Résilient Arnault ?

Jeudi dernier, j’entendais les informations de BBC4 parler de la fortune de Bernard Arnault. Après avoir été faite par les très riches, elle l’est en ce moment par le peuple. C’est l’avantage de posséder un grand nombre de marques.

Contrairement à d’autres milliardaires, serait-il parvenu à « diversifier ses risques » ? Peut-être aussi a-t-il trouvé le secteur dont le baromètre est toujours au beau fixe : celui du luxe, celui qui capte l’excès de revenus de la classe qui réussit ?

Bernard Arnault

Good, bad billionnaire de BBC5 parlait de Bernard Arnault.

A sa sortie de polytechnique, son père lui fait don de la société familiale de BTP. 1000 personnes. Beau départ dans la vie. L’assurance n’attend pas le nombre des années. Après tout, il est polytechnicien. Il la transforme en société immobilière. A l’arrivée de la gauche, il émigre aux USA. Mais y fait un flop. Il n’a pas compris le marché. Le tournant de sa carrière est la reprise du groupe Boussac, qui embarrasse le gouvernement de l’époque. Contrairement à ses engagements, il licencie en masse. Et il le vend par appartements. Il fait de gros bénéfices. Puis il est appelé en ami par le groupe LVMH. Le loup est entré dans la bergerie.

Mais, on n’attendrait pas cela de l’austère et cassant polytechnicien : il a aussi beaucoup de flair. Il exploite les modes. Non seulement il perçoit, avant tout le monde, ce qu’il peut tirer du nouveau riche asiatique, mais il sait aussi exploiter la société des réseaux sociaux en associant ses marques à des célébrités montantes. Et il sait choisir des créateurs brillants et des dirigeants compétents.

Il semble aussi avoir perçu, avant beaucoup, que le marché avait de grosses défaillances. En particulier, qu’il est incapable de comprendre que le tout vaut plus que ses parties. Le groupe de Bernard Arnault, en conséquence, ressemble à Beaubourg : on en voit les organes. C’est une fédération de marques.

On peut aussi penser qu’en en faisant un produit de consommation pour oligarque, il a vidé le luxe français de son âme. Mais cela, c’est le propre du milliardaire : son innovation est bien souvent un tour de passe-passe ? C’est ce que la RSE peine encore à saisir ?

GAFA et LVMH

M.Arnault serait plus riche que M.Gates. Seconde fortune mondiale. Et si l’avenir n’était pas numérique ? LVMH c’est l’émanation d’une exception culturelle française : le luxe. Et, ce savoir-faire millénaire, le peu qu’il en reste ?, vaut cher.

J’ai d’ailleurs toujours pensé que M.Jobs était un designer. Et que si Apple avait une telle valeur, c’est parce qu’il avait conçu des objets d’art.

L’art, au fond, est l’anti artificiel. On ne sait pas pourquoi, mais il y a des gens qui ont du talent. Et tout ce qu’ils touchent vaut, on ne sait pas pourquoi, cher.

