Génération dette ?

La dette publique mondiale est très élevée. Elle devrait dépasser 100 000 milliards de dollars, soit 93 % du produit intérieur brut mondial, d’ici à la fin de cette année, pour s’approcher de 100 % du PIB d’ici à 2030. Cela représente 10 points de pourcentage du PIB de plus qu’en 2019, c’est-à-dire avant la pandémie.

FMI 15 octobre

La dette des Etats est la grande affaire du moment. Il n’y a pas que la France qui soit concernée. Pas loin de nous, les Anglais cherchent à faire 40md de livres d’économie. Ils ne sont pas les seuls.

Que nous est-il arrivé ? Une hypothèse, inspirée par l’expérience de l’entreprise : nos gouvernements ont investi dans des projets qui n’ont pas donné ce qu’ils attendaient d’eux.

En tous cas, nous nous trouvons devant une question nouvelle : l’Etat est désormais privé de son outil d’intervention favori : la dépense publique. Comment relancer le pays sans elle ?

Voici un « challenge » que nous laissons à nos enfants ? Une preuve de confiance en leur talent ?

The siege

On a oublié la prise d’otage de l’ambassade d’Iran à Londres. La BBC la racontait : The siege.

Elle la faisait vivre de l’intérieur. Une minorité religieuse est opprimée par l’Iran. Elle est manipulée par l’Irak. 6 jeunes amateurs sont formés par Abou Nidal (en ces temps, les Palestiniens étaient du côté irakien ?) et envoyés prendre des otages à Londres. Ils sont tellement mal préparés qu’ils ne se rendent pas compte qu’un agent de sécurité a conservé une arme sur lui. Ils sont perdus. Ils relâchent des otages sans contrepartie, ce qui permet aux assiégeants de savoir ce qui se passe dans l’ambassade. Finalement, les SAS (les troupes d’intervention des services secrets dont jusqu’ici l’Angleterre niait l’existence) interviennent et liquident les terroristes. (Sauf un, un innocent, protégé par les otages.) Triomphe de Madame Thatcher.

L’histoire n’est que bruit et fureur ?

Au secours Winston ?

How will the UK government pay for much-needed infrastructure upgrades?
High energy bills and a troubled water sector trigger debate about which private finance schemes provide value for taxpayers

Financial Times du 13 octobre

L’Angleterre est dans le même état que la France. Elle se réveille avec la gueule de bois d’années de gloire. Plus rien n’y fonctionne et pourtant elle est criblée de dettes. Elle n’a pas les moyens des réparations dont a besoin en urgence le pays.

Mais qu’est-ce qui a bien pu lui arriver ? Pourtant la rhétorique de ses dirigeants fut magnifique. Comment, avec d’aussi indiscutables raisonnements, en arriver à une si pitoyable situation ?

Et si l’on se penchait sur notre passé ? Un peuple qui ignore son passé se condamne à le revivre, nous répète-t-on ces derniers temps. Décidément Winston Churchill avait le sens de la formule ! Faisons ce que nous disons ?

(Citation en VO : “Those that fail to learn from history are doomed to repeat it.” Winston Churchill.)

Art et vie

L’autre jour j’entends parler de l’Oulipo. Création littéraire par la contrainte. Drôle d’idée, car le poème classique n’est que contrainte : quoi de neuf ? Et d’ailleurs, qu’est-ce que l’Oulipo a bien pu donner à la France ? Pour moi il avait été sans lendemain. Il avait été créé par quelques fantaisistes à l’esprit mathématique. Il avait donné quelques blagues de potache. Fin. Mais j’ai appris qu’il s’était survécu. D’ailleurs, il a produit Les papous dans la tête de France culture, que j’ai longtemps écoutés. Un moment de calme, sans plus, mais c’est si rare aujourd’hui, que ça n’a pas de prix. (Ce qui lui a certainement valu d’être liquidé par France Culture.)

Pourquoi la poésie n’est-elle plus rien en France et existe-t-elle en Angleterre ? Je soupçonne que la différence tient à ce que l’art, dans les pays anglo-saxons, parle de la vie. Le poète parle de lui. Shakespeare parle des passions humaines. De bruit et de fureur. La France, en quelque sorte, a toujours fait de l’art pour l’art. Du noble, du grand sentiment, du décorum pour la galerie et l’histoire. L’abstraction a fini par vider l’art de sa substance, qui est humaine. L’Oulipo en est l’exemple.

MI6

Je deviens un spécialiste des services secrets. Après la CIA, MI6. (MI6: a century in the shadows, BBC, 2009)

Anti James Bond ! MI6 a réussi deux faits d’armes : l’agent modèle Kim Philby et la guerre d’Irak. Pendant des années, il a été infiltré par le KGB, et, du même coup, il a contaminé la CIA, plus tard, il a fourni des informations erronées à Tony Blair. Et il a été pris par surprise par la chute du mur de Berlin.

Surtout ? L’agent de renseignement ne s’introduit pas chez l’ennemi, lors d’opérations risquées, il recrute des informateurs. Le mécontentement suscité par le régime soviétique a rendu à MI6 et la CIA un fier service. (De même que la guerre de 40, lors de laquelle les peuples occupés fournissaient un grand nombre d’informateurs.)

A quoi servent les services secrets ? Malgré tout, ils donnent quelques informations. Et elles évitent aux gouvernements de graves erreurs. Notamment, elles ont fait comprendre aux Occidentaux que les Soviétiques craignaient une frappe atomique. Ce qui a conduit M.Reagan à modérer ses propos.

