Juger Areva

Les employés d’Areva manifestent. On peut comprendre qu’ils soient mécontents d’avoir à payer les conséquences d’une stratégie qui les dépasse. Et si cette stratégie méritait un jugement ? 
Ma conception du jugement n’est pas habituelle. Pour moi, l’objectif du jugement n’est pas, principalement, condamner. C’est comprendre. Et comprendre pour que l’on ne recommence pas. Car Areva n’est probablement qu’un des multiples exemples d’un phénomène qui démolit l’économie française depuis des décennies. 
En outre je ne crois pas qu’un dirigeant ou un politique ait à se plaindre de passer en jugement. C’est une façon de s’expliquer, de défendre ses idées. Cela fait partie de l’emploi. En particulier, cela va avec les privilèges et le salaire accordés à la fonction. 

L'EPR s'arrête à Flamanville ?

Bien étrange cette affaire d’EPR et d’AREVA. Maintenant, on découvre que la cuve de l’EPR de Flamanville aurait une « anomalie de fabrication ». L’EPR c’est fini ? La direction d’AREVA a-t-elle été victime d’une illusion ? Qu’il était possible d’inventer un métier de 0
Probablement, les dirigeants d’AREVA et notre gouvernement ont cru qu’ils étaient des « entrepreneurs », m’a dit un haut fonctionnaire. Entrepreneur ? Pour un haut fonctionnaire ou un politique, l’entrepreneur, c’est celui qui prend d’énormes risques, sur sa seule intuition, et le risque c’est bien. Le risque c’est la vie. Il n’y a que lui qui pourra sauver l’Occident du déclin.

Et cela a un énorme intérêt. Cela cloue le bec de l’opposant. Plus besoin de justifier une décision, dîtes « entrepreneur ». Vous avez peur qu’une centrale pète ? Vous n’êtes pas un entrepreneur ! Vous craignez que le Grand Paris creuse le déficit de la France ? Vous n’êtes pas un entrepreneur !… 

(A bas le principe de précaution !, faut-il ajouter ? Par ailleurs, nouvelle illustration de moment thucydidien.)

Areva : panne de réacteur

Les malheurs d’Areva s’expliqueraient assez simplement. La société fonctionnait bien, et faisait de beaux bénéfices, mais sa dirigeante, appuyée par l’Etat (« champion national » ?), a voulu que la société fabrique des réacteurs nucléaires, ce qu’elle ne savait pas faire. 
C’est la gouvernance à la française qui est mise en cause, avec son dirigeant de droit divin et un Etat actionnaire, à la fois pousse au crime et incapable de tout contrôle. Pour ceux qui avaient encore des doutes sur les origines des nos dettes… 

Comment profiter de la destruction créatrice ?

Depuis la nuit des temps on nous dit que notre avenir est écrit. C’est ce que pensent beaucoup de religions, mais aussi Hegel et Marx, ou encore Google. Pour ma part, il est ce que la société veut qu’il soit, et les voies de la société sont impénétrables. Qui survit et qui périt dans ce processus ?
La société bouge sans cesse.  Peut-être que cela n’a pas toujours été le cas. Mais actuellement c’est la règle. Ceux qui n’anticipent pas le mouvement crèvent. En particulier les immobiles. AREVA pourrait montrer ce qu’il ne faut pas faire. Une façon d’interpréter son histoire est d’y voir un exemple de « marketing myopia ». Au lieu de se transformer avec le marché, AREVA a fait du sur place, et n’a pu lui proposer que ce qu’elle savait faire : de grosses centrales nucléaires. Il en serait de même si un constructeur automobile américain n’avait pas évolué depuis les années 60 : il voudrait nous vendre des « grandes américaines ». 
Quelle est l’antithèse d’AREVA (ou du moins de mon hypothèse) ? Steve Jobs ? J’ai l’impression que, à la fois il a été l’architecte d’un écosystème de compétences, et qu’il a su lire les tendances de la société. Dans ces conditions, en apparente contradiction avec ce que je dis plus haut, il s’est trouvé en situation d’influencer le cours des choses. 
(Un point qui mériterait un examen. En dépit de sa fortune, Steve Jobs n’a jamais cessé d’appartenir au peuple. Grosse différence avec les hauts fonctionnaires qui dirigent AREVA ? Caractéristique de ceux qui savent comprendre la société ? Et même des grands leaders politiques qui ont transformé leur pays ? De Napoléon à Mao, en passant par Staline, ils sont souvent venus d’en bas.)

Origine des malheurs d’AREVA

La semaine dernière, j’entendais parler d’une valse de dirigeants d’Areva. Du coup, j’ai cherché quelques articles sur la question. (Référence principale : un article de Challenges.)
L’entreprise a l’air dans de mauvais draps. Au bord de la faillite ? La gestion de Mme Lauvergeon serait critiquée. Deux choses me surprennent.
  1. Les chantiers finlandais et de Flamanville semblent totalement incontrôlés. Cela me rappelle mes débuts dans l’informatique : quand un projet dérape, c’est qu’il est aux mains d’un amateur…
  2. La perte de contrat des Emirats Arabes face à une entreprise « qui n’avait jamais construit de centrale ». C’est étrange : le nucléaire est supposé être dangereux, qui prendrait un tel risque ? Si Danone se mettait à construire des avions y monterions-nous ? (Il faut dire qu’à l’heure du marché roi tout le monde peut faire n’importe quoi.)
M.Varin, nouveau président d’Areva, parle de filiale de défaisance, afin de se débarrasser des projets compromis.
J’en suis arrivé à me demander s’il n’y avait pas un double phénomène en jeu. D’abord, une politique d’EPR qui ne correspond pas aux attentes d’un marché que l’on ne connaît pas. Deuxièmement, une organisation ressemblant à celle de l’Etat français. Autrement dit de grands seigneurs à l’esprit abstrait qui décident sans connaître la réalité du métier. Et des opérationnels qui essaient de se débrouiller, sans moyens et sans organisation, par leur capacité à l’exploit. Jusqu’ici, quand cela ne marchait pas, on demandait une rallonge à l’Etat. Mais, l’EPR était peut-être beaucoup trop complexe pour procéder de cette façon, et le client n’est plus un Etat aux poches profondes. A creuser.

