Compassion

De temps en temps, la BBC fait état des sévices qui ont été subis par les victimes du Hamas. Commentaire embarrassé.

Qu’en dire ? semble penser la BBC. Cela ressemble à ce que d’ordinaire on nomme « crime contre l’humanité ». (D’autant que les dits terroristes ne pouvaient qu’avoir pour projet de faire massacrer leur propre peuple, afin de profiter de l’indignation mondiale.) Seulement, ce n’est pas la « ligne du parti ».

Curieusement, la même chose s’est produite après la première guerre mondiale. La France de Clémenceau qui avait été détruite par la guerre demandait à ce que l’Allemagne ne puisse plus recommencer ses exactions. Les tergiversations qui en résultaient avaient provoqué une famine en Allemagne. La haute société anglo-saxonne, Keynes en tête, avait pris fait et cause pour l’Allemagne.

Enseignement ? La particularité de l’être humain est probablement de ne plus avoir d’instinct, comme le dit Maslow. Il n’est plus que mécanique sociale ?

Empire du thé

L’Angleterre aurait-elle été « l’empire du thé » ? se demandait une émission de la BBC.

Effectivement, le thé a joué un grand rôle dans son histoire, et dans celle du monde. Le thé représentait 60% des revenus de The East India Company, qui était un véritable Etat dans l’Etat, avec sa propre armée. Et qui est, peut-être bien, le modèle original de la multinationale (armée comprise). Initialement, elle achetait son thé en Chine. Mais la Chine méprisait l’Occident et ses productions, et ne voulait, en échange, que du métal argent. Alors, la compagnie a trouvé une faille : le Chinois aimait l’opium. Elle l’a exporté illégalement en Chine, de ses colonies indiennes. Quand les Chinois ont protesté, l’Angleterre leur a déclaré la guerre. Ce qui aurait peut-être bien été le coup d’envoi de la guerre d’indépendance américaine : les Américains n’ont pas voulu être ravalés au rang de Chinois. Paradoxalement, les Anglais ont fini par comprendre qu’ils pouvaient cultiver le thé dans leur empire.

Le thé a aussi joué un rôle important dans la révolution industrielle. Avec du lait et du sucre, c’était la nourriture du pauvre. Pas sain du tout, mais cela faisait illusion. Si bien qu’avant guerre, l’Angleterre s’est assurée que ses circuits d’approvisionnement en thé seraient « résilients ».

Les autres empires coloniaux, qui ne pouvaient pas cultiver le thé, ont cherché d’autres excitants.

Aujourd’hui, l’Angleterre consomme beaucoup moins de thé que par le passé. Elle a été colonisée ?

East India Company

La Compagnie des Indes serait la première des multinationales mondiales.

Son modèle économique ? La guerre. On décrit généralement le 17ème siècle européen comme une période de chaos, de guerres incessantes, de malheur. Eh bien, on n’a pas compris que cela avait donné un avantage à l’Europe. Son armement et ses tactiques militaires étaient extraordinairement efficaces. La Compagnie des Indes a « marketé » cette innovation. Elle a compris qu’avec une poignée d’hommes (recrutés sur place !), elle pouvait conquérir des continents, et les réduire en esclavage. A la fin de son histoire, elle employait 250.000 soldats, deux fois plus que l’Angleterre.

Elle a aussi étrenné le « too big to fail ». Elle était devenue tellement importante pour la Grande Bretagne que celle-ci devait la sauver quand elle était en difficulté.

(C’est, en outre, l’ancêtre des réseaux mafieux : elle a transformé la Chine en une nation de drogués. Il est d’ailleurs difficile de faire la distinction entre les valeurs du mafieux et celles du businessman.)

Venu d’une émission de la BBC, au curieux titre : The Anarchy.

Intérêt général

La BBC se demandait pourquoi autant de politiciens anglais parlent de « national interest ». (Analysis, BBC 4.)

Je pense que le Français emploierait plutôt « intérêt général ». Ce qui, pour une fois, est plus habile. Car le royaume uni est fait de quatre nations. L’intérêt de l’une n’est pas toujours celui de l’autre.

En tous cas, l’intérêt général s’oppose à l’intérêt personnel. Le succès actuel du premier tient peut-être à ce que même en un temps libéral, il n’est pas bon de parler du premier. Ensuite, l’intérêt général est une question de long terme, par opposition à court terme. Et l’intérêt général pourrait aussi opposer ce qui est à l’utopie. Une idée utile. Car on est tenté de critiquer les partis politiques, par exemple, alors que sans eux, il n’y a pas de démocratie. L’intérêt général n’est pas compatible avec la révolution ?

Mais qu’est-ce que l’intérêt général ? J’ai eu une curieuse idée. Elle vient d’un croisement entre les idées de Kurt Lewin et de Chester Barnard. Et si, pour le déterminer, il fallait écouter la population et tirer des ses idées un projet qui ne sombre pas dans la facilité de ce que l’on nomme « populisme », mais qui l’enthousiasme ? Une sorte d’oeuvre d’art qui tient autant de la personnalité de l’artiste que du matériau qu’il utilise ?

Isambard Kingdom Brunel

A écouter la BBC, on découvre des gens curieux. Isambard Kingdom Brunel est une gloire de l’ère victorienne. C’est à lui que l’Angleterre doit d’avoir adopté une seule et unique heure. Jusque-là, chacun voyait midi à sa porte.

