Dr Merkel and Mr Krugman

L’Atlantique a ses Charybde et Scylla. Mme Merkel et M.Krugman. L’une nous dit « Arbeit », l’autre, « Keynes ».

  • Pour Paul Krugman, il faut relancer l’économie, la croissance permettra de lever des impôts et de payer nos dettes. La rigueur, c’est l’inverse avec le chaos comme seule issue. Lumineux.
  • Mme Merkel répond que depuis des décennies, nous nous sortons des crises par toujours plus de dettes. Nous ne faisons que déplacer, et amplifier le problème. Nous vivons à crédit en détruisant notre patrimoine. Le succès de l’Allemagne vient, justement, de ce que ses entreprises ont su développer leur avantage concurrentiel. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer constructeurs allemands et français.
La bonne solution ? Entre les deux, dit Aristote. Nous devons nous remettre au boulot. L’ère de la cigale est finie. Mais on aura du mal à repartir, sans entraide. 

Des vertus de l’oisiveté

Je me demande si Aristote n’avait pas raison : pour s’occuper des affaires de la cité, il faut être oisif (Les politiques). Il me semble que cela demande de penser, et que l’on ne peut pas penser bien loin lorsque l’on travaille. On ne peut que se raccrocher à du prémâché. Voilà ce que je me dis, lorsque je rentre chez moi, vanné par 2h de métro, voire quelques heures d’avion, et une journée de tension humaine.

Que signifie penser, d’ailleurs ? D’abord être capable de se dégager des coutumes et de tout ce qui est précablé, comme l’expliquaient les Lumières (cf. Kant). Etre critique était leur mot d’ordre (voir aussi ici) d’ailleurs. Ensuite, il faut pouvoir se faire une opinion, personnelle, en entendant ce que l’esprit humain a dit du sujet, un peu comme lors d’un jugement. Mais, pour cela, il faut probablement avoir subi une formation spéciale, un entraînement, à l’image de celle de nos diplômés de philosophie. Et aussi continuer à s’informer, et à réfléchir, sa vie durant. Je retrouve probablement les idées d’Aristote.
Un oisif.
(wikipedia)

  

La Syrie, après l’Afghanistan et l’Iraq ?

Nous voyons le régime syrien appartenant à « l’axe du mal ». Mais que se passera-t-il s’il disparaît ? Bashar el Assad n’a personne auquel parler. Les révoltés ne sont pas organisés.

La façon dont les affaires du monde sont menées est un peu inquiétante. Le chaos semble s’installer partout : Iraq, Afghanistan, Pakistan, Moyen-Orient…

Et si l’Occident commettait l’erreur de croire que la démocratie faisait des miracles ? Mais où en est la démonstration ? La France est une monarchie en CDD, et l’Amérique est bloquée…

Un pays doit avoir une infrastructure qui lui permet un minimum de calme, qui rend la vie prévisible (d’où la côte de l’Islam au Moyen-Orient). C’est probablement ce qui est fondamental. Ensuite, cette structure doit être adaptée pour répondre aux aspirations de la population, notamment à la liberté d’expression.

En tant qu’intervenant extérieur, nous devrions donc veiller à ce que le chaos ne puisse s’installer, mais à ce que l’organisation du pays s’adapte aux évolutions sociétales.

En écrivant ces mots, je viens de comprendre que je répétais ceux d’Aristote… Décidément, la vie est un éternel recommencement…

Compléments :

Choisir un président (2) : Kant et la République

Maintenant, au tour de Kant et de la République. Pour Kant, le régime politique idéal est celui de la République. C’est-à-dire un exécutif qui met en œuvre la volonté générale, représentée par le législatif. Les deux doivent évidemment être séparés. Ça commence mal pour la France.

On peut en déduire quelques critères de sélection curieux :
  • Un exécutif qui exécute sa propre volonté est une dictature. Par conséquent le candidat qui est porté par une idéologie et qui a la capacité de la mettre en oeuvre doit être écarté.
  • L’intérêt général sous-entend la recherche de ce qui unit la nation. Un candidat qui « divise pour régner », ou qui utilise la démagogie (voir ce qu’en pense Aristote) pour disloquer les principes fondateurs du pays, devrait donc être hors jeu.
  • Mais l’exécutif doit aussi avoir la capacité à exécuter. Un exécutif qui ne sait pas se décider est aussi un mauvais choix (on retrouve les idées du billet précédent). 

Empire du mal

L’Amérique a été bâtie sur le principe que la nature de l’homme est le mal.

  • Ses pères fondateurs avaient lu l’histoire dont ils avaient tiré cette conclusion (fréquente dans le monde anglo-saxon). Du coup, ils ont construit un système de contre-pouvoirs qui cherche à équilibrer le mal par le mal. En fait, ils étaient surtout inquiets du comportement des masses, qu’il fallait contenir. « Il était  généralement reconnu que le peuple était souverain, mais il était aussi plus ou moins concédé qu’il ne devenait pas gouverner. »
  • Complétant ce dispositif, ils comptaient sur l’effet apaisant d’une classe moyenne nombreuse (une idée d’Aristote), et sur un partage d’intérêts collectifs : nationalisme et colonialisme (expansion internationale).
  • Dans cette pensée se trouve aussi « l’idée radicale des sophistes, que les désirs naturels de puissance et d’enrichissement sont derrière toutes les actions sociales ». Bref, que derrière le bien se trouve le mal. Et c’est pour cela que la liberté d’exercer une forme de mal est vue par beaucoup d’Américains comme un droit :

Ce que St Augustin avait perçu comme un esclavage, voire une punition divine, l’asservissement sans fin de l’homme aux désirs de la chair, l’économiste néolibéral, le politicien néoconservateur et la plupart des habitants du Kansas, le prennent pour une liberté première.

