Magritte

Exposition Magritte à Beaubourg. Magritte a été un publicitaire. Et ses publicités m’intéressent plus que ses tableaux. Ses tableaux ne correspondent pas à ce que j’aime dans l’art. A savoir quelque chose qui me plonge dans une sorte de méditation, sans que je sache trop pourquoi. Ici, c’est lisse, triste, terne, sans relief, sans intérêt.
Apparemment derrière cette œuvre, il y aurait de la pensée, de la philosophie, Hegel, même. N’est-ce pas cela qui a été fatal à l’art, le sien et celui du monde contemporain ? On ne peut pas à la fois être raison et cœur ?

La fin de la culture

Zweig écrit que, à Vienne, les Juifs avaient une sorte de monopole de la culture. Ce qui ne gênait personne d’ailleurs. Il en était un peu partout en Europe de même, me suis-je dit. En supprimant les Juifs au nom de sa culture, elle l’a détruite ? Mais, peut-être cette culture était elle condamnée à disparaître ? C’était une culture intolérante. C’était aussi une culture d’une aristocratie dont le métier était la guerre. Ce n’est pas un principe très favorable à la vie dans une société mondiale. 
Pourquoi n’avons-nous plus de culture ? me demandè-je parfois. Certes nous avons une culture au sens anthropologique du terme, des règles qui guident notre comportement, mais l’art y semble absent. Cela vient peut-être du diplôme. Les artistes sont devenus des fonctionnaires de l’Etat recrutés sur concours. Or, l’art est incompatible avec la raison.

Douanier Rousseau

Samedi dernier, visite à l’exposition Douanier Rousseau d’Orsay. J’ai regretté qu’elle ait cédé à la mode qui veut, depuis quelques-années, que l’on mélange des oeuvres. J’aurais préféré rester dans l’univers de Rousseau. Et ce d’autant que les autres oeuvres font un contraste désagréable, et qui ne leur est pas favorable. Elles ont, elles aussi, besoin de construire leur univers.
Une question qui s’est posée aux contemporain de Rousseau était : sait-il peindre ? Il ne semble pas avoir appris. En revanche, il a une technique très supérieure à celle  des Beaux Arts. Il a créé un monde à lui. Mais un monde qui nous parle.
Peut-être nous dit-il, comme l’autre Rousseau, de nous méfier de la société ? A trop forte dose, elle assèche le génie, l’art et le coeur ?

Feel bad movy

Feel good movy. Voici une expression que j’entends de plus en plus. C’est une réaction. Les films jusqu’ici, étaient des feel bad movies. Feel bad ? Moralisateurs. 
Sujet pour bac de philo. L’art est-il moral ? Pour moi, l’art, c’est, par définition, ce qui n’est pas raison. C’est étonnement et incompréhension, parfois horreur. C’est inexprimable par la raison. Neither good nor bad, autrement dit.

La beauté, outil de domination ?

J’ai vu récemment des photos de star avant et après leur succès. Pas les mêmes personnes. Avant : insignifiantes, ordinaires, après : magnifiques. Tout dépend du photographe et de la situation. Avec un paparazzi et dans leur vie quotidienne, elles sont moches. D’ailleurs, c’est ce que j’ai constaté lorsque je croise le chemin d’un acteur. J’ai même beaucoup de mal à le reconnaître. 
La beauté est-elle intrinsèque ou ressortit-elle à la culture ? Et si elle avait une fonction ? Celle d’affermir la domination des classes dominantes ?… Ne parlait-on pas jadis du « beau monde » ? (Dont la traduction en anglais me semble « beautiful people ». Elle est toujours usitée, je crois.) D’un air « noble » ?

La photo est un art social

Livre de photos sur les Antilles (collection Club Med). Paysages et couleurs magnifiques, beaux habitants, beaux poissons. Curieux. Ce n’est pas ce que j’ai vu lorsque j’y étais. Tout est petit, étroit, cabossé, rouillé, humide. Ce qu’il y a de beau ne passe pas dans ces photos. C’est la vie des autochtones. Elle est infiniment calme par rapport à la nôtre. Elle ne cherche pas à brutaliser la nature (et la nature humaine) selon notre usage. Elle suit son rythme. Bonheur. 
Ce livre illustrerait-il ce qu’est une forme d’art ? Il utilise les codes sociaux pour nous faire passer un message ? Ici : les Antilles sont un lieu de vacances idéal ? 

Millenium

France Culture lisait Millenium un, il y a peu. Deux choses m’ont frappées :
Les méchants sont vraiment très méchants. Si Hannah Arendt a raison, en disant que le mal est banal, ce type de livre nous prépare-t-il à affronter cette banalité, ou, au contraire, nous installe-t-il dans une calme satisfaction de nous-mêmes ? Et s’il nous endurcissait dans nos lâchetés quotidiennes ?…
Comment faut-il interpréter le fait que, comme tant d’autres, il nous rend voyeurs complaisants d’atrocités ? Et que le héros masculin, auquel nous sommes supposés nous identifier, se fait tabasser et quasiment violer ?

