Fin d’Apple ?

Une de mes idées reçues est que le dieu d’Apple est mort. Cette société ne vivait que par la créativité de Steve Jobs.

Biais de confirmation ?

Even before President Trump’s tariffs threatened to upend Apple’s manufacturing business in China, there were questions about the company’s inability to make good on new ideas, fueling angst among employees and customers.

The New York Times (@nytimes.com) 2025-04-11T16:38:31.312Z

Problème général ? Une grosse partie de la valeur de la Silicon Valley provient de supposés extraordinaires revenus à venir. Et si cet avenir se rapprochait et n’avait rien de ce que l’on espérait ?

Paradis artificiel

Dans ma jeunesse, on racontait l’histoire suivante : un dirigeant de l’URSS laisse à son successeur trois lettres. A ouvrir en cas de difficulté. La première dit : « blâmez mon prédécesseur ». La seconde, aussi. La troisième : « écrire trois lettres ».

Je me demande s’il n’en est pas de même avec l’entreprise. Mais avec, comme message : « parlez d’intelligence artificielle ».

C’est ce que me paraît avoir fait Apple. Les ventes de son téléphone ne sont pas brillantes. Alors, la société dit : achetez sa nouvelle version, elle est pleine d’intelligence artificielle. Elle n’est pas encore là, bien sûr, mais quand elle le sera, vous verrez ce que vous verrez !

Cela fait bien plus d’une décennie que l’IA est l’arme absolue de la levée de fonds. Mais, qu’on l’utilise désormais ainsi, dans une offre commerciale, signifie peut-être l’épuisement du miracle. Tim Cook va-t-il bientôt ouvrir la troisième enveloppe ?

Intelligence d'Android

Android partage la culture du PC : il n’est pas intelligent. 

Selon l’expression de ma mère, « ce n’est ni fait ni à faire ». Non seulement c’est laid, mais, contrairement à la logique d’Apple, il n’y a pas de cohérence. Rien n’est correctement fini. Même le français utilisé semble celui d’extra terrestres. Et l’on ne sait jamais bien à qui appartient l’application que l’on utilise et à quoi vont servir les données auxquelles elle demande accès. D’ailleurs, c’est le principe même d’Android : il est proposé gratuitement par Google pour servir ses intérêts. 

Curieux choix : d’un côté du pas cher, moche et dangereux, de l’autre (Apple), du beau et bien fait, mais un très mauvais rapport qualité prix. L’économie de marché produirait-elle nécessairement une société de classes ? 

La fin d'Apple ?

J’ai été un fan d’Apple. J’assimilais Apple à une marque de luxe. Mais, progressivement, j’ai compris que ce n’était pas le cas.

Apple a d’abord remplacé une application de géolocalisation qui marchait, par une autre, qui ne marche pas. Plus tard, la météo s’est arrêtée de faire des prévisions. Une à une les applications n’ont plus fonctionné. Maintenant, le calendrier du téléphone ne se coordonne plus avec celui de mon MacBook… J’ai débranché tout ce que j’ai pu de fonctions sophistiquées, pour conserver de la performance.

Des pratiques de mafieux ? Est-ce durable ?

(En regardant l’offre de téléphones, j’ai constaté que celle d’Apple avait un aspect ringard, par ailleurs. Or, selon moi, c’est l’esthétique qui a fait Apple.)

Obsolescence programmée

Hervé Kabla devrait écrire un « 7,6 milliards de consommateurs ». Ses essais de matériels sont toujours pertinents. Je lisais sur son blog, en particulier, que les Apple, alourdis par des changements de systèmes d’exploitation, devaient être changés tous les deux ans environ. A ce rythme là, l’ordinateur n’est pas loin de valoir le prix d’une voiture.

J’assimilais Apple aux produits de luxe. Le luxe est durable. Mais Apple ne l’est pas.

La justice italienne a condamné Apple pour ce type de pratique. Argument : lorsque le consommateur a chargé la nouvelle version du système d’exploitation, il n’était pas informé de ce à quoi il s’exposait. (Article.)

(J’ai aussi découvert qu’il existait HOP, une association, « Halte à l’Obsolescence Programmée ».)

Apple : début de la fin ?

La valorisation d’Apple atteint 1000 milliards de dollars. Tout cela parce que la société a augmenté énormément ses bénéfices, grâce à une énorme augmentation du prix de l’un de ses produits, l’iPhone,  qui est en passe de devenir son seul produit. Est-ce une situation saine ? Le marché est-il omniscient, comme le disaient mes professeurs de l’INSEAD ?

