Menace sur l'entreprise?

Apple envisage de donner cent milliards de dollars à ses actionnaires. Curieusement, on a peu parlé de cette nouvelle déjà ancienne. Pourtant, elle signifie à la fois qu’Apple est incapable de faire du neuf, et, surtout, un extraordinaire transfert d’argent, du consommateur à l’actionnaire. (Cela n’aurait-il pas fait beaucoup de bien à la France, si sa part des dividendes avait été injectée dans son économie ?)

Et si le marché était en fait une essoreuse du consommateur ? Et si son moteur était l’entreprise ? L’entreprise est incapable de créer. Elle n’est plus qu’un mécanisme de subvention du riche (ou actionnaire) par le pauvre (aussi appelé consommateur). Autre manifestation de ce phénomène : la croissance passée a été spéculative, elle n’existait pas.

De ce fait la grande entreprise court deux risques.

  1. Ne sachant utiliser l’argent qu’elle n’arrête pas d’accumuler, elle ne peut qu’être la cible des fonds d’investissement, qui menacent de la disloquer (Sony), ou font pression sur sa gestion (ils sont à l’origine de la décision d’Apple). 
  2. Bloquant la croissance mondiale, et n’assurant pas sa fonction de distribution de moyens de subsistance par le biais de l’emploi, elle pourrait être réformée par les Etats. 

Ce qui la protège peut-être d’une nationalisation est que, contrairement à ce qui s’est passé après la seconde guerre mondiale, il n’y a pas de reconstruction à mener, ni de boom scientifique à exploiter. L’Etat, qui ne sait qu’utiliser la planification, n’a pas de plan évident à mettre en œuvre. 

Le meilleur dirigeant du monde

L’Insead classe les dirigeants mondiaux selon leur performance au long cours. En tête : Steve Jobs. Dans les Français bien classés : Philippe Varin (maintenant dirigeant de PSA).

 C’est étrange. Philippe Varin n’inspire pas, actuellement, une admiration illimitée. Et lorsque j’étais à l’Insead, Steve Jobs était vu comme un raté. On donnait d’ailleurs en exemple son successeur (maintenant oublié). Cette étude est-elle bien scientifique ? Ne masque-t-elle pas une hypothèse qui pourrait être fausse ? à savoir que le dirigeant est seul responsable de la performance de son entreprise ? Qu’il est tout, et que nous, et le reste de l’univers, ne sommes rien ?

Sciences po infiltré, Mal américain, et indien, et création des espèces

Richard Descoings était en passe de transformer Sciences Po en plaque tournante de l’enseignement international. The Economist regrette que ses successeurs veuillent que l’école retrouve sa mission initiale. Alors, Richard Descoings, mieux que Philby ? Le centre névralgique du modèle français aux mains d’une taupe anglo-saxonne ? De la redoutable efficacité du soft power américain ? Mais, avant de réformer notre école ne serait-il pas judicieux de s’interroger sur le modèle qu’on lui a choisi ? Car  l’Université américaine va mal. Le coût de son enseignement a explosé, sa qualité a baissé, ses élèves, qui pour une part significative sortent sans diplôme, sont surendettés, parfois en faillite (pour plus de 30% d’entre eux, dans le cas de 200 universités). Il va falloir penser au gain de productivité. Cours en ligne, et achat à la carte, un module par ci, un autre par là.
Bataille entre Google, Amazon, Apple et Facebook. Chacun veut entrer sur le terrain de l’autre, et protéger son territoire. En fait, attention au régulateur. Mais toute l’Amérique n’est pas aussi combative. L’inventeur des drones, israélien, juge l’industrie américaine de la défense comme von Braun, en son temps. A savoir, des entreprises incompétentes, parasitées par l’intérêt personnel qui voit l’innovation comme un danger. A ce sujet, l’impression 3D va-t-elle être tuée par la peur de la copie ? Heureusement, les réformes de la santé d’Obama créeraient un appel d’air pour les start ups. (Une politique du durable ne pourrait-elle pas avoir le même effet ? me suis-je demandé.)
La France menace de nationaliser Florange, qui n’est pas rentable. Retour à l’ère Mitterrand ? Plutôt artifice de négociation. En tout cas, les grandes entreprises indiennes, conglomérats gigantesques et hétéroclites, vont mal. En particulier Mittal. Certes, elles ne sont pas poussées par le profit (« notre objectif est la construction d’une nation, l’emploi et l’acquisition de compétences »), mais leur manque de rentabilité ne peut que paralyser leur développement. Elles n’ont donc plus les moyens d’investir en Inde. Ce qui est mauvais pour le  pays.
Le FMI, à contre-emploi, aide le Grec enseveli sous les dettes. La banque d’Angleterre recrute son nouveau directeur dans ses colonies. En Egypte, la situation se tend. D’un côté des islamistes qui se donnent des pouvoirs dictatoriaux, de l’autre une coalition d’opposants bien plus décidés et puissants qu’on ne l’aurait attendu. En Syrie, l’opposition gagne du terrain. « Militairement, il y a eu de grands progrès (…) mais nous appréhendons tous ce qui viendra après ». Mais, qu’ils n’attendent pas de secours de M.Obama. Seule l’Amérique l’intéresse.
Comment recruter un dirigeant ? « Éviter les gens de l’extérieur, si les choses vont bien ». Sinon, le mieux est de recruter un ancien membre de la société qui a réussi ailleurs, ou, à défaut, d’acclimater un extérieur pendant quelques temps avant de lui donner le pouvoir.
Les virus seraient-ils à l’origine des espèces ? Certains d’entre eux s’insèrent dans des parties de l’ADN, négligées par la science jusqu’ici. Elles agiraient sur les caractéristiques de l’individu. 