(PS. Le régime chinois, lisais-je, fait des mécontents, ce qui permet à la CIA de recruter des agents de renseignement.)

Héritage anglais

En écoutant la BBC, on découvre à quel point l’héritage joue un rôle important dans la constitution de la société anglaise.

L’héritage est le principal motif de crime, dans tout bon roman policier. C’est aussi souvent l’argument principal du roman en général, au 18 ou au 19ème siècle, et parfois au 20ème.

En ce qui concerne la noblesse ou la classe aisée, le fils aîné héritait de tout. Lorsque l’héritier en titre mourait, sa fortune allait à un autre mâle. S’il n’avait pas eu de fils, sa famille était, quasiment, à la rue. Contrairement à la France, tout ce qui comptait était le titre, les « quartiers de noblesse » n’avaient aucun intérêt. Ce qui permettait de faire entrer régulièrement du sang neuf dans la famille. D’ailleurs le succès financier, bien ou mal acquis, était récompensé par un titre. L’héritage changeait les vies. C’est un héritage qui a transformé Byron de misérable en poète fêté par la haute société, par exemple. Tant que le tenant du titre était en vie, il était courant que le fils de famille vive dans la précarité, d’autant qu’il avait des goûts de riche, et souhaite la mort de son géniteur.

C’est ce qui a permis à la noblesse anglaise de continuer à conserver ses richesses et à tenir le haut du pavé, alors que la nôtre a dégénéré.

Worse than murder

Drôle d’histoire, inconnue en France. Années 60, premiers temps des tabloïdes anglais. Deux criminels amateurs veulent enlever la femme de Rupert Murdoch, magnat de la presse. Ils se trompent et kidnappent l’épouse de son principal collaborateur.

En Angleterre, le kidnapping est une nouveauté. La confusion est immédiate et totale. Le mari informe la presse (à scandale), la police fait bourde sur bourde. Mais, on finit par coincer les coupables. Deux pauvres types. Ils sont incriminés par le papier qu’ils ont utilisé pour communiquer avec la famille de la victime. Seulement, entre-temps, celle-ci est décédée. On ne retrouvera jamais son corps. Il y aura condamnation, tout de même.

(Une histoire de la BBC.)

Un des coupables, âgé, prétend donner le lieu de la sépulture. On ne trouve rien. Quelle était sa motivation ? Mais cette affaire était-elle raisonnable ?

Elle semble avoir fait la fortune du Sun, que dirigeait le mari de la victime. Elle paraît même l’avoir lancé. Mais, il est possible que l’intérêt du journaliste ait handicapé la police, ce qui aurait été fatal à sa femme, à laquelle il semblait très attaché. Et peut-être, donc, à lui.

Qui a vécu par le glaive… ?

Stonehenge

Stonhenge peut-il avoir été conçu par quelque-chose d’autre qu’un âge des ténèbres ? me disais-je.

Une fois de plus, j’ai tort. La société de l’époque était pacifiquement agricole, et l’on commerçait à grande échelle : une de ses, énormes, dalles a traversé 800km.

J’écoute de temps en temps Falco, une série de la BBC dont le héros est un détective romain. L’auteur a adopté le même parti-pris qu’Uderzo et Gosciny : en dehors de quelques détails exotiques et piquants, le société de l’époque ressemble à la nôtre.

Et si nous changions beaucoup moins que nous le pensons ?

George Soros

Au temps de la gloire de George Soros, il fallait cent fois moins de milliards que maintenant pour être un des hommes les plus riches du monde. Heureuse époque ?

Sa spécialité était de « parier contre ». C’est ainsi qu’il a gagné son premier milliard en jouant contre la livre anglaise. Elle cherchait alors à se maintenir dans le serpent monétaire, étape de préparation à l’entrée dans l’euro. Il fit mordre la poussière à une nation, jadis maîtresse du monde. Et si George Soros avait rendu possible le Brexit ?

Il dit aussi qu’il a fait tomber les gouvernements communistes.

Curieux homme. Il a mis ses talents financiers au service d’une philosophie (celle de Karl Popper), et il fut un des plus généreux donateurs qui soient.

(Idées venues de Good, bad billionaire, de la BBC)

Immigration réelle

Je me demandais comment il se faisait que les Britanniques recrutent autant d’immigrés (leur population augmente, de ce fait, de un pour cent par an). Affaires étrangères de France culture me répond : Boris Johnson. Il a conditionné l’acceptation de l’immigré de l’empire britannique à son niveau de qualification professionnelle. Niveau inexistant.

Apparemment les gouvernements européens, à commencer par l’italien, font la même chose. D’un côté, ils se disent férocement anti-immigration, de l’autre ils font appel en masse à l’immigration. Pourquoi ? Parce qu’elle est demandée par le patronat. Si bien que l’immigration est devenue économique. La victime de persécution est indésirable. L’envers de l’esprit européen.

Nouvel exemple d’énantiodromie ? Alors que l’on nous a rebattu les oreilles de la mission humanitaire de l’Europe, elle fait en pratique désormais l’exact inverse ! Et les militants de cette noble cause ? Ils sont inaudibles.

Raison de ce triste état de fait ? L’injonction paradoxale d’une organisation du travail qui n’est pas conçue pour l’homme, mais pour la machine, et à défaut pour la bête de somme et d’une ligne politique uniformémement partagée, qui affirme que la bête de somme est une vache sacrée ?

(Par ailleurs, l’immigration n’est pas une solution durable : l’immigré a pour vocation de subir le même sort que le natif. Si bien qu’il faudra toujours plus d’immigrés pour nourrir une population qui n’a plus envie de travailler.)