Mimétisme

Claude Lévi-Strauss raconte que le chef d’une tribu qu’il étudiait s’était mis à l’imiter : il dessinait des lignes sur du papier et faisait semblant de les lire.

Cela m’a rappelé que je faisais de même quand j’étais tout petit, avant même d’entrer en maternelle. Ce qui m’amènerait peut-être à une autre interprétation que la sienne, qui, me semble-t-il, était que le chef y voyait un moyen de faire croire à son peuple qu’il « partageait les secrets du Blanc ». (Matinée de l’inactuel – Tristes tropiques 1977, France culture.)

Egalité

L’apprentissage a le vent en poupe. Et il réussit, et il fournit de bons emplois. M.Macron en fait un élément essentiel de son programme.

Seulement, il pose un problème. Celui de l’égalité.

Notre nation a éliminé son ascenseur social qu’était l’école républicaine. Elle a désormais une classe dirigeante qui se reproduit. Faute de renouvellement, cela ne peut que conduire à un abêtissement général.

Comment éviter le maintien du statu-quo ?

Begret

Brexit, désillusion ? J’entendais l’autre jour le dirigeant de la fédération des pêcheurs dire que les promesses du Brexit n’étaient pas tenues. (La prospérité des pêcheurs, qui devait en résulter, était un argument majeur en faveur du Brexit.)

L’Angleterre a-t-elle eu tort de se retirer de l’UE ?

Je ne le crois pas. Les Anglais ont peut-être perdu en PIB, mais ils ont gagné en sagesse. Quant à l’UE, elle n’avait aucun espoir d’exister, avec l’Angleterre en son sein.

BBC

Cette année fut l’année BBC. J’ai changé de téléphone. Le nouveau me permet maintenant d’écouter la radio sur Internet. (L’autre n’en avait plus la capacité.)

J’aime bien les émissions intello. Mais, mon fournisseur usuel, France Culture, manque de souffle. Qui trop embrasse mal étreint ? La BBC ne le remplace pas, mais m’a fait faire la découverte d’une drogue : ses feuilletons radiophoniques.

J’ai un penchant particulier pour les histoires criminelles. Et aussi pour les classiques anglais, que, bien souvent j’avais mal lus.

Vais-je comprendre ? Me suis-je demandé. Je n’ai jamais fait aucun effort pour apprendre l’anglais. Et ce en dépit d’un an en Angleterre, et d’une carrière passablement internationale. Eh bien, le phénomène est curieux. Je comprends, quand le sujet m’intéresse. En fait, je ne peux pas m’empêcher de comprendre… Ce qui m’a amené à une constatation inquiétante : il n’est pas loin d’en être de même pour le français.

Google joue aux échecs

Je voyais l’autre jour une image de cimetière. C’était celui des projets avortés de Google. Les erreurs de Google sont une sorte de marronnier. Regardez comme c’est bien de rater ! nous dit-on. 

L’enseignement français refuse l’échec. Alors, nous nous vengeons en disant que l’échec est bien ?

Seulement ce n’est pas ce que l’on observe. L’échec est propre à l’apprentissage. Si on sait l’interpréter, il mène au succès. Si Google peut nous servir d’exemple, c’est du méfait d’avoir trop d’argent. On le gaspille en échecs, sans rien en retirer ! L’échec, ce n’est pas le cimetière ! 

Post mortem

Montaigne dit que, s’il faut obéir aux rois, il faut les juger après leur mort. 

Je suis aussi un fan du « retex », du retour d’expérience. Je crois que nous aurions beaucoup à gagner, par exemple, à juger nos présidents et nos dirigeants d’entreprises. Pas pour les envoyer au bagne, mais pour apprendre de leurs erreurs. (C’est cela le « droit à l’erreur » ?)

Comme pour le CDD, qui prévoit un temps de recherche d’un nouvel emploi, on pourrait ajouter au mandat présidentiel, une durée forfaitaire, consacrée à une analyse à chaud de l’expérience qui vient d’être vécue. Par exemple. 