Fédéralisation de l’Europe, instable Moyen-Orient, nébuleuse Chine et autres

Des nouvelles du monde. Mon interprétation de The Economist de cette semaine.
  • The Economist se réconcilie avec l’Europe. Elle fait preuve de bon sens : elle se dirige vers le fédéralisme. Les juges de la cour suprême allemande ne remettent pas en cause les accords européens du pays;  M.Draghi fait un nouveau tour de prestidigitation ; et les Hollandais ont élu un gouvernement stable, et écarté leur extrême droite. (Je m’interroge : amorce de reflux de l’extrême droite européenne ?) Par ailleurs, la découverte de ce qu’est une fédération se poursuit. Nouveau résultat : elle doit avoir un budget suffisant pour être un stabilisateur anticyclique. Le budget fédéral américain représente 24% du PIB des USA, pour la Suisse, ce chiffre serait de 12%. Il est de 1% en Europe… M.Moscovici aurait proposé que l’Europe se charge en partie de l’assurance chômage. (Un premier pas vers une uniformisation des systèmes de sécurité sociale, qui retirerait aux Etat la tentation de s’affronter sur ce terrain ?)
  • Quand au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Egypte, de la Lybie ou de la Palestine, sa situation est incertaine. Les extrémistes musulmans cherchent à en profiter pour happer le pouvoir. Mais ce que veulent les populations locales n’est pas plus d’Islam, mais moins de pauvreté. Il y a là un moyen pour l’Occident, et pour les USA, de se rendre utiles. (Ce qui explique que les dits islamistes cherchent tous les moyens pour monter les populations locales contre eux ?) Malheureusement, ces derniers tendent à se payer de mots.
  • La Chine est, décidément, impénétrable. Ses leaders politiques disparaissent mystérieusement, et les chiffres de son économie sont douteux. (Mais pourquoi leur appliquer les grilles de lectures occidentales ?)
  • Les aléas climatiques créent une pénurie mondiale de céréales. Elle est amplifiée par la production de biocarburants. Les pays cherchent à protéger leurs populations des fluctuations de prix. Ce protectionnisme a l’effet inverse de celui qui est souhaité. (Drame pour les populations urbaines pauvres.) Commentaire personnel : dangers du protectionnisme, ou démonstration que la vie des hommes ne peut pas être laissée au bon vouloir des marchés ?
  • La banque d’investissement serait au plus mal. En grande partie du fait des nouvelles réglementations. D’ailleurs la City aurait éliminé 100.000 personnes sur 354.000 (2007). Va-t-elle perdre sa place au centre du monde ? s’inquiète The Economist. La finance mondiale va-t-elle retrouver la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter ? se demande ce blog.
  • BAE et EADS vont-ils s’unir ? Pour EADS l’équation serait plus de stabilité = diversification dans la défense, le service et la maintenance + dilution des rôles des Etats. (Mais que serait-il sans les dits Etats ?) Début de concentration de l’industrie de la défense ? Que vont faire Thalès, Dassault et leurs confrères européens ?
  • Apple, est comme une bicyclette. Quand il n’avance pas, il tombe ? Est-ce ce qui lui arrive avec l’iPhone 5 ?
  • Et j’achève avec Bernard Arnault. Il a bâti sa fortune sur la France, sa culture, sa tradition et son image (et a tiré bien des profits des malheurs du Crédit Lyonnais, dit un ancien numéro du Canard Enchaîné). Mais à chaque arrivée de la gauche au pouvoir, il part à l’étranger. La dernière fois c’était aux USA. « Cette fois, au moins, M.Arnault a choisi un pays proche, et qui parle, en partie, français.« 
  • Mais, j’avais oublié un débat sur la circoncision. 1/3 des hommes seraient circoncis, dont 50% d’Américains. Difficile de trancher la question… Les scientifiques avancent des arguments pour ou contre. Quel impact sur l’enfant ? Et sur certaines sociétés, si l’on remet en cause cette coutume ? S’est-on posé cette question pour l’excision ? Car quid des droits de l’homme ?… 

Migrations climatiques et autres nouvelles

Quelques observations de la semaine :