Quête de sens : moteur de l'humanité ?

Citation de Camus entendue dans une émission de radio et retrouvée sur wikipedia :
La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens.
Tout cela est mystérieux. Mais wikipedia explique :
Bien que Camus réfute les religions parce que « on n’y trouve aucune problématique réelle, toutes les réponses étant données en une fois », et qu’il n’accorde aucune importance à l’avenir : « il n’y a pas de lendemain », sa révolte n’en est pas pour autant amorale. « La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité ». Tout n’est pas permis dans la révolte, la pensée de Camus est humaniste, les hommes se révoltent contre la mort, contre l’injustice et tentent de « se retrouver dans la seule valeur qui puisse les sauver du nihilisme, la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin ».
Explication à la Hannah Arendt ? Ce qui fait le sens de la vie, c’est la solidarité des hommes qui se révoltent, collectivement, contre le fait que la vie n’a pas, et ne peut pas avoir, de sens. Elle est « absurde ».

L’homme, parce qu’il a une « raison », veut un monde qui ait du « sens », c’est-à-dire qui obéisse à des lois explicites. Il arrive effectivement, périodiquement, à construire « une bulle de sens ». Tout ou presque devient prévisible. Mais les événements évoluent (la bulle consomme ce qui lui permettait de fonctionner, les agents pathogènes, qu’on croyait éliminés, s’adaptent à nos traitements…), les parois se fendillent, l’absurde y pénètre sous la forme de guerres, d’épidémies… Et surtout de la folie suicidaire qui consiste à détruire le sens même de la vie, selon Camus : la solidarité entre hommes (autrement dit, le principe de la définition actuelle du libéralisme). Et tout est à recommencer.

Cette « bulle de sens », création collective, est une « oeuvre d’art« . Elle n’est pas le fruit de la raison individuelle. Mais d’une sorte de coup de génie collectif. Et surtout, elle « marche », c’est-à-dire 1) que le monde redevient prévisible, la bulle et son environnement semblent en accord et 2) que chaque homme y est heureux, mais heureux pour des raisons « esthétiques », il trouve à l’édifice quelque chose de « beau », plutôt que fonctionnel.

(Mon idée de la « bulle de sens » est le monde des Trente glorieuses et son esthétique du progrès technologique. Quant au processus de changement qui se produit à la dislocation de la bulle, il pourrait être celui décrit dans un autre billet. La société, être collectif, apprend, sans faire appel à notre raison, des chocs qu’elle subit en aveugle. Si elle parvient à trouver une configuration dans laquelle elle ne prend plus de chocs, le changement cesse.)

Art relatif

Le tableau ci-dessous se trouvait sur la première page de Wikipedia anglais. Au premier coup d’oeil, j’ai pensé que c’était fantastique de pouvoir ainsi remonter dans le temps. Au second, je me suis demandé si je pouvais ressentir ce que sentaient les gens de l’époque. Quelle température fait-il ? Fait-il beau ? Le temps est-il un peu couvert ? Brume de chaleur ? Matin, après-midi, soir ? 
J’ai la même impression avec Proust. Bien que j’ai perdu une partie de son vocabulaire, ce qu’il dit me parle, parce que je le raccroche à mon expérience. Mais est-ce que je raccroche bien ? 

Tout cela semble dire que l’art n’a de sens que par rapport à une expérience partagée. Il joue sur un code inconscient et qui évolue continûment.

Martinus Rørbye - View from the Artist's Window - Google Art Project.jpg

Les Jardins d'Adonis

Vendredi soir, j’étais à l’UNESCO. On y donnait « Les jardins d’Adonis » de Wassim Soubra. En présence du président libanais. Entre autres sommités. L’invitation parlait « d’Opéra d’Orient ». Mais ce n’était pas un opéra. Plutôt une suite de poèmes, ou de chants. Une conteuse et deux cantatrices, cinq instruments (piano, percussions, oud, violoncelle et clarinette). Un spectacle pour un amphithéâtre grec, me suis-je dit. Un spectacle qui aurait plu à Albert Camus ?
Je me suis demandé si cet opéra n’était pas à l’image d’une certaine intelligentsia libanaise. Une intelligentsia qui décrirait sa culture comme méditerranéenne, d’où la revendication de multiples influences. Grecques en premier (Adonis, mais aussi la forme du spectacle) ? Arabe aussi (mais il y a continuité). Et un peu française (le dispositif musical). Une intelligentsia, enfin, qui aurait dépassé les fractures confessionnelles, et son statut de diaspora, et aspirerait à une nation. Une intelligentsia désemparée. Ce qui expliquerait qu’elle fasse un triomphe à tout ce qui lui laisse penser que son rêve n’est pas mort ? A ce spectacle, par exemple ?

l’événement (…) montrera le vrai visage de notre pays, celui du dialogue et de la renaissance, porteur d’un message d’espoir, car le Liban, comme les jardins d’Adonis, refleurira. (Article)