(Bénéfice supplémentaire ? Peut-être que, s’ils sont soucieux de leur gloire posthume, cela pourrait, en outre, influencer favorablement leur pratique du pouvoir ? Le cas de François Hollande, très soucieux du jugement de l’histoire, semble être un contre exemple.)

Faire respecter un contrat

Comment établir un contrat avec quelqu’un qui ne veut pas le respecter ? Voilà la question que pose un précédent billet concernant Boris Johnson. 

Il y a dans un célèbre livre chinois (Le roman des trois royaumes) une solution à ce problème. Un stratège, quasi mythique, veut pacifier une de ses frontières. Il part en guerre contre son voisin belliqueux, et lui inflige une cuisante défaite. Mais il le relâche. L’autre recommence. Nouvelle défaite, à nouveau relâché. Au bout de six ou sept batailles, le barbare se rend à la raison.

C’est un exemple d’apprentissage social. A envisager en ce qui concerne Boris Johnson ? 

Individualisme et raison

J’ai découvert la « raison » en lisant l’histoire des Lumières. En ces temps on rêvait à un monde de raison. Depuis elle est passée de mode. On ne sait même plus ce qu’elle signifie. 

Au fond, la raison marche bien. Ce blog constatait que ce qui se disait était idiot, et, effectivement, on s’en rend compte aujourd’hui. 

Malheureusement, la raison n’intéresse pas notre société. Depuis l’après guerre, on parle de post modernisme. L’intellectuel, qui aurait dû être la raison incarnée, a suivi les théories d’un certain Edouard Saïd, lui même inspiré par un certain Gramsci. Il fallait détourner la raison, pour conduire le changement. Ce qui a produit un phénomène curieux : la parole d’autorité est désormais celle du charlatan. 

En fait, la raison est peut-être le propre de l’Occident, individualiste. En effet, l’individu en suivant son intérêt, comme nos intellectuels, produit des désastres. Il a besoin d’un contre-poids que ne lui donne pas la pression sociale : la raison. 

Les Lumières constataient qu’une ère de raison, celle des Grecs, avait été suivie d’âges de ténèbres. Elles pensaient que, cette fois, la lumière nous éclairait définitivement. Malheureusement, elles n’avaient pas prévu de mécanisme raisonnable d’apprentissage de la raison. Et que l’apprentissage par défaut soit la crise, et, peut-être, les ténèbres… 

Facho Chirac

Facho Chirac. A force d’appeler tout le monde « facho », le terme a perdu sa signification, disait une émission de télé, vue par hasard. 

Crier au loup… 

Enseignement ? La démocratie, c’est la liberté, et la liberté permet l’irresponsabilité, ce qui détruit la démocratie. Pour être durable, la démocratie a besoin de mécanismes de rappel à l’ordre. 

Ceux-ci ne passent certainement pas par l’insulte, mais par la discussion. Et si lorsque l’on vous traite de « facho », on se demandait ce qui signifie ce terme ?

L'enseignant peut-il apprendre ?

Il y a des investissements qui servent peu. J’ai mis des années à maîtriser un rasoir mécanique, et à savoir nouer correctement une cravate. La raison en était que je n’avais personne pour me montrer comment faire. 

C’est fantastique à quel point on apprend vite en copiant. Or l’Education nationale nous dit tout le contraire. Elle croit, comme Platon, qu’il existe un monde des « idées », et que l’esprit bien né les discerne naturellement. 

Elle nous présente comme des évidences des résultats que des génies ont mis une vie à obtenir, eux-mêmes étant perchés sur les épaules d’autres génies.

Le plus surprenant, dans cette affaire, est que l’Education nationale soit incapable d’apprendre. Dans ma jeunesse, une mode de management parlait de « Learning organizations » (en France, on disait « organisation apprenante »). Eh bien, dans ce domaine, on n’a guère progressé.