Curieusement, qui eut cru que je puisse avoir quoi que ce soit en commun avec un philosophe ?, je me demande si je ne me rapproche pas d’Hannah Arendt. En moins élitiste ?
Étiquette : Arendt
Sociologie contre philosophie ?
Il y a quelques temps j’ai entendu Bruno Karsenti dans La suite dans les idées de France Culture.
Le siècle des utopies ?
Je lis Thatcher and sons, les réformes thatchériennes en Angleterre, et relis l’étude sur le totalitarisme de Hannah Arendt. Parallèles imprévus. Et inquiétants.
La politique détournée par l’homme politique ?
L’autre jour, un ami sortait épuisé d’un échange de tweets avec un homme politique. Il en a conclu qu’en France, la politique c’est l’inefficacité. Il faut absolument l’éviter. Cela m’a rappelé Hannah Arendt.
Comment traduire changer en français ?
J’ai mis bien des années à me rendre compte que l’on me regardait de travers lorsque je parlais de changement. Pourquoi ? Parce que le monde ne comprend pas le changement comme moi. C’est ce que j’ai appris de mes élèves, et de quelques autres.
- Le changement est vu comme fatalement conflictuel. La raison du conflit est due à l’obscurantisme. Le changement c’est « éduquer », façon soviétique. Ou coacher (asile psychiatrique ?). Chez nous, il n’y a pas de place pour l’apprentissage collectif. Le Français sait. On est soit dans son camp, soit du petit bois dont on fait les bûchers.
- Le changement faisant nécessairement des perdants, ou cassant des usages obsolètes, il ne peut que produire un deuil, et des souffrances psychologiques.
- La libéralisation de la société européenne a été menée à la mode thatchérienne, c’est-à-dire en visant à liquider un « ennemi » (collectivités locales, universités, etc.).
- Certains dirigeants ont prôné « le changement pour le changement ». S’il produit un bénéfice à court terme, parce qu’il prend par surprise un groupe social (employés ou sous-traitants), ce procédé semble aussi détruire l’individu. Du moins c’est pour cela que les régimes totalitaires l’auraient utilisé, selon Hannah Arendt.
Hollande, guerre et gays
Changement permanent
Un cadre supérieur est dégradé suite à une réorganisation interne. J’ai du mal à comprendre son inquiétude : depuis plus de vingt ans, son entreprise se réorganise chaque année, les favoris se remplaçant comme dans un jeu de chaises musicales. Pourquoi ne se repose-t-il pas en attendant que son tour revienne ?
- Ce qui est fascinant dans ce phénomène est que des êtres humains puissent être prisonniers de ce jeu, et, donc, de la volonté d’une autre personne…
- ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.
Le pouvoir de la religion
Pour The Economist les gaffes du pape sont une conséquence de son éloignement du monde.
Qui se préoccupe de leurs conséquences ? Mais ça n’a pas été toujours le cas. L’église a eu jadis un pouvoir immense. Et ses dirigeants, qui ne devaient pas être plus au fait des réalités que les actuels, avaient le désir d’imposer leurs volontés.
C’est peut-être pour cela qu’elle a suscité la haine du monde anglo-saxon et des laïcs français et québécois, la peur des orthodoxes et une réforme à l’Europe centrale. Si la liberté c’est obéir à des lois impersonnelles (si possible librement consenties), l’arbitraire des hommes de l’Eglise a dû être difficile à supporter.
Complément :
- Ce qui se passe quand un homme impose ses idées à ses concitoyens : ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.
Sarkozy plus fort que de Gaulle ?
Un article du Monde (Le grand Meccano de Nicolas Sarkozy) explique que le Président de la République construit une organisation parallèle qui lui permet de contrôler gouvernement et opposition.
De Gaulle s’était donné un pouvoir qui n’était pas sans rappeler celui de Louis XIV, pourtant mai 68 l’a vaincu. Le Président Sarkozy peut-il mieux faire ?
