Rénovation de Notre Dame de Paris

Nettoyage par le vide. On a voulu rénover Notre Dame, on l’a détruite. J’ai pensé à une de mes missions pour une entreprise de rénovation de bâtiments historiques, en voyant notre Dame en feu. J’ai pensé que cela ferait du travail pour son corps de métier.

Les bâtiments historiques le sont-ils ? La charpente n’était pas d’origine. La flèche qui s’est effondrée était construite par Viollet Leduc. Celui-ci semble plutôt avoir suivi les plans de Victor Hugo que ceux des créateurs du bâtiment, pour peu qu’il y en ait eu. Ces derniers n’étaient pas assez authentiques, pas assez « moyen-âge », sans doute, pour le XIXème. La cathédrale a été sans cesse détruite et reconstruite. Les grandes orgues, par exemple, sont modifiées sans cesse.

Le propre du monument historique, c’est d’être éternellement jeune ?

L'art et l'idée

Dans L’homme révolté, Albert Camus dit que le concept abstrait, la production de l’intellectuel, menace la société d’anéantissement. Il pense au révolutionnaire. Mais cela ne s’applique-t-il pas aussi à l’art ?

Une décoratrice me disait qu’il n’y avait plus rien de beau, ou même de durable. Je me demande si l’art n’a pas été saisi par l’abstraction de l’intellectuel, par l’artificiel. De moyen, la technique, et l’invention de nouvelles techniques, est devenue une fin. Jusqu’à l’absurde.

Que faire ? Repartir de la réalité, dit Camus. Culture « pop » ? Pas brillant. Lestée par les concepts du marché ? Décidément, on n’arrive pas à s’en sortir ?

Le Talisman ou le changement en peinture

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Serusier_-_the_talisman.JPG

Le Talisman est une peinture de Paul Sérusier. Si l’on n’y prête garde, cela ressemble à des éclaboussures sur une palette. Eh bien, c’est le résultat d’un cours de Gauguin. Du jour au lendemain, les tableaux de P. Sérusier vont passer du réalisme photographique au style de Gauguin. Extrêmement étonnant. Et il en sera de même des tableaux du groupe des Nabis, auquel il appartient. Mais ils n’en resteront pas là. Leur style changera ensuite, à nouveau.

J’ai l’impression qu’il y a eu un moment où le changement est entré dans l’art. Ce n’était plus ce qui était représenté qui comptait, mais la façon de le représenter. Je ne sais pas ce que cherchaient les artistes, mais ils semblent s’être épuisés, sans le trouver. Au moins, aurons-nous eu droit à un feu d’artifice ?

Les grands entretiens de France Musique

Les grands entretiens sont une émission de France Musique. Des musiciens classiques qui ont réussi sont interviewés. Voici ce que j’en retiens…

  • Il y a une forme « d’ascenseur social » dans la musique. Il marche infiniment mieux qu’ailleurs. L’enfant de talent est rapidement repéré et propulsé au plus haut niveau. Condition nécessaire : une vocation révélée par un accès, précoce, à un instrument, à un milieu un rien musicien.
  • La condition sociale semble agir principalement en ce qui concerne la fréquentation initiale de la musique. Ce qui n’est pas considérable, puisqu’un parent musicien amateur dans une fanfare peut être suffisant. La raison semble en être que l’apprentissage de la musique est un parcours du combattant, qui commence extrêmement tôt, dure très longtemps, et rapporte peu, même si l’on réussit exceptionnellement bien. Un enfant d’une classe privilégiée a plus à gagner en faisant un autre type d’études. Il en est probablement de même en ce qui concerne la danse classique. 
  • Les grands musiciens ont commencé très tôt, généralement vers cinq ans. 
  • Il y a une intimité étonnante entre l’élève et ses professeurs. L’élève est un disciple. On parle très tôt de leur influence, et ces professeurs sont des célébrités. D’ailleurs les virtuoses semblent fortement impliqués dans la formation des très jeunes. 
  • La France, par le biais des CNSM, aurait construit un dispositif de formation particulièrement efficace (à l’image de ce qui s’est fait dans le handball ?) : des prodiges étrangers choisiraient de venir chez nous, plutôt que d’étudier dans les universités d’élite américaines, parce que, chez-nous, il est possible de se spécialiser dès l’adolescence. 
  • Un point négatif, peut-être: les concours internationaux, qui favorisent une virtuosité qui épate la galerie, plutôt que l’amour de la musique. 

