Ontologie d’Aristote

Ce mec est-il fou ? Me suis-je demandé.

Aristote innove, il parle de l’être, il cherche à le comprendre. Pour cela, il étudie le verbe être. Sans savoir que, s’il joue un rôle central dans les langues indo-européennes, c’est une exception.

Pour ce faire, il utilise un raisonnement sophistiqué, allant même jusqu’à dire, avec le plus grand aplomb, que tout ne peut se démontrer, qu’il y a des évidences.

Exemple de ce que les psychologues appellent « jeu sans fin » ? Aristote, avec la plupart des philosophes, a pris le moyen, le langage, pour une fin ?

Métaphysique d’Aristote

Platon et Aristote et peut être d’autres philosophes auraient cru à un Dieu unique. L’Olympe, c’était pour le vulgaire ?

Mais leur Dieu ne semble pas avoir été ce qu’il est devenu par la suite.

Les Grecs seraient-ils les ancêtres de nos scientifiques ? Pour eux, les phénomènes physiques, en particulier le parcours des astres, étaient régis par les mathématiques.

Dans ces conditions, Dieu était une sorte de principe, pas un être. Le « moteur » du monde. Mais aussi le modèle parfait de toute qualité désirable, qui finit toujours par mal tourner lorsqu’elle est la propriété d’un homme.

La mission d’un homme politique

la fin du politique est le bien suprême () la politique met le plus grand soin à faire que les citoyens possèdent certaines qualités, qu’ils soient bons et en mesure d’exécuter ce qui est beau.

Aristote, Ethique à Nicomaque

Lorsque j’ai lu cette remarque, j’ai pensé : manipulation ! Aristote, inventeur du « nudge », et de la leçon de morale ?

Mais nos hommes politiques ne devraient-ils pas s’interroger, aussi ? Ne font-ils pas de l’anti-Aristote ? Ne créent-ils pas, bien souvent, des lois qui poussent au crime ? Ne sont-ils pas victimes de dangereuses utopies ?

Quel est le rôle du politique alors ? Et si c’était le « changement planifié » de Kurt Lewin ? A savoir, faire émerger le désir général, et organiser sa réalisation ?

La gloire de Platon

Des universitaires s’interrogeaient sur le succès de Platon, dont la République avait été un best seller, alors que les travaux d’Aristote avaient pourri dans un grenier.

L’explication me semble simple : Platon écrit des romans, et promet une révélation, comme Sartre, Aristote, des livres de cours, du sang et des larmes.

Eternel Platon, éternelle humanité ?

(Inspiré par le discussion de L’éthique à Nicomaque de In our time, de la BBC.)

Maïmonide

Maïmonide serait un des penseurs juifs dont l’oeuvre aurait été la plus influente. Par ailleurs, ce fut un médecin de Saladin.

Je retiens qu’il semble avoir voulu réconcilier la foi et l’observation. Pour cela, comme Averoes et Thomas d’Aquin, il aurait utilisé l’oeuvre d’Aristote comme manuel d’apprentissage de l’usage de la raison.

Les sociétés évoluent, et, en fonction de cette évolution, elles doivent réinterpréter ce à quoi elles croient, et leur trouver un sens nouveau ?

(Inspiration : In our time, de la BBC.)

La biologie d’Aristote

Aristote serait-il le père de la science moderne ? On le dit, et pourtant on peut en douter. Il faisait grand usage des observations, fantaisistes, des bergers, par exemple. Ou, autre exemple, affirmait que les mouches se reproduisaient par génération spontanée.

Je me faisais cette même réflexion, en écoutant parler des stoïciens. Une partie de leurs théories étaient des « contes de bonnes femmes », dirait-on avec un vocabulaire « daté ». Où étaient-ils allés les chercher ? Pourquoi y croire, alors que cela semblait si fantaisiste ?…

A moins que la raison ne soit qu’une invention récente ? Peut-être que nous projetons dans le passé, ce qui est le fruit d’une lente évolution ?

L’homme a, peut-être, une capacité innée d’invention d’histoires, capacité qui fait les écrivains et les poètes, et ces histoires séduisent les esprits. Mais elles ne sont pas inutiles. Le stoïcisme, par exemple, était une doctrine qui convenait bien au gouvernant.

Aristote a peut-être engagé un mouvement qui, paradoxalement, a sorti l’individu de la croyance en « l’idée », et l’a amené à chercher à tirer des enseignements de l’observation ?

(Inspiré de In our time de BBC 4, à la fois pour Aristote, et pour les stoïciens.)

Aristote et Hegel juges de notre temps ?

