NHS malade

Le gouvernement britannique promet « du sang et des larmes » à son peuple (en substance). Est-il mieux de le dire en début de mandat ou en situation de crise, comme en France ?

Il parle de s’attaquer au NHS, le système de santé anglais, dont le pays est si fier. Actuellement, il est dans un état inimaginable pour un Français. (Qu’il n’y ait pas de violente manifestation s’explique peut-être par la division des classes anglaises, qui fait que le peuple n’a pas les moyens de comprendre ce qui lui arrive ?)

Non seulement, les attentes sont interminables, si bien que, lorsqu’on en a les moyens, l’on va se faire soigner dans le secteur privé, ou à l’étranger, mais on entend dire que l’on y travaille peu, alors que les personnels font grève pour obtenir des augmentations de salaire ! (Une compensation pour les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent ?)

Et si l’on était en passe de revenir à l’ère de la planification ? Se demander ce que doit faire le NHS et comment organiser les moyens nécessaires pour remplir cette mission ?

Après tout, n’est-ce pas comme cela que fonctionne une entreprise ? Et ne nous a-t-on pas rebattu les oreilles de l’idée de construire l’administration sur le modèle de l’entreprise ? A moins que l’on n’ait retenu de l’entreprise que la logique de laisser-faire de l’économie de marché ? Le laisser-faire, c’est tellement plus séduisant que l’usine ?

Jeux interdits

L’Australie voudrait interdire l’accès des réseaux sociaux aux enfants ? Quel âge ? On parle de 13 ans, 16 ans…

Les informations du matin BBC4, le 12 septembre évoquaient la question et interrogeaient une personne favorable à cette mesure. Elle disait que les réseaux sociaux « volaient » notre enfance. Que les enfants avaient droit à une véritable enfance. C’était une question de droits de l’homme.

Formulation frappante. Cela mériterait débat public et réflexion sur l’enfance et ses droits.

Mais, aussi, inévitable retour de pendule ? Nous avons vécu un grand moment de libéralisme, il fut interdit d’interdire, et Internet était la victoire du libertaire. Tout cela devait conduire au meilleur des mondes. Mais la loi du marché est la loi de la jungle. Et ce n’est peut-être pas la contrainte qui est le problème, après tout ?

Fluctuante immigration

Hier, la BBC annonçait que le premier ministre anglais, de gauche, rendait visite à Mme Meloni. Il fait du « benchmarking ». Il compte s’inspirer de la politique qu’elle a adoptée vis-à-vis de l’immigration.

La même émission disait que l’Allemagne n’avait pas pris des mesures de contrôle de l’immigration du fait de la montée de partis extrêmes mais sous la pression populaire. Le fait que des crimes récents aient été commis par des immigrés n’a pas amélioré leur image. Le CDU de Mme Merkel fait de l’immigration le fer de lance de sa reconquête du pouvoir.

Avant-hier, Mme Meloni, descendante directe de Mussolini, était le diable. Et l’immigré un opprimé. Que les discours officiels changent en peu de temps !

Leonard et le mafieux

Histoire du vol d’un tableau de Léonard de Vinci à un duc, qui possède 1000km2 de territoire britannique. (The missing madonna, BBC.)

Pourquoi voler un tel tableau ? Apparemment, une logique de prise d’otage. Plus curieusement, ce serait une pratique de mafieux. Quand ils se font pincer ils négocieraient une remise de peine en échange de tableaux.

L’inventivité humaine est sans borne ?

Poésie

A quoi sert la poésie ? Une question qui se pose à moi sur le tard.

En écoutant The sun rising, de John Donne, j’émets la théorie du moment :

John Donne est un poète élisabéthain. Il me fait penser à une version anglaise de Ronsard. Avec tout ce que cela signifie en termes de décalage culturel. Dans The sun rising, il trouve une manière originale et élégante de dire qu’il n’y a rien de mieux que d’être dans les bras de sa compagne.

Première hypothèse. La société nous « lave le cerveau ». Elle fait de nous une machine. Métro, boulot, dodo. L’art nous rappelle la réalité.

Mais aussi, comme la poésie de Ronsard, celle de John Donne obéit à des règles extrêmement complexes. Mon interprétation : notre esprit a été rendu tellement paresseux, qu’il a besoin « d’en baver » pour retrouver la vigueur vitale.

L’art, l’hygiène de l’honnête homme ?

(Quant au commentaire de texte, il me semble une tentative d’étouffer la révolte dans l’oeuf. Alors que le poème est simple et lumineux, le commentaire l’ensevelit sous des masses de mots, et de préjugés – une réflexion que je me suis faite en écoutant les érudits anglais de la BBC, à qui je dois la découverte du poème dont il est question ici.)

IA et Gaza

Intelligence artificielle : la bulle spéculative est-elle sur le point d’éclater ?

Car, c’est une première : un média s’interroge. Et pas n’importe lequel : la BBC ! Ce matin elle critiquait l’Intelligence artificielle.