Fédéralisation de l’Europe, instable Moyen-Orient, nébuleuse Chine et autres

Des nouvelles du monde. Mon interprétation de The Economist de cette semaine.
  • The Economist se réconcilie avec l’Europe. Elle fait preuve de bon sens : elle se dirige vers le fédéralisme. Les juges de la cour suprême allemande ne remettent pas en cause les accords européens du pays;  M.Draghi fait un nouveau tour de prestidigitation ; et les Hollandais ont élu un gouvernement stable, et écarté leur extrême droite. (Je m’interroge : amorce de reflux de l’extrême droite européenne ?) Par ailleurs, la découverte de ce qu’est une fédération se poursuit. Nouveau résultat : elle doit avoir un budget suffisant pour être un stabilisateur anticyclique. Le budget fédéral américain représente 24% du PIB des USA, pour la Suisse, ce chiffre serait de 12%. Il est de 1% en Europe… M.Moscovici aurait proposé que l’Europe se charge en partie de l’assurance chômage. (Un premier pas vers une uniformisation des systèmes de sécurité sociale, qui retirerait aux Etat la tentation de s’affronter sur ce terrain ?)
  • Quand au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Egypte, de la Lybie ou de la Palestine, sa situation est incertaine. Les extrémistes musulmans cherchent à en profiter pour happer le pouvoir. Mais ce que veulent les populations locales n’est pas plus d’Islam, mais moins de pauvreté. Il y a là un moyen pour l’Occident, et pour les USA, de se rendre utiles. (Ce qui explique que les dits islamistes cherchent tous les moyens pour monter les populations locales contre eux ?) Malheureusement, ces derniers tendent à se payer de mots.
  • La Chine est, décidément, impénétrable. Ses leaders politiques disparaissent mystérieusement, et les chiffres de son économie sont douteux. (Mais pourquoi leur appliquer les grilles de lectures occidentales ?)
  • Les aléas climatiques créent une pénurie mondiale de céréales. Elle est amplifiée par la production de biocarburants. Les pays cherchent à protéger leurs populations des fluctuations de prix. Ce protectionnisme a l’effet inverse de celui qui est souhaité. (Drame pour les populations urbaines pauvres.) Commentaire personnel : dangers du protectionnisme, ou démonstration que la vie des hommes ne peut pas être laissée au bon vouloir des marchés ?
  • La banque d’investissement serait au plus mal. En grande partie du fait des nouvelles réglementations. D’ailleurs la City aurait éliminé 100.000 personnes sur 354.000 (2007). Va-t-elle perdre sa place au centre du monde ? s’inquiète The Economist. La finance mondiale va-t-elle retrouver la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter ? se demande ce blog.
  • BAE et EADS vont-ils s’unir ? Pour EADS l’équation serait plus de stabilité = diversification dans la défense, le service et la maintenance + dilution des rôles des Etats. (Mais que serait-il sans les dits Etats ?) Début de concentration de l’industrie de la défense ? Que vont faire Thalès, Dassault et leurs confrères européens ?
  • Apple, est comme une bicyclette. Quand il n’avance pas, il tombe ? Est-ce ce qui lui arrive avec l’iPhone 5 ?
  • Et j’achève avec Bernard Arnault. Il a bâti sa fortune sur la France, sa culture, sa tradition et son image (et a tiré bien des profits des malheurs du Crédit Lyonnais, dit un ancien numéro du Canard Enchaîné). Mais à chaque arrivée de la gauche au pouvoir, il part à l’étranger. La dernière fois c’était aux USA. « Cette fois, au moins, M.Arnault a choisi un pays proche, et qui parle, en partie, français.« 
  • Mais, j’avais oublié un débat sur la circoncision. 1/3 des hommes seraient circoncis, dont 50% d’Américains. Difficile de trancher la question… Les scientifiques avancent des arguments pour ou contre. Quel impact sur l’enfant ? Et sur certaines sociétés, si l’on remet en cause cette coutume ? S’est-on posé cette question pour l’excision ? Car quid des droits de l’homme ?… 

Le Parisien comme guide

5 minutes d’avance à un rendez-vous. Deux couples de touristes ont le temps de me demander leur route.

J’ai un mode de repérage qui fait que je surcharge aussi peu que possible mon esprit d’informations inutiles. Je ne me perds pas, mais j’ai bien des difficultés à indiquer une route, y compris dans mon quartier. Il va falloir que tout ceci change, et que je me forme au renseignement. D’ailleurs, il me semble que tout Parisien devrait faire de même.
Pendant longtemps j’ai pensé le contraire. N’était-il pas honteux que le tourisme profite plus à certains (Bernard Arnault par exemple) qu’à d’autres (moi) ? Ces derniers ne mériteraient-ils pas d’être dédommagés des externalités négatives qu’ils subissent (métro surchargé, bousculades…) ?
Mais c’est agréable d’être utile. Et puis, se sentir entouré d’amis est bon pour la santé, comme le dit un billet précédent.
Compléments :
  • Finalement, on optimise mieux sa fonction d’utilité en donnant qu’en recevant ? À quoi ressemble une théorie économique basée sur le don ?
  • Aristote (Ethique à Nicomaque) fait de la générosité une des vertus morales. Mais il semblerait qu’il n’ait pas prévu mon cas : n’est généreux que celui qui donne un bien matériel (tout ce dont la valeur se mesure en monnaie)…

Carrefour en pièces ?

Bernard Arnault est entré dans le capital de Carrefour par une habile manœuvre qui devait lui faire gagner beaucoup (vendre les actifs immobiliers de Carrefour).

Mais ça n’a pas marché comme prévu. Et l’action Carrefour a été divisée par 2. (Off its trolley) D’ailleurs n’est-ce pas fatal lorsque les actionnaires veulent essorer l’affaire plutôt que la développer ?

Carrefour va-t-il finir en pièces, pour limiter les pertes de ses investisseurs ? Le capitalisme à son meilleur ?

Stratégie de Carrefour

Édifiante histoire :

  • Des investisseurs (dont Bernard Arnault) entrent au capital de Carrefour. Leur objectif : vendre ses magasins pour récupérer cet argent par les dividendes. Mais le prix de l’immobilier et l’action chutent.
  • Ces investisseurs, qui possèdent 13% des actions et 20% des droits de vote, voudraient maintenant céder les magasins non européens de la société (Chine, Brésil, etc.), un remarquable succès, pour la ramener au marché européen, qui va très mal. Là aussi, l’idée est de récupérer l’argent de la vente via un (seul) versement de dividendes.

Retour à Carrefour dans l’impasse ?: l’actionnaire indélicat peut détruire l’entreprise. Or, contrairement à l’employé qui fait l’objet d’un long procédé d’acculturation (après sélection), l’actionnaire ne passe pas de test qui garantisse qu’il partage les intérêts de l’entreprise.