Gauche radicale ?

J’entendais il y a quelques temps Martine Aubry reprocher à M.Sarkozy de diviser la France.

La gauche bougerait-elle en direction du centre, en position radicale ? S’éloignerait-elle de ses idéologies fondatrices ? Évolution tactique ou changement fondamental ?
Compléments :
  • Il me semblait que nos politiques considéraient que le Français était un sale réactionnaire. La droite en déduisait qu’il fallait encourager ses turpitudes, la gauche préférant les contenir en lui donnant des leçons de morale.
  • La France radicale.

Projet de société

Présidentielle : quel est le programme des candidats du PS ? (Hollande, Aubry, Montebourg, Royal, Baylet, Valls… Débat télévisé des Primaires socialistes : les programmes des candidats PS passés au crible)

Pendant longtemps ce blog a reproché au PS de tabler sur le mécontentement que ne pouvait que susciter N.Sarkozy. Conséquence inattendue des primaires, ce n’est plus le cas. Ses leaders pensent. C’est honnête, un peu austère, très marqué par l’économie. Mais, j’ai du mal à y voir un « yes we can » ou une « big society », une ligne directrice forte. Exemples :
  • Martine Aubry semble en vouloir aux niches fiscales. Dans ce cas, pourquoi ne dit-elle pas que N.Sarkozy a creusé la tombe de la France avec ses mesures ? Ça serait violent, mais frappant.
  • François Hollande parle d’un curieux contrat intergénérationnel, ou d’embaucher des enseignants… Que cherche-t-il à faire ? Reconstruire une société solidaire, après 4 décennies, au moins, d’un individualisme incontrôlé ? Si c’est le cas pourquoi ne pas proposer un reengineering social ?
Différence culturelle entre la France et les USA ? Lorsque j’étais à l’Insead j’ai été frappé par la façon dont les étrangers organisaient des réjouissances : ils levaient des fonds et louaient une aile de Versailles. Le réflexe du Français était de cuisiner ses plats lui-même. En France, on bricole de petites idées disparates, aux USA on se donne les moyens, et le temps, de les formuler dans un projet de société ? Professionnalisme vs. amateurisme ? 

Martine Aubry avait-elle raison ?

Il y a corrélation inverse entre durée légale du travail et chômage. Le sud de l’Europe a de longues journées de travail, et beaucoup de chômage, c’est l’inverse au nord.
Un économiste éminent aurait trouvé une explication liée à la législation du travail. Elle rend embauche et licenciement difficiles au sud, plus faciles au nord. Au sud, quand la charge de travail augmente, on augmente les heures, au nord, on ajoute du monde. (Labour markets: Less work, more workers? | The Economist)
L’argument pourrait aller au-delà d’un simple partage du temps travaillé. Il y aurait peut-être une question de spécialisation, comme chez Adam Smith : au sud on fait mal un peu de tout, et cette économie peu productive crée peu d’emplois ; au nord, on serait plus spécialisé, donc globalement plus productif.
Si effectivement ce raisonnement tient, la mise en œuvre de la loi des 35h aurait été encore plus ratée que je ne le dis ordinairement…

Esprit du temps

Nathalie Ravidat fait une revue de la littérature sur la théorie des « stakeholders » (parties prenantes), autrement dit de la façon dont les entreprises conçoivent leur relation à leur environnement humain.

Elle divise les travaux en deux familles : la vision défensive et la collective.
  • La première fait l’hypothèse implicite que l’entreprise doit se défendre contre le pouvoir de nuisance de ceux qui l’entourent, qui veulent lui voler son bien. C’est une vision individualiste et égoïste, d’un monde clos et stable régi par le rapport de forces.
  • La seconde pense l’avenir imprévisible, source de dangers mais aussi d’opportunités. Seule la coopération permet de faire face à cette situation, et d’en tirer le meilleur. C’est une vision solidariste.
La première vision me semble avoir dominé notre pensée récente. Martine Aubry a voulu diviser la richesse, Nicolas Sarkozy la rendre aux riches. Question de répartition dans les deux cas. Individualisme soixante-huitard ?

Et s’il suffisait de nous persuader que l’avenir est incertain pour nous rendre sympathiques ? 