(Hypothèse qui se retrouve dans les théories scientifiques dominantes) le gène égoïste (…) le darwinisme social (…) le choix rationnel, des théories des économistes.

Voilà ce que dit Marshall Sahlins dans le livre cité par un billet précédentCompléments :

  • C’est une théorie que développe aussi Michael Moore (Bowling for Columbine). L’Américain aurait naturellement peur de son prochain, ce qui expliquerait sa tendance à le massacrer.

Le Parisien comme guide

5 minutes d’avance à un rendez-vous. Deux couples de touristes ont le temps de me demander leur route.

J’ai un mode de repérage qui fait que je surcharge aussi peu que possible mon esprit d’informations inutiles. Je ne me perds pas, mais j’ai bien des difficultés à indiquer une route, y compris dans mon quartier. Il va falloir que tout ceci change, et que je me forme au renseignement. D’ailleurs, il me semble que tout Parisien devrait faire de même.
Pendant longtemps j’ai pensé le contraire. N’était-il pas honteux que le tourisme profite plus à certains (Bernard Arnault par exemple) qu’à d’autres (moi) ? Ces derniers ne mériteraient-ils pas d’être dédommagés des externalités négatives qu’ils subissent (métro surchargé, bousculades…) ?
Mais c’est agréable d’être utile. Et puis, se sentir entouré d’amis est bon pour la santé, comme le dit un billet précédent.
Compléments :
  • Finalement, on optimise mieux sa fonction d’utilité en donnant qu’en recevant ? À quoi ressemble une théorie économique basée sur le don ?
  • Aristote (Ethique à Nicomaque) fait de la générosité une des vertus morales. Mais il semblerait qu’il n’ait pas prévu mon cas : n’est généreux que celui qui donne un bien matériel (tout ce dont la valeur se mesure en monnaie)…

Des bénéfices de blogger

Quasiment tous les thèmes de ce blog sont des sujets auxquels je ne m’intéressais pas avant de le créer (je ne lisais pas la presse, n’écoutais pas les informations radiophoniques et n’ai pas la télévision).

D’une certaine façon il me force à faire l’exercice que devrait faire tout membre d’une démocratie, selon John Stuart Mill : s’interroger, publiquement, sur le sort de la nation (et du monde, probablement). Mais peut-on y arriver à ma manière : en accumulant des réactions à des articles et en espérant qu’une idée directrice s’en dégagera ?

Aristote (Les politiques) avait-il raison de dire qu’il n’y a pas de démocratie sans oisiveté ? Ma vie est-elle beaucoup trop occupée ? D’un autre côté que peut savoir l’oisif de la réalité de l’existence ? Alors, y a-t-il une solution médiane : est-il possible de développer une réflexion transversale, dans les interstices de l’occupation quotidienne ?

Compléments :
  • Curieusement, les bénéfices du milieu sont aussi une idée d’Aristote (Ethique à Nicomaque). 

Le Français invente les lois

À répétition cette semaine on m’a parlé de grossières violations de la loi par le Français. Police, Éducation nationale, patrons, administrateurs d’association… tout y a passé, en seulement quelques jours.

Mon père, qui était juriste, disait que « le Français invente la loi ».
Explication ? La législation sur l’amiante ouvre peut-être une voie à explorer :
Les entreprises ont longtemps ignoré les risques de l’amiante et les injonctions du législateur. Du coup celui-ci a durci la loi. Elle est devenue virtuellement inapplicable (l’entreprise est supposée coupable par défaut).
Le mieux est-il l’ennemi du bien ? Et s’il fallait que nous fassions des lois moins ambitieuses, mais dont nous-nous donnons les moyens de l’application ?
Compléments :
  • Il y a une histoire de ce genre dans l’Ancien régime et la révolution de Tocqueville. La réglementation par l’Ancien régime du droit d’expression était effroyable. On risquait sa tête pour un mot de travers. Mais elle n’était – presque – jamais appliquée. (Malheureusement ce « presque » fait de notre pays une nation de l’arbitraire, ce que n’avait pas vu Tocqueville, me semble-t-il.)
  • L’opinion d’Aristote.
  • D’ailleurs le Français ne respecte pas plus ce qu’il a appris à l’école. Probablement pour les mêmes raisons : l’école n’est pas très sérieuse. Mais il suit tout de même des règles. Les siennes. On peut les déduire de son comportement. C’est l’enseignement central du cours que je donne.

Valeurs de la résistance

Au plus noir de la guerre, les résistants ont voulu une France idéale. Choqués par le spectacle que donne le pays, ils ont exhumé leurs espoirs (L’appel d’anciens résistants aux jeunes générations).
Qu’il est rafraîchissant de voir revivre une époque où l’on voulait le bien de l’humanité. Que leurs rêves nous font paraître médiocres. Comment en sommes nous arrivés là ?
Auraient-ils bien fait de nous rappeler à l’ordre ? Serait-il temps de sortir notre action politique de l’intérêt égoïste myope, mesquin, haineux et destructeur de l’ordre social, et d’en revenir à un débat sur la constitution de notre société, ses principes directeurs ?
Compléments :
  • J’imagine ces résistants âgés, et je trouve très touchante leur phrase de conclusion : nous voulons dire avec affection.
  • Les politiques, Aristote