Solidarité

Le philosophe Ben Ansell parlait de solidarité (Reith lectures, BBC.)

Je suis arrivé à des conclusions qui semblent proches des siennes. En particulier, la solidarité doit être préférée à la charité, un concept très anglo-saxon. La solidarité est la reconnaissance qu’il n’existe pas de sous-homme. Que nous partageons tous une même nature, « l’humanité ». Ce qui explique la notion de « crime contre l’humanité ». Je crois aussi que le moyen de la solidarité n’est pas le revenu minimum, mais le service public. Ce n’est pas parce que l’on est né à tel ou tel endroit, que l’on ne doit pouvoir faire que certaines études, par exemple. Il me semble aussi que le propre de la solidarité est d’être sans arrêt en mouvement, en réinvention. On ne doit pas pouvoir s’en libérer l’esprit comme on tend à le faire avec le revenu minimum, une fois pour toute. On doit avoir la solidarité sur la conscience.

Ben Ansell observait aussi un fait curieux : la solidarité demande la croissance. En effet, au moins actuellement, il me semble que pour donner il faut gagner de plus en plus (c’est le combat de l’association des interpreneurs). Vérité empirique.

Mais il y a croissance et croissance. Aujourd’hui ce que l’on appelle « valeur » semble le résultat d’une « aliénation ». La valeur est donnée à ce qui n’est pas bon pour nous. Un changement à réussir est, certainement, d’inverser cette tendance. Mais cela, ce n’était pas dit dans la leçon.

Sécurité

Nous, les Occidentaux, avons connu l’illusion de la sécurité. Mais ce n’est plus le cas. Le philosophe Ben Ansell traitait de cette question. (The Reith lectures, la BBC.)

A l’Aristote, il pense que le bon chemin est entre les extrêmes : dictature ou anarchie. Et ce bon chemin est celui de la confiance.

Et, effectivement, l’Occident semble s’être quelque-peu laissé sombrer ce dernier demi-siècle dans « l’anarchie », ce qui a provoqué une réaction dictatoriale.

Mais comment rétablir la confiance ? La « leçon » ne me semble pas contenir de recommandations très pratiques. Une idée : on a confiance en quelqu’un lorsque l’on partage ses valeurs.

Je crois aussi que la confiance est une question d’équipe. Pour qu’une équipe gagne, il lui faut un objectif commun, un objectif fort. Il lui faut aussi des règles internes, que chacun trouve « justes ».

C’est aussi une question de confiance en soi et d’engagement : chaque joueur doit savoir ce qui fait sa force unique, sur quoi il peut s’engager, en étant certain de tenir parole.

Démocratie

Le philosophe Ben Ansell envisageait l’avenir de la démocratie (The Reith Lectures, de la BBC).

En l’écoutant, j’ai pensé que le philosophe n’avait plus d’avantage concurrentiel. La massification de l’enseignement supérieur l’a fait sombrer dans le bon sens commun. Il ne peut plus guère essayer de nous impressionner que par ses diplômes. Mais de quoi sont-ils la garantie ?

En tous cas, j’ai retenu que, selon un certain nombre de mesures, on tendait à vivre mieux dans une démocratie qu’ailleurs. Certes. Mais j’aurais aussi aimé qu’il évoque la maladie de la démocratie, qui tend à voir émerger des « oligarchies » et qui produit une lutte des classes suicidaire.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’on rabaisse la démocratie à la simple capacité de voter. On croit que la bonne démocratie est une question de réglage : plus ou moins de proportionnelle ici ou là…

On ne perçoit pas la « complexité » (au sens d’Edgar Morin) du phénomène politique. Comme tout groupe humain, les politiques deviennent une société à part, avec leur « culture » (au sens anthropologique), un être. Il y a « déplacement de but », comme le disait le sociologue Merton, au sujet de la bureaucratie : la politique ne sert plus le peuple, elle est dirigée par des règles qui lui sont propres. La démocratie peut être l’illusion du choix, comme le disait Tocqueville.

En fin de compte, il n’y a que la crise qui ramène le politique à la réalité. C’est aussi pour cela qu’un régime dirigiste peut être plus démocratique que la démocratie : il a peur du peuple.

(En tous cas, il me semble que l’erreur de la démocratie est de croire que le politique c’est l’autre, la démocratie ne peut pas être purement représentative, c’est l’affaire de tous.)