Culture soviétique

On se moquait des Soviétiques et de leur art pour le peuple, mais, c’est eux qui ont eu le dernier mot. La musique pop(ulaire) nous a submergés, les intellectuels s’en sont emparés, la bande dessinée est devenue « roman graphique », la bande son des films, grande musique… S’il vivait de notre temps, Chostakovitch n’obtempérerait plus aux ordres de Staline, mais à ceux du marché ?

Médiocrité culturelle ?

Il n’y a plus rien de beau. Même les bâtiments anciens semblent avoir été récurés au Karcher et renforcés au béton. Serais-je victime d’un biais culturel ? me suis-je longtemps demandé. Je commence à en douter…

La caractéristique de notre temps, c’est le Fordisme. Les êtres humains sont produits à la chaîne, sur le même modèle. Les ouvriers (ou « enseignants ») qui les fabriquent, d’ailleurs, sont de plus en plus rudimentaires, et appliquent de plus en plus des méthodes standardisées. Il en est de même de tout : leur habitat, leurs loisirs, leur nourriture, leur santé, leur vie.

Le plus surprenant, dans cette transformation, c’est l’aspect de la classe supérieure. C’est une classe d’oligarques, au sens russe du terme, de parvenus.

Ce désert peut-il fleurir ?

Yves Montand

1945, Yves Montand chante Luna Park. C’est un compagnon de route du Parti Communiste. Donc sa chanson, comme beaucoup de ses succès de l’époque, parle du prolo. Mais, c’est surtout un cri d’amour pour la culture américaine. D’ailleurs, Montand sera bientôt aux Etats Unis, où il jouera le rôle d’un milliardaire. Quelle cohérence !

Ce que j’ai découvert dans une émission de radio, c’est que Montand était surtout un très grand professionnel. Un homme de petits détails. (Un Américain ?)

L’intellectuel engagé serait-il un complexé ? Incapable de comprendre quelle est sa réelle valeur, il se fait manipuler ?

Le Caravage

La publicité pour une exposition de l’oeuvre du Caravage m’a fait enquêter sur son cas. Selon moi, son oeuvre est un détournement des codes de la morale de l’époque. Ses tableaux, sous le couvert de sujets religieux, sont souvent à la gloire d’une forme d’homosexualité ancienne. L’homme raffiné entretenait des relations avec les enfants de la rue. Il a eu pour complices, il gagnait beaucoup d’argent, la haute société de son temps (Eglise incluse).

Décidément, la religion est l’opium du peuple ?

Le Louvre

En me promenant le long des quais de la Seine, je regardais le Louvre, et me disais qu’il n’avait rien de particulièrement remarquable. Ce qui faisait la beauté des palais d’antan devait être leur équipement intérieur.

L’éphémère serait-il une condition du beau ?

Ô vrayment marastre Nature, 
Puis qu’une telle fleur ne dure 
Que du matin jusques au soir !

Artiste dégagé

L’artiste nous dit de ne pas voter pour Trump, nous votons pour Trump. Un des changements récents est la perte d’influence de l’artiste. Ce changement en suit un autre : depuis quelques décennies l’artiste, comme le philosophe, est devenu « engagé ». Cela signifie qu’il sait ce qui est le « bien », et qu’il met tout son prestige pour nous entraîner, par imitation, dans son combat.

Il y a quelque-chose de paradoxal dans cette attitude. En effet, l’artiste est supposé être tout émotion. Il nous transmet ce qui l’émerveille, ce qu’il ne « comprend » pas. Or, l’engagement signifie la raison, qui est le contraire de l’émotion.

Pensez-vous que l’artiste ordinaire puisse faire face à une opposition solidement argumentée ? Je me demande si son engagement ne vient pas d’un complexe. Comme il ne se trouve pas très malin, il emprunte le combat de quelqu’un qu’il juge l’être, sans le comprendre.

Pour la libération de l’artiste ? Au diable les complexes ? Vive l’artiste dégagé ?