Conquête du pouvoir par les femmes

The Economist remarque que les femmes conquièrent le monde. Beaucoup d’entre-elles sont les filles (Mmes Aubry et Le Pen chez nous), les femmes ou les sœurs de puissants.

La femme est le visage acceptable d’un pouvoir familial qui a le vent en poupe. « La nouvelle génération de femmes et de filles est peut-être préférable à leurs ancêtres males. Mais il s’agit toujours d’une politique dynastique – avec les trahisons, les querelles familiales et l’absence de sens des responsabilités qui va avec ». (The distaff of office)

Logiques politiques

Le Nouvel Économiste, sur la logique de quelques politiques importants :
  • Martine Aubry : « remédier aux injustices sociales, sa spécialité ».
  • Jean-Louis Borloo, il s’adresse « aux déçus du Sarkozysme, inquiets du socialisme ». Selon mes hypothèses, ce serait bien un « radical-socialiste », mais l’auteur de l’article (Michèle Cotta) n’envisage qu’une alliance à droite. 

Coup de Trafalgar pour Nelson

La BBC commentait ce matin la fusion entre armées française et anglaise. Elle citait Nelson : « we should hate the French as the Devil ». Nelson torpillé par les siens ?
Les mêmes informations parlaient d’une étude, qui porte  l’augmentation du chômage anglais, pour cause de rigueur, à 1,5m de personnes. Et si M.Cameron voulait réaliser la société de loisirs dont rêve Mme Aubry ? 

Réforme des retraites et changement

En termes économiques, la réforme des retraites proposée par le gouvernement serait au mieux inefficace, au pire l’équivalent du statu quo.
C’est ce que dit parfois l’opposition, sans se rendre compte que c’est désastreux pour son propre argumentaire, qui revendique un statu quo béat. (Curieusement, il en est de même pour la sécurité : la perception d’une montée de l’insécurité est mauvaise pour ses thèses, alors qu’elle croit qu’elle nuit à notre Président.)
Mon hypothèse du moment est que N.Sarkozy est aveuglé par le chiffre 60, symbole d’une certaine idéologie de la gauche ascendant Front populaire ; et qu’il croit qu’une réformette est plus facile à faire passer qu’un saut dans le vide ; qu’une fois le pas franchi, les modifications suivantes seront ignorées par le bon peuple.
L’expérience du changement montre que seuls les sauts dans le vide sont pris au sérieux, et que face à eux l’homme se comporte fort bien. C’est d’ailleurs ce que nous montrent l’Angleterre, l’Irlande et la Grèce.
Notre problème national n’est pas tant que nous refusons par nature le changement, comme le dit Dominique Moïsi, mais que nos gouvernants nous traitent comme si c’était le cas. Et, du coup, nous encouragent à l’irresponsabilité. Contrairement à ce que pensent MM.Moïsi et Sarkozy, et Mme Aubry, nous ne sommes pas des veaux ?
Compléments :

Qu’est-ce qui pousse le PS ?

France et immigration m’a fait découvrir que pour la gauche la lutte contre la discrimination vis-à-vis des immigrants était une cause quasiment religieuse.

J’en suis même arrivé à me demander si elle n’inventerait pas cette discrimination si elle n’existait pas. J’ai été particulièrement surpris de la sorte de Blitzkrieg menée par Martine Aubry, convaincant l’Europe de voter une loi sur la discrimination, qu’elle a cherché ensuite à nous imposer. Pour ne pas nous avoir consultés, elle devait être particulièrement sûre de son fait.

Ce soir j’entendais le fondateur de L’Harmattan, qui parlait de son engagement, lui aussi quasi religieux, dans la décolonisation. Et l’idée suivante m’est venue : est-ce que ce qui pousse l’intellectuel socialiste n’est pas une vision du « bien », des valeurs à faire entrer dans la société quel qu’en soit le coût pour les peuples du monde ?

N’est-ce pas pour cela que la décolonisation a joué un rôle aussi fondamental dans l’imaginaire de gauche : les anciennes colonies étaient des terrains d’expérimentation de son idéologie ?