Lui aussi semble s’inspirer de Louis XIV. Louis XIV constitue une garde rapprochée de roturiers fidèles (les intendants), qui lui permettent de contrôler de dangereux puissants (les nobles). Cette technique est reprise par la France révolutionnaire, et par l’Union soviétique : elles mettent à côté de chaque détenteur du pouvoir un représentant du peuple (c’est la mission de l’ex KGB). Nicolas Sarkozy posséderait un cabinet ministériel fantôme, à l’Élysée, qui contrôlerait le premier. L’UMP étant un autre système de contrôle.
Risque de dérive dictatoriale ? Des contre-pouvoirs se dessineraient (par exemple, le groupe UMP de l’assemblée). Mais surtout, le Président de la République veut réformer le monde. Or, c’est difficile de le faire quand on est un dictateur :
- Toutes les entreprises semblent suivre la route suivante. Dans un premier temps, le dirigeant y contrôle tout. Plus l’entreprise grossit, plus sa tâche devient difficile. Il a alors le choix entre arrêter de croitre, ce qu’il fait souvent, ou abandonner le pouvoir, ce qu’a fait Bill Gates.
- Le mode d’organisation qui vient alors : la bureaucratie. Mais, attention, dès que les membres de l’organisation ne voient plus le chemin suivi, ils s’inventent des objectifs qui leur sont propres, ils sanctifient le moyen, le rite, « le règlement, c’est le règlement » (« déplacement de but » du sociologue Merton). Le comble de l’inefficacité bureaucratique est le modèle totalitaire, qui exige régulièrement d’épurer les organes de contrôle (cf. modèle Hitlérien / Stalinien). Comme pour la PME, il conduit au repli peureux.
Il me semble donc que Nicolas Sarkozy va devoir inventer des techniques de conduite du changement qui sortent de ces modèles. Si on en juge par sa détermination, il devrait y réussir. Du moins si sa santé résiste au rythme qu’il s’est imposé.
Compléments :
- LACOUTURE, Jean, De Gaulle, Seuil, 1985.
- MERTON, Robert K., Social Theory and Social Structure, Free Press, 1968. Chapitre : Bureaucratic structure and personality.
- WALLACE, James, ERICKSON, James, Hard Drive: Bill Gates and the Making of the Microsoft Empire, Collins, 2005.
- TOCQUEVILLE (de), Alexis, L’Ancien régime et la Révolution, Flammarion, 1985.
- ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.
- Le principe du KGB et À la poursuite d’Octobre rouge : Sean Connery est un capitaine de sous-marin russe qui veut passer à l’ennemi ; un membre du KGB, caché dans l’équipage, cherche à l’en empêcher.
Attali ne fait pas boum
Je tombe sur une critique de Pierre Assouline (la République des livres – Une affaire d’assurances) d’une pièce de théâtre de Jacques Attali. Salle remplie d’hommes politiques : c’était l’endroit où se montrer. L’argument est bizarre. Au lendemain de la nuit de Cristal, le pouvoir nazi découvre que les victimes étaient assurées. Les assurances doivent-elles acquitter leurs engagements (ce qui sera ruineux) ? Le sens de l’ordre, de la rigueur et de l’éthique allemands aura le dernier mot.
Alors que l’on aurait pu attendre une réflexion sur la complexité insondable et effrayante de l’âme humaine, on a droit, semble-t-il, à une lourde caricature, bien appuyée, bien hurlante, bien scolaire, de l’ignoble nazi. Couronnée par une douteuse tentative de réécriture de l’histoire.
Cette critique m’a rappelé une réflexion que m’inspire régulièrement Jacques Attali. Il accumule énormément de connaissances, mais sans rien leur apporter. C’est l’anti effet de levier.
Exemple. La commission qu’il dirigeait il y a quelques temps a émis une liste interminable de recommandations. Par contraste Charles Wyplosz et Jacques Delpla n’avaient fait qu’une seule proposition : éliminer les privilèges français. Comment ? En les achetant.
Compléments :
- Sur Jacques Delpla et Charles Wyplosz : Jacques Delpla et la Commission Attali.
- Pour quelqu’un qui n’est pas tombé dans la caricature, en dépit de la charge émotive que représentait son sujet, et de la proximité des faits : ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.