Emprunts et lois

Une discussion de la radio : le gouvernement français n’ayant pas de moyens cherche à compenser leur absence par une multiplication anarchique de lois. Ce serait un mal endémique.

Du coup, les propos de M.Rocard, entendus avant-hier, prennent de l’intérêt. On lui a demandé à quoi servait l’emprunt auquel il cherche à trouver un emploi, et si ses recommandations auraient plus de chances d’être appliquées que celles des multiples commissions qui ont été consultées de ci, de là (cf. la commission Attali).

Sa réponse ? L’emprunt serait l’occasion de donner des fonds à ce qui en est privé systématiquement (je crois qu’il citait l’Université, en exemple). Ce qui évitait un peu la question : le coût du financement par emprunt national est inutilement élevé.

Au fond, il est dans le vrai : si, par exemple, l’on améliore les conditions de vie de la population et ses espoirs d’avenir, et que l’on diminue ainsi la délinquance, le besoin de police, de juges, d’avocats, de jugements et de prisons, si les députés peuvent s’intéresser à notre sort au lieu de n’être occupés que de législation répressive… pourquoi faire la fine bouche sur quelques milliards de perdus ? D’ailleurs le psychologue ne dit-il pas que l’on aime ce que l’on paie cher ?

Compléments :

Attali ne fait pas boum

Je tombe sur une critique de Pierre Assouline (la République des livres – Une affaire d’assurances) d’une pièce de théâtre de Jacques Attali. Salle remplie d’hommes politiques : c’était l’endroit où se montrer. L’argument est bizarre. Au lendemain de la nuit de Cristal, le pouvoir nazi découvre que les victimes étaient assurées. Les assurances doivent-elles acquitter leurs engagements (ce qui sera ruineux) ? Le sens de l’ordre, de la rigueur et de l’éthique allemands aura le dernier mot.

Alors que l’on aurait pu attendre une réflexion sur la complexité insondable et effrayante de l’âme humaine, on a droit, semble-t-il, à une lourde caricature, bien appuyée, bien hurlante, bien scolaire, de l’ignoble nazi. Couronnée par une douteuse tentative de réécriture de l’histoire.

Cette critique m’a rappelé une réflexion que m’inspire régulièrement Jacques Attali. Il accumule énormément de connaissances, mais sans rien leur apporter. C’est l’anti effet de levier.
Exemple. La commission qu’il dirigeait il y a quelques temps a émis une liste interminable de recommandations. Par contraste Charles Wyplosz et Jacques Delpla n’avaient fait qu’une seule proposition : éliminer les privilèges français. Comment ? En les achetant.

Compléments :

  • Sur Jacques Delpla et Charles Wyplosz : Jacques Delpla et la Commission Attali.
  • Pour quelqu’un qui n’est pas tombé dans la caricature, en dépit de la charge émotive que représentait son sujet, et de la proximité des faits : ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.

Jacques Delpla et la Commission Attali

Jacques Delpla, à peine sorti des réflexions de la Commission Attali, a exposé au Club économie sa vision de la réforme de la France.

D’une certaine façon c’est un adepte de ce que j’appelle le « Feedback de groupe » : il veut nous mettre en face de nos turpitudes. Quelles sont-elles ? Nous sommes des privilégiés. Plus exactement nous avons tous des « rentes » : nous bloquons la concurrence, d’où surprofits. En fait, nous nous tirons dans les pieds : à cause de ces rentes, la société est globalement inefficace, et nos rentes sont inférieures aux revenus que nous donnerait une société fonctionnant harmonieusement (cf. Le Dilemme du prisonnier de la Théorie des jeux). Son idée est de racheter ces rentes. Vu le raisonnement ci-dessus, le retour sur investissement ne peut qu’être positif.

Pour en savoir plus:

  • DELPLA, Jacques, WYPLOSZ, Charles, La fin des privilèges : Payer pour réformer, Hachette Littératures, 2007.