  • Faut-il craindre les migrations climatiques, causées par le réchauffement et la montée des eaux ? se demande CLES (www.grenoble-em.com). Il y a de quoi. « 500 millions de personnes vivent à moins de 5 km des côtes ». Pire : les villes, cœurs économiques des pays menacés, sont situées sur leurs côtes. Elles sombreront en premier, entrainant leurs populations dans la famine. Mais peut-être que la solidarité internationale les sauvera de la misère ? Peut-être que « L’émergence de la question des « réfugiés climatiques » en dit finalement moins sur le monde que sur nous-mêmes – de notre obsession de la propriété du sol à notre crise identitaire. »
  • PSA a son rapport, Sartorius. Il laisse le sentiment que la famille Peugeot s’est nourrie sur la bête. C’est surprenant, les entreprises familiales sont supposées voir loin. Mais peut-être que la mode de l’enrichissement personnel, qui a gagné l’ensemble du monde, peut aussi toucher les familles ?
  • Apple annonce un nouvel iPhone. Apparemment, la principale nouveauté est qu’il est plus plat et plus grand que le précédent. Apple copie Samsung ? 
  • Et si la France exploitait son gaz de schiste ? Et si elle éliminait sa dette moins vite que prévu ?… entend-on dire. Je ne suis pas d’accord. Plus ça va, et plus je suis favorable à ce qui nous force à la vertu. Lepays a besoin de réformes structurelles, et il ne pourra y parvenir sans contraintes.
  • Mathématiques. Je découvre Cédric Villani. Normalien, médaille Fields, et nouvelle star people. Quand travaille-t-il ? Du méfait des médailles ? Je découvre aussi la conjecture abc, dans la mouvance du grand théorème de Fermat. Elle aurait été résolue en 500 pages par un chercheur japonais. Hier les mathématiciens créaient des disciplines entières, aujourd’hui ils passent leur vie à démontrer un seul résultat. Rendements décroissants ? Qui est en cause, les mathématiques, ou les mathématiciens ?
  • De l’intérêt des mémoires. Cette semaine, j’ai subi un certain nombre de soutenances de mémoires. Epreuve douloureuse. Ce qui ne m’empêche pas de trouver étonnant le principe du mémoire. D’une part, les élèves conduisent des études extrêmement fouillées sur les entreprises dans lesquelles ils sont employés. Ils en tirent une connaissance que peu de personnes doivent avoir. D’autre part, l’utilisation, forcée, qu’ils font des outils théoriques en montre la puissance d’analyse. Dommage que ces mémoires soient pris, par les entreprises, pour des exercices scolaires, gratuits.
  • Peut-être suis-je un idéaliste ? Je pense que les DRH doivent plus être « Humaines » que « Ressources ». Pour les encourager, je vais publier une série de billets sur le site de Focus RH. Le premier : Ressources humaines : quel rôle dans le changement ? Par Christophe Faurie

Copiez, n’innovez pas !

Les fortunes ne vont pas à l’innovation mais à la copie. Apple, par exemple, n’a rien inventé, il n’a fait qu’améliorer. Et les exemples sont légions. (Pretty profitable parrots)

D’ailleurs des gens comme Pasteur ou Fleming n’ont-ils pas été à l’origine de la médecine moderne ? Qu’est-ce que ça leur a fait gagner, en comparaison avec ce que les laboratoires pharmaceutiques en ont tiré ?
Et c’est vrai de tous les scientifiques : leur vie se résume souvent à la découverte d’une formule, qui est enseignée à des bambins même pas reconnaissants ! Et que dire des artistes ?
Voici un vice du capitalisme que n’avait pas vu Marx ? Ce qui motive l’inventeur est la reconnaissance (posthume !) de la société, pas l’argent. Le capitalisme fonctionne sur le principe de l’exploitation, qui, par définition, n’est pas durable ? 

Facebook et Google : l’impasse ?

Les usages se déplacent du PC vers le mobile. Or, pas facile d’y faire de la publicité. Les revenus de Facebook et de Google, entre autres, paraissent donc menacés.

La valorisation de Facebook semble de plus en plus le résultat d’un acte de foi ?

Compléments :
  • Apparemment le glissement de terrain serait tangible chez Google : The Mobile Paradox | TechCrunch (en provenance d’HBR)
  • Pour le moment, le seul modèle qui fonctionne est celui d’Apple ou d’Amazon : celui de distributeur de contenu.

Foxconn et Sharp

Foxconn, la société taïwanaise de sinistre réputation qui fabrique les produits d’Apple, achète une part de Sharp. The Economist se demande si elle ne cherche pas ainsi à acquérir un savoir-faire dans les écrans LCD, pour le jour où Apple voudra s’y intéresser. (Crystal vision)

Les Chinois achètent des sociétés japonaises ?  Étrange revirement du sort pour un Japon au nationalisme jadis expansionniste, et toujours férocement xénophobe : que lui arrive-t-il ?