Hegel aurait-il vu juste ? L’histoire récente de l’humanité semble être « dialectique » :

Après guerre, il y a eu l’ère technocratique. On savait ce qu’était le « bien », la société était organisée, de manière hiérarchique, pour le réaliser. Nous avions tous une marche à suivre. Pas question de s’en écarter. C’était le véhicule autonome avant la lettre. Ce modèle est arrivé en buttée, dans les années 70, 80. Puis, après un moment de flottement, avec l’effondrement de l’URSS, tout ce qui entravait le mouvement libertaire qui avait secoué le monde en 68 a disparu, et l’économie de marché a triomphé. Après la rigidité technocratique, le « nanny state », c’était, à proprement parler, l’anarchie, l’extrême inverse ! Plus de règles, des volontés s’entrechoquant feraient le meilleur des mondes, lisait-on. Le monde des brutes. Il y avait, tout de même, un point commun entre les deux opposés : l’hypothèse implicite d’un être décervelé. 

Le virus a sonné la fin du marché. Qu’est-ce qui va le remplacer ? Il semble qu’il faille en appeler à Aristote, pour répondre à cette question. Entre les « extrêmes », il y a le « juste milieu », l’endroit de la sagesse, dit Aristote.

Entre les extrêmes, technocratie et anarchie, il y a la société, ce que l’on appelle aussi la « liberté positive » : le juste nécessaires de culture collective qui stimule l’intelligence individuelle. 

Voilà, probablement, ce qui pourrait être le plan de route des nouvelles générations : trouver ce que tout ceci signifie, concrètement, et le mettre en oeuvre. Parviendrons-nous alors à la « fin de l’histoire », entrevue par Hegel ? L’homme sortira-t-il de son « aliénation », qui l’amène à se taper sur la gueule ? Aura-t-il la révélation de la « fraternité » ? 

Mais cela, c’est peut-être une autre histoire. 

Laboratoire d’idées

Comment juger une nouvelle idée (par exemple une nouvelle loi) ? Difficile d’en prévoir les conséquences. Je me demande s’il ne faut pas en revenir à Aristote. Pour Aristote, la constitution d’une société est ce qui lui permet d’être stable. Par conséquent, à moins de désirer changer de constitution, toute nouvelle idée doit être constitutionnelle.
Et il est possible qu’il y ait un moyen simple pour juger de cette constitutionnalité. Trouver « l’idéologie », qui est derrière l’idée. Par exemple, j’en suis venu à penser que la très bizarre concentration des grandes écoles sur les hauts de hurlevent de Saclay n’était pas une punition (comme je l’ai cru). Mais un moyen de séparer les méritants (grandes écoles) des autres (universités). Et d’affecter les maigres ressources de l’Etat français à ces seuls méritants. Autrement dit faire un seul MIT avec toutes nos grandes écoles. C’est une idéologie qui est aussi ancienne que l’Angleterre.
Bien entendu, il n’y a rien de mal à installer en France le modèle anglais du 18ème siècle, mais autant le faire en connaissance de cause. En effet, comme le remarquait Aristote, une constitution ne peut pas être imposée, elle doit résonner avec ce qu’une population a de plus profond. 

Liberté et politique

J’ai un différend de fond avec Hannah Arendt, me semble-t-il. Elle adopte le modèle grec. La liberté c’est la politique faite sur l’agora par des égaux. Ces égaux se sont dégagés des contingences matérielles.
  • Pour ma part, la définition de la liberté par les Lumièresme convient mieux. Etre libre, c’est être capable de penser par soi-même. C’est se dégager des lois sociales qui guident notre comportement sans faire appel à notre libre arbitre. (Si l’on suit ces lois, c’est en connaissance de cause.)
  • Quant à la politique, il me semble qu’elle se fait (devrait se faire) par débat entre gens libres. Pas besoin d’agora pour cela. Je soupçonne d’ailleurs que c’est l’idée de J.S. Mill.
  • Finalement, quel est l’objet de la politique, de ce débat vigoureux ? C’est de produire la constitution d’Aristote, c’est-à-dire un projet dans lequel toute une société se reconnaît, et qui va guider son action collective à venir. C’est une sorte d’œuvre d’art. Le fruit de la créativité d’une génération. 

Étonnez-vous !

« Le début de toute philosophie est (…) l’étonnement devant tout ce qui est en tant qu’il est » dit Aristote dans la Métaphysique, si j’en crois Hannah Arendt. Elle poursuit : « la capacité de s’étonner, voila ce qui sépare le petit nombre de la multitude.« 

Ce qui m’a frappé. Car le principe de ce blog est l’étonnement, le paradoxe. D’ailleurs, c’est aussi le principe de mon cours. Mais l’étonnement est-il réservé à un petit nombre ? à moins que celui du philosophe ne soit d’une qualité particulière ?