Jeff Koons

Vendredi matin France Culture disait le plus grand mal de Jeff Koons. J’ai retenu qu’on le jugeait un escroc, sans talent. L’argent est devenu le seul mobile de l’art.

Mais pourquoi s’en rendre compte si tard ? N’est ce pas le projet revendiqué par le pop art : devenir riche sans talent ? Refus de l’élitisme et de la culture, propre de la contre culture américaine ?

Hier, la « libération de la parole » des femmes semble une guerre fratricide. La gauche se retournerait-elle contre ses idéaux et ses héros ? Ceux-ci n’avaient-ils aucune substance, comme beaucoup l’ont cru, ou ont-ils été minés de l’intérieur ?

Supervielle

Nous sommes des hommes de notre temps. Le style de Jules Supervielle me fait penser à celui d’autres poètes, ses contemporains, Prévert et Desnos par exemple. Humour léger, élégamment désespéré, et facilité d’écriture confondante. Mais les contraintes de versification du siècle précédent ont disparu.

Le génie serait-il une question de contraintes subies tôt dans la vie ? Sans contrainte, pas de génie et pas d’art, au mieux un professionnalisme à l’américaine ?

Art moderne

Le livre précédent raconte une curieuse histoire. Celle de l’art moderne. Cet art serait une réaction à Picasso : comment être aussi célèbre que lui, sans talent ? Etrangement, c’est possible. C’est la société qui décide du succès d’une oeuvre. Et son opinion peut être gagnée par d’autres raisons que le talent.

Explication du capitalisme moderne ? La règle du jeu est l’influence. C’est susciter un effet de mode. On a remplacé le talent de création, d’invention, par le talent de communication. On est dans l’économie irréelle.

The artist

Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir d’affaire Weinstein en France ? Demandait France Info à un invité, hier matin. Parce qu’en France tout est permis à « l’artiste », lui fut-il répondu.

Cela explique peut-être pourquoi on admire tant Céline, Heidegger ou Nietzsche, et que M.Mitterrand manifestait son estime pour des écrivains collaborateurs. En France, la morale et la loi, c’est pour les inférieurs ?

Chanson

J’écoutais les célébrités de la chanson des années 50. Les Brel, Brassens, Barbara… Ce qui me frappe c’est une forme de génie. Chacun écrivait nombre de ses textes. Et ils ont un talent que l’on ne rencontre plus. Leur caractéristique : la simplicité du vocabulaire employé. C’était simple, mais juste. D’ailleurs, même les poèmes de Victor Hugo qu’ils utilisaient parfois (« le vent du nord me rendra fou« ) étaient eux aussi simples. En particulier si on les compare au langage compliqué de nos normaliens et autres docteurs en sciences humaines. Or, ce monde et ses poètes n’avaient pas le bac.

De quoi je déduis que l’école d’alors, ou l’influence sociale, enseignait la formulation précise de la pensée. Et que cela ne demande pas un grand vocabulaire.

Barbara

Hasard de YouTube, je découvre une Barbara que j’ignorais. L’histoire officielle m’en avait laissé l’idée d’une destinée tragique. Ce n’est pas ce que je vois. D’abord, le style planant très particulier qu’on lui connaît n’est pas d’origine. (Initialement elle était chanteuse populaire.) Il s’est construit. Ensuite, loin d’être une victime de la fatalité, elle semble au contraire extrêmement sure de son talent, et ce dès le début. Loin d’être victime, elle est présentée comme une croqueuse d’hommes. Et elle en est fière.

Mais cette apparence masque l’inquiétude. Elle se droguait. Elle rencontre assez tôt des problèmes de voix, et tente une reconversion dans le cinéma et le théâtre, où elle se ridiculise. Cet épisode aussi semble avoir été éliminé de la conscience collective. Elle m’a fait penser à Amy Winehouse. Un mélange de génie sûr de soi, d’inquiétude et de drogue. Aurait elle été, finalement, une victime ? Mais une victime d’une sorte de pacte faustien ? L’acquisition d’un talent quasi surhumain contre un destin tragique ?

Cinéma

Le cinéma semble obéir à des conventions. Dès le début, on sait comment le film va finir. Toute la complexité de l’intrigue cherche simplement à augmenter la satisfaction du spectateur d’avoir eu raison. 
Mais il y a un autre niveau de lecture. Sans cette convention, l’histoire aurait pu mal tourner. Et ce qui aurait pu la faire échouer, c’est « la banalité du mal ». C’est à dire nous et nos impulsions ordinaires. Qu’il n’en ait pas été ainsi tient à un miracle, à un moment de grâce. C’est là que l’homme est devenu héros : il a été capable de sortir d’un comportement mécanique. 

Art moderne

L’invention de l’art moderne semble illustrer la théorie du « cluster ». Pendant une trentaine d’années, Montmartre, puis Montparnasse deviennent la plaque tournante de l’art mondial. Tous les artistes, mais ils ne sont qu’une poignée, s’y mélangent, peinture, sculpture, littérature, musique. Et l’art se transforme, radicalement. Curieusement, des artistes comme Picasso et Braque, qui vivent ensemble, créent un moment des oeuvres qu’il est quasiment impossible de distinguer. (Un film.)
Comme quoi, le changement est une question de société, plus que d’individus. Mais qu’a voulu dire la société au travers de ses artistes ? (LA, ou une partie d’elle, d’ailleurs ?) Question difficile. Peut-être, justement, que l’art a à vous « dire » quelque-chose. D’intuition, l’art s’est voulu raison ? Et il en est mort ?

Break dance

Break dance ? Affrontement entre deux gangs. Mais on ne passe pas aux actes. Chaque camp veut impressionner l’autre par une prouesse. Exploits individuels d’abord. Dignes d’une épreuve olympique de gymnastique au sol. Ou d’un numéro de comédie musicale américaine, mais sans trucages. Ce qui est décisif, me semble-t-il, c’est le moment où le groupe adopte une sorte de chorégraphie spontanée, auto-organisée.
La culture fut-elle créée par des voyous ? Le voyou est-il le père du citoyen respectable ? Ou, encore, l’individu aspire-t-il à « faire société », comme disent les intellectuels ? 

Piano gare

Il y a quelques hivers j’ai raté une correspondance entre deux RER de lointaine banlieue. Je me suis trouvé devoir attendre, longtemps, dans une gare glacée. Des lycéens jouaient du piano. Cela m’a rappelé mon enfance. Dans ma classe aussi il y avait un pianiste amateur, et un groupe se formait autour de lui. 
Depuis je regarde les pianos gares. On n’y fait pas une belle musique, mais ce piano semble rendre heureux bien des gens. Et il n’est pas l’objet de vandalisme. Car il est respecté par tous, en premier par ceux que la société ne respecte pas, comme un objet de culture qui a une place dans leur vie. 
Et si l’on n’en demandait pas beaucoup plus pour être heureux ?