Aventures en Argentine

On n’entend pas parler de l’Argentine. Peut-être que cela va changer. Car, après de premiers succès, son dirigeant est en difficultés.

Quand on vit dans une maison de verre, on ne lance pas de pierre, dit-on. C’est l’erreur qu’il semble avoir commise. Sa politique était risquée, la situation du pays fragile. Il a laissé s’installer le chaos politique. Ce qui a paniqué les marchés. Et amené M.Trump à voler à sa rescousse, « quoi qu’il en coûte ». (Article du Financial Times.)

Avec M.Trump, les promesses n’engagent que ceux qui les croient, direz-vous. En tous cas, lui qui voulait ramener les USA à un superbe isolement, risque de le laisser engagé dans de nouveaux Vietnam. M.Trump sait-il bien choisir ses alliés ?

Miracle en Argentine ?

Ce matin la BBC s’inquiétait de la dépendance des USA à la dette. Il n’y a pas un parti politique pour sauver l’autre. Elle disait aussi que Javier Milei fait des miracles en Argentine.

Inattendu. Le premier article trouvé sur le sujet :

Les prévisions de l’OCDE annoncent que l’économie argentine va croître à un rythme de 5,7 % cette année et 4,8 % en 2026, en faisant la deuxième plus dynamique au monde. Les prévisions des instituts argentins sont encore supérieures. Le taux de pauvreté s’est effondré durant les six derniers mois, passant en dessous de son niveau de novembre 2023, lors de la prise de fonction de Milei (36 % contre 40 %). Les salaires réels ont augmenté de 3,8 % dans le privé et 7,9 % dans le secteur informel, selon l’Indec (l’Insee argentin). Quant au déficit budgétaire, c’est désormais un vieux souvenir : les excédents se succèdent depuis plus d’un an. La note de l’Argentine par les grandes agences de notation ne cesse de s’améliorer.

L’Express.

(La BBC parlait d’une croissance de 8%.)

Le monde n’est pas loin d’être à feu et à sang après un demi-siècle de bons sentiments. Celui que l’on disait l’incarnation du diable fait des miracles.

Ce qui est surprenant est que nos partis de pouvoir ne s’interrogent pas sur la cause de leur impopularité.

Javier Millei

On présentait Javier Millei comme un « populiste » un peu timbré. Quel est le sort de l’Argentine, maintenant qu’il est au pouvoir ? (Une émission de la BBC.)

Il a été pragmatique. Il n’a pas utilisé les mesures les plus radicales de son programme. Il a fait une politique de type « FMI ».

On ne veut pas se prononcer sur l’avenir, mais, ce qui est certain est qu’il a ramené l’inflation à « seulement » 2% par mois et que les investisseurs étrangers reviennent, et ils étaient cruciaux. Quant aux pauvres, qui paient toujours la facture dans ce cas, ils étaient déjà tellement cabossés qu’ils ont absorbé le choc sans s’en émouvoir excessivement.

Plus remarquable : il gouverne sans majorité. Un pèlerinage à suggérer à M.Bayrou ?

Choix démocratique

Un coup d’oeil sur la fiche du nouveau président d’Argentine en fait un homme respectable : c’est un professeur d’économie. (Mais les universitaires sont-ils bien respectables ?)

C’était aussi un homme de télé. Souvent invité, et dont la caractéristique principale était d’être une « grande gueule ». Pour le coup, il ressemble à beaucoup de monde. Trump, Zelinsky, Zemour…

Coluche a fait des émules.

Peut-être faudrait-il se demander si nos démocraties fonctionnent correctement. Car elles nous donnent à choisir entre un inspecteur des finances – un homme d’appareil, et un clown ?

Cry, Argentina ?

Ils sont fous, ces Argentins ?

M.Trump est devenu une marque mondiale. L’homme de marketing a réussi au delà de ses espérances. Quand plus rien ne va dans un pays, on appelle super-Trump. Car, il faut guérir le mal par le mal. Or, les Argentins, jadis un des peuples les plus riches du monde, ont une inflation de 140%, et un taux de pauvreté de 40%. Et, effectivement, cela devait aller très mal car il n’y avait plus en finale que deux candidats d’extrême droite… (La gauche, défenseur de l’opprimé, ne devrait-elle pas se poser quelques questions ?)

Apparemment, le problème dont souffre les Argentins serait relativement simple à expliquer : ils consomment énormément de subventions et paient peu d’impôts…

Dans ces conditions, il n’y a de rationnel que le miracle ?

(Inspiré par Affaires étrangères de France Culture.)

Argentine et Russie : le marché en guerre contre la démocratie ?

La Russie vient d’être condamnée à verser 50md$ à un oligarque. Hier une décision de la justice américaine en faveur d’un « fonds vautour » américain pourrait avoir pour conséquence une faillite de l’Argentine… (Et l’affaire de la BNP est du même type.)
Désormais les Etats ne sont plus souverains. Et la justice est l’arme des marchés financiers ! Ceux-ci étant aux mains non des USA, comme on le dit souvent, mais plus vraisemblablement d’une petite clique d’individus qui tire les ficelles de son économie. Et elle a déclaré la guerre aux ennemis du marché. (Cela coûterait déjà 1000 milliards $ à la Russie.)
La démocratie serait-elle morte ?
Et si les BRICS n’étaient pas en passe de créer un nouveau FMI (billet précédent), mais un système financier séparé. Le nôtre ayant été parasité ? 

Argentine dysfonctionnelle et Europe nationaliste

Pourquoi l’Argentine, pays riche du début du siècle dernier, n’a-t-elle pas réalisé ses promesses ? Apparemment parce que son économie est tirée, périodiquement, par des exportations de matières premières. Et qu’elle n’est pas capable d’en profiter pour construire des institutions rationnelles. Peut-être parce que son peuple est un mélange détonnant de riches fermiers et de pauvres travailleurs, et que dans ces conditions il est plus facile de jouer de la subvention que de mener des réformes de fond. Aujourd’hui, elle est en crise. Mais patience, le gaz de schiste est au coin du bois.