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« VOA Markosian – Chernobyl02 » by VOA Photo / D. Markosian – D. Markosian: One Day in the Life of Chernobyl, VOA News, photo gallery.. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

Areva se restructure

Areva et Veolia changent de direction. Cela s’accompagne d’une restructuration brutale.Que faut-il en penser ?

  • Argumentation rationnelle : dans les deux cas, on dénonce une stratégie financièrement non durable (Areva dévoile son plan de réduction des coûts – LeMonde.fr) ; 
  • ou réitération de l’éternelle tactique du nouveau dirigeant : se faciliter la tâche en chargeant la mémoire de son prédécesseur ?
Compléments :

Sarkozy contre Atomic Anne

N.Sarkozy n’a pas perdu la main. Personne ne lui résiste. Anne Lauvergeon était coriace, pourtant. Elle avait trouvé une faille : les gens qu’il voulait lui substituer, tirés de son entourage, étaient peu reluisants. Mais, le président ne voulait pas placer un copain, mais éliminer Mme Lauvergeon ? Il lui suffisait pour cela de la remplacer par un homme d’Areva, qui n’avait, par conséquent, pas les défauts des précédents candidats ?
M.Sarkozy tient M.Ghosn, qu’il a sauvé d’un scandale, ses amis contrôlent FT, EDF, Veolia, Thalès…?Dirigisme gaullien ? M.Sarkozy commis voyageur de la France ? Sa popularité profite des contrats qu’il décroche ? Et ces grandes entreprises régulent l’emploi, comme après guerre ? C’est lorsqu’il est dos au mur que le champion fait preuve de génie ?
Compléments :
  • Au revoir to Atomic Anne
  • Risque ? Tuer l’innovation et « too big to fail » (Crédit Lyonnais et FT de Michel Bon) ? M.Sarkozy fait de la France une grande Islande ?

Nucléaire : Angela Merkel bluffe-t-elle ?

J’entendais hier la radio dire que la volonté de Mme Merkel de se débarrasser du nucléaire était « politique » (i.e. démagogique). C’est aussi ce que pense Mme Lauvergeon.
Effectivement, la fin de vie des centrales commence en 2022, il peut se passer beaucoup de choses entre-temps. Mme Merkel sera partie d’ici là.
Mais, la sortie du nucléaire peut être une formidable chance pour l’Allemagne. Il ne s’agit pas que de rendre rentable une production d’énergie renouvelable qui ne l’est pas, ou d’absorber le coût colossal du démantèlement des centrales,  mais surtout de réduire la consommation du pays. Si l’Allemagne résout les problèmes que cela pose, elle aura un marché énorme. Or, contrairement à beaucoup, son État n’est pas endetté et a les moyens d’investir…
Compléments :
  • Quant à Areva, pourrait-il jouer à la très rentable stratégie de Monsanto (Le triomphe des OGM) : détenir un monopole sur un marché dont personne ne veut ? Pour cela, contrairement, à Siemens, il ne faut probablement pas avoir d’autres métiers, qui pourraient souffrir de la fréquentation. 

Alliance Rolls Royce Areva

Areva s’allie à Rolls Royce. Malin ?

  • La capacité de production d’énergie anglaise est à reconstruire. Rolls Royce est probablement influent sur ce marché.
  • Rolls Royce produit les moteurs nucléaires des sous-marins anglais, savoir-faire capital pour saisir le marché, très prometteur ?, des petites centrales nucléaires. (Areva devient concurrent de DCNS.)
  • Rolls Royce paraît, vu de loin, plutôt être innovant (moteurs d’avion), et probablement commercialement un acteur habile de la globalisation (ce qui ne paraît pas être le cas d’Areva).
  • Comment vont s’entendre Anglais et Français ?
Y aurait-il une tendance de fond à un basculement de la France vers des alliances avec l’Angleterre, plutôt qu’avec l’Allemagne ? 

Anne Lauvergeon

La Tribune s’émerveille de la pugnacité d’Anne Lauvergeon. (Areva : les secrets de la longévité d’Anne Lauvergeon.)
Ce qui semble plus remarquable encore est la fragilité des amis de l’Elysée, proposés à son poste. Ils semblent tous avoir caché quelques cadavres dans des placards mal fermés.

Le nom de Marwan Lahoud, numéro deux d’EADS, est avancé ? En privé, Anne Lauvergeon rappelle qu’il est le frère d’Imad, impliqué dans l’affaire Clearstream, mais aussi de Walid, ex-salarié d’Areva, mis en examen pour tentative d’escroquerie en 2007.
Yazid Sabeg, patron de CS, proche de Sarkozy et de Proglio, est en bonne place sur la liste ? Libération consacre trois pages à Alexandre Djouhri, l’agent trouble du pouvoir, et à ses amis personnels Henri Proglio et Yazid Sabeg.