iFrustration

Mon iPhone est une source de frustrations.

  • Je m’attendais à ce qu’il suive la logique du web. Il a la sienne. Je me suis adapté.
  • Ses caractères sont trop petits pour mes vieux yeux. Mais je me suis adapté.
  • Son écran est hypersensible. Comment éviter les erreurs de manipulations, lorsque l’on a les bras encombrés, et que l’on se presse vers un rendez-vous ? Il faut apprendre à ne pas toucher l’écran.
  • Et puis, les services qui dépendent d’Internet sont accessibles de manière aléatoire. Problème d’opérateur ? Les mails sont relevés tout aussi aléatoirement, et impossible d’en envoyer un. En outre, le contenu du message n’est pas toujours chargé. Incompatibilité d’humeur entre SFR et Google (je n’ai pas ces problèmes avec Gmail) ? J’apprends à utiliser le Wifi des cafés…
Bref, Steve Jobs n’était pas un homme de perfection, ou il a été trahi par les siens, qui ne se sont pas associés aux opérateurs que méritait Apple… Ce qui revient au même. 

Entreprise en crise : investissez

Si N.Sarkozy a quelque chose à nous enseigner, c’est que lorsqu’il est dans une mauvaise passe, il se débat furieusement.

Curieusement, les entreprises font l’exact inverse. En période de crise elles se contractent, en attendant que la tempête passe. Comme si elles étaient impuissantes. Leur comportement collectif produit un cercle vicieux.
Pourtant, ne serait-ce pas alors qu’il faudrait le plus investir pour chercher une sortie de secours ?

Par définition, les crises sont des moments de changement (de dégel selon l’expression de Kurt Lewin) où rien ne va plus : c’est là que les nouvelles règles de l’avenir se jouent. C’est à ce moment qu’il faut les saisir pour les orienter dans un sens favorable.

Au fond, c’est ce qu’à fait Apple : Internet avait bousculé l’équilibre contenant / contenu ; Apple a profité de la confusion pour imposer un nouveau modèle (contenant et contenu) et faire une fortune colossale (elle possède 100md$ en cash, de quoi couvrir une grosse partie du déficit grec…). 

Ce qu'Internet n'a pas changé

Hervé Kabla publie un feuilleton sur Ce qu’Internet a changé. Pour le provoquer, je vais développer une thèse différente. Rien n’a changé. Internet a été une innovation comme les autres…

  • Les phases d’innovation produisent un renouvellement rapide des entreprises dominantes, jusqu’à l’atteinte d’un équilibre caractérisé par des normes partagées. Cela n’a pas raté cette fois-ci. Les leaders solidement installés ont été malmenés (IBM, HP) ou éliminés (DEC, Kodak), les nouvelles apparitions ne sont souvent que des feux de paille (Compaq), ou vieillissent vite (Microsoft, Intel, Dell). Ce n’est pas fini. Rien ne va plus.
  • Parce qu’elles font disparaître les repères sur lesquels s’accroche la raison, les phases d’innovation sont systématiquement exploitées par la spéculation. Le phénomène (Bulle Internet) a probablement été d’autant plus remarquable que l’innovation s’est combinée à une sorte de millénarisme (la nouvelle économie). Le monde anglo-saxon et Nicolas Sarkozy ont cru que leur heure était venue. Non seulement l’ennemi soviétique était à terre, mais Internet éliminait les « coûts de transaction » qui justifient l’existence de l’entreprise. Il n’y aurait jamais plus de « big brother », l’individu pourrait vivre éternellement heureux, dans la main invisible du marché mondial. « Et Dieu créa l’Internet » a écrit un polytechnicien en lutte contre l’oppression de ceux de ses camarades qui dirigeaient les entreprises d’État.
  • Peut-être, le coup de génie de cette spéculation a été la fiction de la gratuité. C’est un thème ancien dans le folklore américain, puisque, déjà, les pionniers de la presse pensaient que l’avenir était au gratuit, financé par la publicité. Cette fiction a coulé l’industrie du contenu (cf. la musique), appauvri le consommateur (suréquipé), et enrichi les fournisseurs de contenant. Deux solutions ont été trouvées aux maux des créateurs de contenu : celle des gouvernements, qui veulent punir les consommateurs ; et celle d’Apple, qui a encapsulé le contenu dans le contenant.
  • Enfin, l’innovation, si elle ne fait pas l’objet d’une « mise en œuvre du changement » appropriée, nuit gravement à la santé de l’individu et de l’entreprise. En effet, elle tend à emprunter la pente de moindre résistance, c’est-à-dire leurs faiblesses, de même que l’agroalimentaire nous transforme en obèses en exploitant notre goût pour le sucre et les matières grasses. Or, notre grand moment de libéralisme était incompatible avec la moindre intervention. Internet semble effectivement avoir obéi au paradoxe de Solow : il n’a probablement pas été un facteur de productivité pour l’économie dans son ensemble. Au minimum, il se caractériserait par un grand bruit. Quant à l’individu, plusieurs études laissent penser que son cerveau aurait été recâblé par l’usage des « nouvelles technologies » pour le rapprocher de l’état de légume, qui sied au consommateur idéal. Mais il est probablement trop tôt pour se prononcer sur cette question.
Compléments :

