Banane à retardement ?

« De 1972 à 1993, la chlordécone, un insecticide hautement toxique, a été épandu sur de nombreuses terres agricoles de la Martinique et de la Guadeloupe. Ce pesticide très persistant dans l’environnement est à l’origine d’un scandale environnemental et sanitaire et fait l’objet depuis 2006 d’une bataille judiciaire à l’issue incertaine. » (Emission de France Culture

Il est surprenant que l’on s’étonne que l’on puisse croire à la théorie du complot. Dans ce dossier, il n’y a que des questions. Pourquoi ce pesticide a-t-il été utilisé alors que des études avaient montré sa dangerosité ? Pourquoi le président Macron a-t-il reconnu, dans une envolée lyrique dont il est coutumier, la responsabilité de la France, sans qu’il n’en résulte rien, apparemment ? Et que fait-on des terres concernées ? 

Si je comprends bien, la réponse est : rien. La quasi totalité de la Gouadeloupe et de la Martinique est contaminée par une molécule qui ne se décompose pas, ou difficilement. Alors, on y fait pousser des plantes qui semblent peu l’absorber. Bref, la question est compliquée, or, pour le moment, rien de grave ne s’est produit ? Et je continue à manger des bananes des Antilles. 

Monde de sucre

La culture du sucre a été le moteur de l’économie et de l’Europe du 17ème au début du 19ème siècle.

à la fin du 17ème siècle, les revenus tirés d’une plantation de cane à sucre de 80 hectares, et de son usine, suffisait au train de vie d’un duc anglais. (…) un siècle plus tard le commerce avec la seule Jamaïque valait plus que tout le commerce avec l’Amérique du Nord.

C’est pour cela que la France a abandonné le Canada et que l’Angleterre ne s’est pas accrochée aux USA… (Sweet and rich)

Nous sommes écoutés

Mes billets sur les Antilles me font découvrir une société.

Je reçois un mail qui m’écrit :

L’institut d’études linkfluence, spécialisé dans l’analyse des conversations sur le web social, a mis en place depuis une semaine un observatoire de la crise antillaise visant à analyser les conversations au sein des communautés online de l’outremer et dans l’hexagone.

Nous rédigeons chaque jour sur notre blog une note analysant la teneur de ces conversations, que vous trouverez à cette adresse : http://linkfluence.net/fr/news/.

J’ai regardé rapidement ce qui m’était communiqué. D’après ce que j’ai compris, cette entreprise utilise une technologie qui lui permet de construire des graphes des échanges sur Internet : on y voit de jolies constellations stellaires – liens entre sites et tendance des sites. Il semblerait que l’on puisse en déduire les sites qui ont le plus d’influence, et, en analysant ce qu’on y trouve, en tirer un état de l’opinion (à condition que ce qui se dise sur Internet reflète l’opinion générale).

Indépendance des Antilles

Hier j’entends parler d’un sondage du Figaro : 51% des métropolitains veulent l’indépendance des Antilles.

Je crois reconnaître ici quelque chose de familier. Il y a quelques années l’état voulait vendre 1F la société Thomson. Elie Cohen avait fait la remarque suivante :

L’Etat est à l’origine de la situation financière très dégradée de Thomson et Thomson Multimédia invoquée pour justifier cette cession. Lorsque, dans les années quatre-vingt, Thomson a décidé d’acheter RCA General Electric aux Américains – on peut discuter ou pas ce choix -, le gouvernement de l’époque l’a approuvé mais il n’a pas donné les moyens à l’entreprise d’effectuer cette acquisition, affaiblissant a priori l’entreprise. Quand l’Etat dit aujourd’hui que l’entreprise est percluse de dettes, qu’elle ne vaut rien et qu’il faut la céder pour le franc symbolique, je rappelle que l’Etat n’a pas joué son rôle d’actionnaire. La recapitalisation proposée aujourd’hui pour la cession à Daewoo est d’autant plus scandaleuse que ce qui est accordé maintenant a été refusé pendant des années à Thomson.

Je veux rappeler également les conditions assez singulières du rachat de RCA, tenant là aussi à l’impécuniosité du groupe et au rôle de l’Etat. Thomson a cédé l’usage des brevets d’électronique grand public à General Electric jusqu’en 1998 contre le versement d’une somme fixe. Chose que chacun ignore, les dépenses de recherche-développement d’aujourd’hui ne sont pas couvertes par les produits des brevets d’hier, puisque Thomson n’a pas accès aux produits de ces brevets, déstabilisant encore plus la situation financière du groupe. Il est raisonnable d’espérer qu’à partir de 1998 Thomson retourne à une situation de rentabilité normale après recapitalisation. Céder l’entreprise à Daewoo est particulièrement absurde!

Et les Antilles ? De grandes ambitions, pas les moyens de les mener à bien (Histoire des Antilles), et maintenant on en veut à ceux qui en subissent les conséquences de leurs protestations ? Et l’Université française ? On lui reprochait son incompétence, on soupçonnait qu’il serait facile de tirer de sa fainéantise d’importants gains de productivité, et on découvre qu’il faut la recapitaliser, avant d’en attendre quoi que ce soit (Réforme de la recherche (suite)) ?

Toute la France n’est-elle pas là ? Une ambition démesurée, dont on n’a pas les moyens, une politique dysfonctionnelle qui met la nation dans une situation impossible, finalement des manifestations de mécontentement, et, la cause ayant sombré dans l’oubli, l’envie de punir le comportement inconvenant ? N’avons-nous pas élu notre président pour être l’arme de la vengeance divine, sans réaliser que nous étions tous coupables (et lui avec nous) ? 

Histoire des Antilles

Quatre siècles d’incompréhensions : les ressorts de la crise des Antilles.

Une surprise : lorsque la Révolution abolit l’esclavage, la Martinique demande l’asile politique à l’Angleterre. Le rétablissement de l’esclavage par le grand Napoléon met la Guadeloupe et Saint Domingue à feu et à sang. Saint Domingue devient Haïti et la Guadeloupe est reprise en main par les propriétaires martiniquais (Békés).

Puis les réformes finissent par arriver, mais, à chaque fois, on ne veut pas froisser les intérêts dominants. Si bien que le pays d’aujourd’hui reste extrêmement proche de son organisation coloniale : une minuscule classe possédante, une dépendance quasi-totale vis-à-vis de la métropole, une population que l’on désire humble et disciplinée.

Résultat : flambées de colère périodiques. Celle que nous vivons appartient à une longue série. 

Que se passe-t-il aux Antilles ?

Il semblerait que l’on s’y agite. La cause serait une réforme présidentielle :

On vivait depuis cinquante ans sous le paternalisme gaulliste. Nicolas Sarkozy n’est pas du tout dans cette démarche. Il est là pour appliquer une logique libérale, sans se soucier ni du haut ni du bas de la société. L’Etat providence est en train de s’écrouler sous nos yeux et la situation prend de revers la classe politique locale.

On espère aussi quelques économies ?

La loi de développement économique, présentée au Parlement à partir du 9 mars, devrait incarner cette orientation fondée, selon le chef de l’Etat, sur « un développement endogène, créateur de richesses pour tous ».

Les Antilles étant totalement dépendantes de la Métropole, soit ses habitants s’adaptent, soit ils crèvent. Enfin une réforme facile à mener.