J’ai connu le temps où IBM était la plus grande et la plus admirée société mondiale. Pour augmenter ses bénéfices, un de ses dirigeants a décidé de mettre un terme à la politique de location de ses matériels. L’entreprise a d’abord gagné beaucoup d’argent, puis elle a connu la faillite.

Voyou

Apple bride ses vieux téléphones, dit Le Monde. Méthode de voyou ? L’année dernière, c’était l’automobile qui trafiquait ses moteurs. Et l’on ne compte plus les banques ou les laboratoires condamnés pour malversations. A quand les méthodes de la Mafia ?

Que l’on soit puissant ou misérable ? Apple s’en tirera avec une amende, mais ses dirigeants ne seront pas mis au ban de la société, comme des voyous, ce qui aurait été pourtant particulièrement efficace.

Puissante Asie, faible Occident ?

L’Asie, en tant que Région, a acquis une réelle compétence industrielle. Chaque pays y joue un rôle. La Chine, en particulier, possède un puissant tissu économique, avec une riche sous-traitance. Par ailleurs, elle a été gagnée par la mode des aéroports. Ou, plus exactement, des villes construites autour d’un aéroport. Ces aéroports ont immédiatement la taille d’Heathrow… M.Netanyahou va-t-il être réélu ? Pas totalement sûr. Curieuse personnalité : « ni ses alliés, ni ses ennemis ne croient tout à fait ce qu’il dit ». Mais « nous avons besoin d’un premier ministre qui soit un salaud » pense un conducteur de taxi. Marine Le Pen devient une rock star. Raison de son succès ? « « Quand ils se battent contre le FN » dit Mme Le Pen, avec jubilation, « nous nous battons pour les Français ». » En Russie le KGB et les Tchétchènes, les hommes de main de M.Poutine, s’affrontent. En Europe, il y a deux poids deux mesures. Pour la France, d’une part, et pour les petits pays, de l’autre. En Angleterre, la main d’œuvre est extraordinairement pauvre (et peu productive) : « des 15 membres initiaux de l’UE, seulement la Grèce et le Portugal ont des coûts horaires plus faibles (que l’Angleterre) ». Cela semble en partie dû à l’immigration : « un demi million d’immigrants de plus qu’en 2010 sont employés en Angleterre, ce qui représente à peu près un tiers de la croissance de l’emploi du pays ». Le président égyptien se bat contre les Islamistes et semble vouloir, et avoir le talent pour, s’impliquer dans les affaires africaines. Dans certaines villes américaines, le rôle de la police est de rançonner la population (noire ?) pour combler les trous budgétaires. Dans 30 ans, plus d’un quart de la population des USA sera hispanique. The Economist se réjouit de cet afflux de sang neuf. Cependant, il semble que la transition n’aille pas de soi. Ils sont considérés comme « non blancs » (du coup, les « blancs » seront bientôt en minorité) ; non seulement l’ascenseur social ne semble pas marcher, mais ce serait le contraire qui se passerait : il y a un risque de « sous-classe hispanique » ; et il y a un risque « d’affrontement avec les blancs âgés », car, demain les vieux seront blancs, mais pas les jeunes…
L’esclavage se porte toujours bien. Particulièrement en Inde. Les « supply chains » lui seraient favorables.
MOOCS. On leur trouve d’utiles usages, en appui des cours traditionnels, et aux mêmes prix qu’eux. Notamment pour aider les élèves en difficulté. Mais aussi, c’était prévisible, pour la formation continue, et, à distance. The Economist ne croit pas aux montres d’Apple. D’une manière générale, à moins d’une « killer app », ce type de gadget portable ne devrait avoir un intérêt que pour les entreprises. En revanche, les troubles internationaux poussent les nations à s’armer. C’est bon pour l’industrie de la défense. La carte de visite n’a pas été disruptée par Internet. Pour contrer les menaces de Google, les assureurs vont nous équiper, nous et nos maisons, de capteurs. Et nous surveiller de près. « Les assureurs sont occupés à se transformer en entreprises technologiques. »
La politique monétariste de la BCE fait s’envoler la bourse et s’effondrer l’euro. Les Américains commencent à souffrir. Les inégalités de salaire viendraient du nombre et de la taille grandissants des entreprises. 

Fin du bipartisme anglais ?