Foxconn et les rapides changements de l’économie chinoise

La Chine se transformerait extrêmement rapidement. L’économie chinoise reposait jusque-là sur des entreprises gigantesques employant une main d’œuvre d’immigrés intérieurs travaillant beaucoup pour pas grand-chose, dans des conditions effroyables.

Pression internationale plus pénurie de volontaires font augmenter les salaires, arriver les robots et déplacer les entreprises vers les zones d’habitation. (Pressures Drive Change at China’s Electronics Giant Foxconn – NYTimes.com)

Les donneurs d’ordres occidentaux (Apple, Dell, etc.), qui emploient ces sous-traitants vont devoir augmenter leurs prix. Les consommateurs vont-ils en être contents ? se demande The New York Times.

Mais pourquoi augmenter les prix ? Apple, par exemple, a d’énormes marges, pourquoi ne pas les réduire ? Il peut aussi gagner en productivité. Et un concurrent chinois peut émerger. 

Pourquoi Apple n’emploie-t-il pas d’Américains ?

En ces temps de chômage, l’Amérique se demande ce qui lui est arrivé. Exemple caractéristique : Apple est monstrueusement rentable, n’ayant pas réellement de concurrents. Pourquoi emploie-t-elle aussi peu d’Américains ?
Apparemment pas uniquement pour une question d’argent. Les actionnaires de la société gagneraient juste un peu moins, mais ses profits n’en seraient qu’à peine affectés.
Ce serait pour des raisons de main d’œuvre. L’Amérique manque de qualifications intermédiaires. (Apple, America and a Squeezed Middle Class – NYTimes.com)
L’offre et la demande ne s’adapteraient-elles pas mécaniquement l’une à l’autre ? Ou est-ce parce que l’Amérique ne fabrique plus chez elle que sa main d’œuvre ne peut s’adapter à ses besoins ? 

Show me the money

On parle beaucoup de l’ascension d’Android en termes de parts de marché des smartphones (plus de la moitié des ventes de smartphones aux Etats-Unis fin 2011, soit deux fois plus que l’iOS d’Apple). Mais il semble -pour le moment- que Google en tire peu de profit.

Au sens propre : en termes de chiffre d’affaires issu des ventes d’applications, l’App Store d’Apple récupère de 85 à 90% de l’argent dépensé par les utilisateurs sur les plateformes mobiles.

Alors que 13,5% des applications pour iPhone sont payantes, seulement 1,3% des applications Android le sont. Et les utilisateurs d’iPhone sont moins nombreux mais dépensent beaucoup plus. Les développeurs ont donc plus intérêt à produire des applications pour iPhone et iPad.

Par un phénomène de myopie, pourrait croire que Google est parti pour devenir le Microsoft du mobile. Mais il devra encore livrer la bataille pour les utilisateurs à forte valeur ajoutée ! Et les développeurs. Pas simple d’enrayer un écosystème, visiblement vertueux, mis en place par l’innovateur (Apple en l’occurrence).

Intel contre ARM

Le marché des microprocesseurs est divisé entre le géant Intel et le nain ARM.
On ne peut pas imaginer deux modèles économiques plus dissemblables. Intel, qui emploie 100000 personnes, est totalement intégré. ARM, 2000 personnes, est au cœur d’une fédération d’entreprises. ARM conçoit les microprocesseurs et collecte de faibles droits sur la vente des produits qui utilisent ses plans.
Le plus intéressant n’est pas là. C’est à quel point imprévisible est l’avenir et idiots ceux qui croient tirer des bonnes pratiques de l’exemple de ceux qui réussissent (le fonds de commerce d’Harvard Business Review).
En effet, ARM a eu des débuts de looser. À son origine est Apple. Apple va mal, il joue sa vie sur le Newton, qui a besoin d’un processeur simplifié et qui consomme peu (architecture Risc). Le Newton fait flop. ARM poursuit sa vie peu glorieusement. Jusqu’au boom des smartphones. ARM domine maintenant ce marché. Et on découvre que son type d’architecture économe est bien adapté aux serveurs du cloud, mais aussi au colossal marché de « l’Internet des choses » (équiper de processeurs tout ce qui nous entoure et le relier par Internet).