En effet, un avocat anglais basé à Jérusalem aurait fait étudier par l’IA le traitement du conflit de Gaza par la BBC et aurait conclu à un énorme biais à l’encontre d’Israël. Réponse de la BBC : l’usage de l’IA n’est pas pertinent dans ce cas.

Fluctuante immigration

L’autre jour, un « petit bateau » de plus avait fait naufrage, dans la Manche. Le gouvernement travailliste anglais s’en prenait aux trafiquants d’êtres humains.

Il serait intéressant d’étudier l’évolution de ce qui est dit de l’immigration, au moins par la radio. Jadis, il était mal de condamner l’immigration, maintenant il est bien de condamner ce qui lui permet d’exister…

Ce n’est pas la girouette qui change… ?

Maze

Gouvernement de Madame Thatcher. 40 prisonniers républicains irlandais s’évadent du Maze (le labyrinthe), une geôle britannique réputée (comme tout ce qui est britannique) la plus sûre d’Europe. La BBC consacrait une enquête à cette affaire inconnue chez nous.

Comme souvent, qui veut faire l’ange fait la bête. Un secrétaire d’Etat décide d’appliquer au Maze les règles générales : les prisonniers ne sont plus confinés, ils peuvent avoir un emploi. Du coup, ils reconnaissent les lieux, et organisent leur évasion. En outre, ils savent qu’ils peuvent tuer : étant condamnés à perpétuité, ils ne risquent rien.

Mais comme souvent, c’est ce qui s’est passé après l’évasion qui est curieux. Car les enquêtes et la justice ont systématiquement dégagé la responsabilité des hommes politiques et des fugitifs. Les gardiens étaient coupables ! Les Hollandais, pour leur part, arrêtent deux évadés. Seulement, ils jugent que ce sont des prisonniers politiques. Ils ne les extraderont que si l’Angleterre leur accorde ce statut, ce qui les exempte de multiples chefs d’accusation. (Et sous entend que, si vous avez une raison « politique », vous pouvez tuer.) Si bien que les « unionistes » décident de se faire justice, en assassinant quelques républicains qui ont fait l’objet d’un traitement de faveur de la justice.

Mais, heureusement, il y a des moments où les peuples font preuve de bon sens. Les Irlandais du nord ont décidé de se réconcilier. Ils ont vidé leurs prisons.

Cette histoire pose la question de la justice. Quelle est la véritable fonction de ce que l’on nomme « justice » ? Qu’est-ce que c’est que la véritable justice ?

Exam nation

Parle-t-on de la France ? me suis-je demandé en découvrant cette émission de la BBC.

C’est bien un sujet britannique. Le système éducatif anglais est une machine à cocher des cases. Son seul objet est la préparation à l’examen. L’examen trie le bon grain de l’ivraie. Comme en France.

Au moins, ne prétend-il pas, comme en France, s’appeler « éducation ».

Je retiens deux idées qui donnent peut-être un moyen de le sauver du naufrage. Tout d’abord, l’éducation est une question de conditionnement. Aujourd’hui, on nous apprend le « chacun pour soi ». Et pourquoi pas demander à un groupe à faire une oeuvre collective ? Tout le programme pédagogique serait ensuite construit sur l’expérience acquise ? (Ce qui existe déjà.)

La seconde idée est peut-être plus inattendue. L’auteur de l’émission enseigne Paradise Lost à des enfants de 13 ans. Je n’ai rien trouvé de comparable en français. La langue est incompréhensible par l’inculte moderne et le sujet a sombré dans le ridicule. Alors ? Tout l’intérêt est justement là. Pourquoi quelqu’un d’intelligent peut-il écrire des choses pareilles ? Qu’a-t-on bien pu apprécier ? Et si notre pensée, aussi, était susceptible de paraître risible à nos descendants ? Art de la critique, donc de la raison, aurait-on peut-être dit, jadis.

Droit à l’information

Je me demande s’il n’y a pas un biais systémique dans la pensée de l’intellectuel.

C’est l’émission Strike de la BBC, qui m’a fait me poser cette question. En effet, elle consacre un long reportage à une provocation orchestrée par le gouvernement britannique à l’endroit des mineurs. On en tire naturellement le sentiment que le dit gouvernement est indigne.

Seulement, d’une part, la BBC n’interroge pas tous les protagonistes, et surtout ne leur donne pas le même temps de parole, et, d’autre part, elle détache ce fait de son contexte, qui est celui d’une véritable guerre idéologique qui dure depuis des années, et lors de laquelle les syndicats de mineurs ne se sont pas privés de donner des coups bas. Et outre, l’avenir n’était plus au charbon, ce qui aurait mérité un minimum de considération.

Un autre exemple est celui de l’Angleterre d’après première guerre. Elle s’est indignée que des enfants meurent en Allemagne et n’a accordé aucun intérêt au sort de la France, qui avait été dévastée par la guerre, et qui craignait d’être victime d’un nouveau conflit. Ce qui a été le cas.