Le système politique anglais a été conçu pour être un affrontement entre deux partis. Il y a maintenant 6 partis importants en Angleterre, et les deux principaux sont de moins en moins représentatifs de la société. On se dirigerait vers une représentation proportionnelle.
M.Valls fait passer les lois Macron en force. La France, guidée par ses intérêts de consommatrice, est avec lui. Les Juifs européens vont-ils partir vers Israël ? Ca ne semble pas une tendance forte. S’ils le font ce ne sera pas pour des raisons de sécurité, mais pour pouvoir vivre « une vie ouvertement juive d’une façon qui est de moins en moins possible en Europe ». Le parti de Mme Merkel est faible dans les régions et les Etats. « Personne ne peut dire ce qui va arriver à son parti après son départ. » Début de négociation entre MM.Tsipras et Varoufakis et l’Europe. Ils sont parvenus à se mettre tout le monde à dos.
Pour ennuyer M.Obama, les Républicains pourraient ne pas voter le budget de la sécurité intérieure. En dépit des risques terroristes. Les Kurdes iraquiens semblent s’acheminer vers l’indépendance.
Apple et Google ont peu de chances de « disrupter » les constructeurs automobiles, qui sont beaucoup plus rapides et efficaces qu’eux. Ils feraient mieux de collaborer. Les drones sont réglementés aux USA. C’aurait pu être pire, mais ça gène les projets d’Amazon.
Déflation dans le monde. Raison : partout les travailleurs sont en position de faiblesse. Là où on embauche, le travail est flexible. En Europe, c’est le chômage. « Si ces tentatives échouent (des banques centrales), alors la satisfaction d’avoir une nourriture et une énergie bon marché sera de courte durée et les économies criblées de dettes se trouveront devoir utiliser les gains dus aux  baisses de prix pour tenir à distance leurs créditeurs ». Le prix du pétrole remonte. Mais c’est parce que les clients stockent. Cela ne peut pas durer. Les Saoudiens, qui veulent mettre au pas leurs concurrents, pourraient avoir le dernier mot. L’Egypte essaie de relancer son économie. Mais le pays est fort peu sûr. Les investisseurs son contraints pour trouver des rendements corrects de chercher des placements de plus en plus exotiques. Ils en sont aux marinas et aux stations d’essence. Les banques centrales pratiquent le taux d’intérêt négatif. Cela devrait inciter les banques à prêter. Mais ce n’est pas le cas. Cela fait, essentiellement, chuter les devises nationales. Du coup, l’Europe veut mettre en contact direct l’épargnant et l’entreprise qui a besoin d’argent. Cela semble passer par une uniformisation des normes européennes. 

Comment profiter de la destruction créatrice ?

Depuis la nuit des temps on nous dit que notre avenir est écrit. C’est ce que pensent beaucoup de religions, mais aussi Hegel et Marx, ou encore Google. Pour ma part, il est ce que la société veut qu’il soit, et les voies de la société sont impénétrables. Qui survit et qui périt dans ce processus ?
La société bouge sans cesse.  Peut-être que cela n’a pas toujours été le cas. Mais actuellement c’est la règle. Ceux qui n’anticipent pas le mouvement crèvent. En particulier les immobiles. AREVA pourrait montrer ce qu’il ne faut pas faire. Une façon d’interpréter son histoire est d’y voir un exemple de « marketing myopia ». Au lieu de se transformer avec le marché, AREVA a fait du sur place, et n’a pu lui proposer que ce qu’elle savait faire : de grosses centrales nucléaires. Il en serait de même si un constructeur automobile américain n’avait pas évolué depuis les années 60 : il voudrait nous vendre des « grandes américaines ». 
Quelle est l’antithèse d’AREVA (ou du moins de mon hypothèse) ? Steve Jobs ? J’ai l’impression que, à la fois il a été l’architecte d’un écosystème de compétences, et qu’il a su lire les tendances de la société. Dans ces conditions, en apparente contradiction avec ce que je dis plus haut, il s’est trouvé en situation d’influencer le cours des choses. 
(Un point qui mériterait un examen. En dépit de sa fortune, Steve Jobs n’a jamais cessé d’appartenir au peuple. Grosse différence avec les hauts fonctionnaires qui dirigent AREVA ? Caractéristique de ceux qui savent comprendre la société ? Et même des grands leaders politiques qui ont transformé leur pays ? De Napoléon à Mao, en passant par Staline, ils sont souvent venus d’en bas.)