Les Hollandais ont fait une étude qui leur montre qu’ils seraient plus riches en dehors de l’UE qu’à l’intérieur. (Mais, ils semblent estimer qu’ils perdraient les inconvénients mais par les avantages de l’UE.) Les Suisses se sont révoltés contre l’immigration européenne des « riches voisins qui font s’envoler le prix de l’immobilier et qui provoquent des embouteillages sur les autoroutes ». L’Angleterre est inondée, mais l’Anglais n’a pas perdu son flegme. Le gaz de schiste pourrait faire, à nouveau, des USA le plus gros producteur de pétrole mondial, et le régulateur des prix de l’énergie. Encore faudrait-il que l’interdiction d’exportation de pétrole, qui remonte aux années 70, soit levée. Les Républicains continuent leur mue. Ils ne sont plus systématiquement le parti du non. Mais ils demeurent toujours aussi perfides. Leurs affiches de campagne associent un numéro qui permet de leur faire une donation, avec la photo de leurs opposants… Inde. Depuis que M.Modi semble devoir gagner les élections, les puissances occidentales révisent leur opinion. Elles oublient qu’il leur a fait peur.
Le tourisme médical n’a finalement pas vu le jour. Au mieux il se fait au sein d’un même pays. L’Indonésie fabrique des morceaux d’Airbus. Mais elle n’aurait pas renoncé à son démon de construire une industrie aéronautique locale. Le constructeur automobile australien est au bord du trépas. Petit marché, coûts extraordinairement élevés et devise surévaluée… Le mouvement libertaire Internet, avec ses bitcoins et ses logiciels qui rendent indétectables les ordinateurs, a trouvé une première application : le trafic de drogue. Pour le moment, la maladresse de ses opérateurs leur est fatale. Les « activistes » montent à l’assaut des entreprises. C’est bon pour elles, ça les force à réfléchir. Comme en 2000, les biotechnologies font une bulle. (En 2000, elles attiraient les bénéfices tirés de la bulle Internet.) Les fondations semblent plus solides que la dernière fois. Mais quid du marché ? « Il n’est pas certain que les assurances et les gouvernements continuent de payer les prix élevés demandés par les entreprises de biotech. » Quant aux résultats de la recherche : « la RetD demeure une question de chance ». Le commerce électronique en Chineest comme ailleurs. Il est une question de taille et d’investissements massifs dans des actifs traditionnels, et d’années de pertes à la recherche du monopole. (En outre, en se protégeant de la concurrence de l’extérieur, mais pas de ses capitaux.) L’Anglais se répand dans les entreprises. Ce serait si bien que tout le monde parle la même langue ! (Mais ce type de changement peut-il se faire par décret ?)
La Cour constitutionnelle allemande a envoyé un coup de semonce à la politique monétaire européenne. Ailleurs, il serait bien qu’il y ait une coordination internationale de façon à protéger les nations des conséquences (dévastatrices) des politiques monétaires des grands pays. Sans espoir. Les banques d’investissement européennes sont plombées par la législation. Elles doivent faire des économies radicales. Seule leur politique salariale est à la hausse. Les cartes de crédit américaines devraient passer au système de puce que l’on trouve ailleurs. Le montant des fraudes est devenu trop élevé (5md$). En Amérique, les chômeurs de longue durée cessent de chercher un emploi. Ils sont devenus inemployables.

Le préservatif fait l’objet d’un gros effort de recherche et développement. Il demeure un article pour pays riches. On espère construire des immeubles grâce aux propriétés d’émergence des systèmes complexes. 

Attention au tsunami grec ?

Comment la Grèce pourrait-elle se maintenir dans la zone euro ? Les Grecs retirent leurs économies de leurs banques, ce qui menace de les mettre en faillite. Bien pire, ce pays ne semble avoir aucun parti politique sérieux.

Sa sortie risque d’être dramatique. En fait, elle est dans une situation sans précédent (y compris l’Argentine), notamment parce qu’elle a une capacité d’exportation médiocre, qui ne lui permettrait que faiblement de profiter d’une dévaluation. Par contre, elle prendrait à plein l’augmentation de ses importations. Que va-t-il lui arriver, avec une telle démocratie ?

Cette sortie risque aussi de coûter très cher au reste de la zone euro. Non seulement la BCE va devoir noyer de ses fonds les pays les plus fragiles pour éviter qu’ils ne suivent la Grèce, mais les autres, à commencer par la France, vont récupérer des dettes supplémentaires, et ils vont devoir sauver les banques et les entreprises qui subiront le choc. Le rétablissement des comptes de la zone euro, déjà problématique, va devenir illusoire. Dans ces conditions, continuer avec la même politique de rigueur a-t-il encore un sens ?

Compléments :

Tricheuse Argentine

Mes biais idéologiques me font avoir une sympathie spontanée pour les bêtes noires de The Economist. En particulier, le Vénézuela et l’Argentine.

Mais j’avoue que The Economist n’a pas toujours tort : les industriels que je rencontre me disent que l’Argentine est aux prises avec une inflation galopante, que masquent apparemment ses statistiques officielles. (Don’t lie to me, Argentina)

Je m’interroge. Si le Vénézuela et l’Argentine sont aux mains de populistes, n’est-ce pas parce que ces derniers font contrepoids à une classe possédante sans foi ni loi ?

Plutôt que d’encourager les uns ou les autres, ne serait-il pas mieux de chercher à faire perdre de leur radicalité à ces extrêmes ?