Mais alors n’y a-t-il pas contradiction entre un PS qui se voit comme devant nous apporter la lumière, et le rôle d’un parti de gouvernement qui doit représenter la volonté du peuple ? À moins que l’intellectuel socialiste ne pense que cette volonté ne s’exprime qu’un instant : quand nous lui donnons notre vote ?

Compléments :

France et immigration

Comment la législation française a-t-elle évolué en ce qui concerne le droit des immigrants ? GUIRAUDON, Virginie, L’intégration des immigrés ou la politique de l’esquive, réformer sans changer de modèle ? in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.

L’étude montre que la notion d’ethnicité est commune à la droite et à la gauche. L’immigré est délinquant pour la droite, victime pour la gauche (images, d’ailleurs, relayées par les journaux). Mais la culture française lui est imperméable, son principe est que les Français sont égaux et que c’est à l’immigré de prouver qu’il veut rejoindre la communauté. L’outil d’intégration, ce sont les institutions de l’État providence (« insertion dans le marché du travail et leur participation dans les organisations sociales »). Comme elles sont en désarroi, l’immigré souffre. Cependant notre législation demeure étonnamment efficace pour donner les mêmes droits sociaux aux nationaux et non nationaux.

« par hasard, des populations issues de l’immigration sont de facto les bénéficiaires (proportionnellement) privilégiées des politiques dirigées contre l’exclusion sociale » puisque « la coïncidence entre leurs propres caractéristiques et les critères socio-économiques utilisés leur permet d’en bénéficier, sans que ces populations soient explicitement ou exclusivement ciblées ».

Par contre, il n’en est pas de même pour le droit politique, il demeure lié à la citoyenneté.
De ce fait, les partis politiques sont forcés de transformer la France en dissimulant leurs intentions :

les décideurs ont mis au point plusieurs stratégies d’esquive, pour que les électeurs ne puissent pas identifier facilement le responsable des réformes, soit en cherchant à obtenir un consensus large, soit en réduisant la visibilité des réformes

La gauche semble avoir été la plus habile à ce jeu. Elle a fait évoluer l’esprit des lois dans le sens d’une obligation de la nation à intégrer les immigrés (« lutte contre les discriminations » du gouvernement Jospin) ; Martine Aubry a exploité la montée de l’extrême droite en Autriche pour susciter un débat européen, et ensuite faire entrer en droit français ce qui en avait résulté (la mesure a été prise en un temps record, notamment parce que « la directive a été adoptée sans que les services ministériels susceptibles d’émettre des réserves aient été consultés »), à savoir les principes du droit britannique. Mais l’administration, l’INSEE en premier aurait résisté à cette attaque contre l’égalité. À la fin de l’étude (2005), il semble qu’il y ait un retour européen vers l’assimilation (l’immigré doit chercher à s’intégrer à la communauté d’accueil).
Commentaires
Je n’avais pas réfléchi à la question du traitement des immigrés avant de lire cette étude, et j’étais convaincu qu’il y avait discrimination. Ce texte m’amène à me demander si des Français de souche placés dans de mêmes conditions ne subiraient pas le même sort.
  • J’ai été frappé de voir que les personnels des SSII que je fréquente sont en énorme proportion d’origine maghrébine. Le conseil n’est-il pas un métier bien payé et intéressant ? Est-il indigne des Français de souche ? Ceux-ci demandent-ils trop ? Je n’ai pas d’explications.
  • Les immigrés de première génération que je connais et qui sont diplômés de grandes écoles font de très belles carrières (je précise que je ne connais pas Carlos Ghosn). À l’envers, d’après ce que me dit un ami issu du 93, ses camarades d’école, et son frère, Français de souche, vivent un chômage permanent et s’émerveillent « qu’il s’en soit sorti ».
Est-ce que ce qui cause les problèmes qui affectent ce que nous appelons maintenant des « minorités ethniques » ne vient pas de ce que la machine à intégrer les pauvres (l’école, l’armée et l’entreprise) a fait faillite ? D’ailleurs, est-ce que, comme le dit une citation ci-dessus, notre modèle donne « par hasard » les mêmes droits aux personnes qui se trouvent dans de mêmes situations ? Ou est-il tout simplement efficace ? Ne faudrait-il pas le faire fonctionner comme il devrait plutôt que d’essayer de le transformer ?
Compléments :