligarque russe ». Quelques personnes placées à des endroits stratégiques s’emparent du bien collectif, qui les rend autonomes. Les autres peuvent crever. (Idéalement, les premiers partent sur Mars, pendant que la Terre explose.)

Et ne va-t-on pas produire n’importe quoi ? Bien utilisée, l’économie est une machine à résoudre des problèmes. Plus on lui en demande, plus elle produit, et plus elle nous enrichit. Seulement, il faut poser correctement le problème. Ce qui n’est pas le cas avec la transition climatique. En effet, certes, la transition est une bonne idée, mais on impose une contrainte impossible à satisfaire : le renouvelable permettant de ne rien changer à nos habitudes. Un problème mieux posé serait : zéro émission, sans perdant. Voilà qui change tout. Mais qui demande, pour être résolu, une coopération de tous avec tous, qui n’est pas (encore ?) compatible avec notre modèle social hyper individualiste. 

L'avantage compétitif de l'homme

Comme dans Matrix, les machines vont-elles nous remplacer ? Ce qui est un fantasme récurrent des films fantastiques transparaît de manière plus sérieuse dans une étude prospective commise par l’Institute for the Future, « Future Work Skills 2020 ». Les auteurs identifient les 10 compétences des travailleurs du futur à partir de 6 « drivers » de changement (mêlant des aspects démographiques, technologiques, organisationnels…).

Une question renversante : quel est l’avantage compétitif de l’homme ? Ça par exemple ! J’aurais eu tendance à remettre cette question à l’endroit mais les avancées dans la robotique ou encore dans l’informatique nous forcent à accepter cette formulation. Ce qui est rassurant, c’est que les auteurs trouvent à l’homme plusieurs avantages sur la machine :

  • capacité à faire preuve de sens / à saisir le sens, donc à générer des intuitions qui sont critiques pour la prise de décision
  • capacité à ressentir et évaluer des émotions et, par là, à créer des relations personnalisées
  • aptitude à vivre en groupe (héritage de milliers d’années de socialisation) et à collaborer dans des environnements variés
  • maîtrise des contextes culturels multiples grâce à l’identification de « points de connexion » (objectifs partagés, priorités, valeurs) qui transcendent les différences culturelles
  • capacité d’adaptation aux circonstances inattendues, aux situations
Ces différents avantages compétitifs me semblent intimement liés entre eux. Ils font écho aux notions d’intelligence émotionnelle, au « QI social », voire à l’ethnologie, à la sociologie et à la psychologie. Les machines sont limitées par l’obligation qu’elles ont de suivre des règles. L’homme, lui, peut saisir l’esprit des règles au-delà des aspects sémantiques ou autre logique flottante de l’intelligence artificielle.