En effet, Brunel a été l’artisan du chemin de fer moderne. Les trains ont imposé leurs horaires, et ceux-ci la réglementation des horloges.

Brunel n’a pas inventé que des trains, il a aussi créé des navires révolutionnaires, des ponts et des tunnels. Comme son père avant lui, c’était un aventurier. Ses idées étaient nouvelles, et non testées. Et elles ne tournaient pas toujours bien. Et ils ont ruiné bien des investisseurs. Et son père s’est retrouvé en prison pour dettes. (Dont il s’est tiré par le chantage : il a annoncé que les USA voulaient le recruter…)

En fait, comme le nom l’indique, ils étaient français. (Même « Isambard » serait un prénom français !) Ecouter la BBC, c’est aussi découvrir à quel point l’Angleterre s’est nourrie des erreurs de la France. Car Marc Brunel, le père, était un royaliste, qui avait fuit la révolution. Avant lui les Huguenots auraient apporté l’art des horloges, qui a fait la puissance de la marine anglaise. C’est aussi comme cela que les USA ont connu la prospérité : ils ont attiré ce que l’Europe, qui ne pensait qu’à s’égorger, avait de mieux.

(Source : wikipedia anglais.)

La mutinerie du Wager

Passionnante histoire d’un naufrage (The Wager by David Grann, BBC 4). 1740, une petite escadre part faire la guerre aux Espagnols. Mais le Wager, navire de ravitaillement, s’échoue sur une île au large de la Patagonie. Elle est inhospitalière et les conditions de vie sont effroyables. Il en résulte une mutinerie. Une poignée de personnes se tirera d’affaires. L’histoire est racontée à partir des notes prises par deux des protagonistes du drame, le chef des mutins, et le grand père du poète Byron, qui deviendra par la suite vice-amiral.

Autres temps, autres moeurs. Il n’y avait pas besoin de naufrage pour mourir en mer. Les équipages étaient victimes de tous les maux de la terre, à commencer par le scorbut. A peine parti, on faisait passer quelques dizaines de corps par dessus bord, chaque jour. Mais cela paraissait normal. D’ailleurs, même les naufrages n’avaient probablement rien de surprenant. Et les gens de l’époque avaient certainement une débrouillardise que l’on a perdue : ils étaient capables de rafistoler une coquille de noix et, avec, de traverser les mers les plus méchantes du monde. Et, en plus, sans moyens de se repérer. Et en crevant de faim.

Si l’on vivait encore dans de telles conditions, on serait partis à la conquête des étoiles ? Malheureusement, ce n’est plus le cas, Elon Musk ? (Et puis, c’est peut-être plus difficile de réparer une fusée qu’un voilier ?)

(Je me suis demandé d’où venait le nom « wager », qui signifie « pari ». Peut-on appeler un bateau « pari » ? En fait, il s’agit du nom d’un amiral, dit wikipedia.)

Paisible Anglais

Qui parle encore de Sartre, Foucault ou Derrida ? Les universitaires anglais. Ils ont le respect des idées.

D’ailleurs, ils l’ont aussi de nous, les Français. Ce qui peut surprendre, vues nos rivalités. Mais, en les écoutant, je pense que nous faisons partie de leur histoire. Si nous n’existions pas, il faudrait nous inventer.

En comparaison, nous paraissons des fous-furieux. Chez nous tout est bruit et fureur, autodafé et excommunication.

Comment un peuple aussi paisible que l’anglais peut-il avoir eu une telle histoire ? Peut-être le propre des démocraties, ou du libéralisme ? On y opère une division des tâches. Il y a la conscience d’un côté et la fin qui justifie le moyen, de l’autre. Le second nourrit la première, qui, à son tour, attire les proies pour le premier ? Mais sans que le connivence soit officielle, car « la société n’existe pas », comme le disait Mme Thatcher ?

Vertus démocratiques

Les ventes de véhicules électriques au particulier sont en baisse, disait la BBC, ce matin. Globalement, les ventes sont portées par les achats des entreprises.

On découvre qu’il est beaucoup plus facile de faire obtempérer le « grand capital » que l’individu.

Peut-être est-ce pour cela que l’on a inventé la démocratie ? Si l’on avait dû voter pour un grand plan européen de transition climatique, peut-être que nos élus auraient pris la peine de consulter au préalable la population pour savoir comment rendre les mesures acceptables ?

Leçon de conduite du changement ?

PS. Après avoir écrit cet article, j’ai lu ceci dans la Tribune :

En Allemagne, l’attrait pour les voitures électriques diminue depuis plusieurs mois. Un mouvement amplifié par l’arrêt des subventions depuis décembre. Une tendance baissière qui se diffuse jusque dans les discours des constructeurs.

Guerre

Dimanche matin la BBC semblait considérer hautement vraisemblable que l’Angleterre soit en guerre avec la Russie dans les trois ans à venir. Malheureusement ses forces armées ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

Il en est de même de la France. La vie est peut-être toujours faite de deux phases : l’une lors de laquelle on se laisse aller, et l’autre où l’on découvre, mais un peu tard, les raisons qui font qu’on n’aurait pas dû le faire ?

Toujours est-il qu’à en juger par les mails que je reçois, l’histoire se répète. La Russie a une cinquième colonne en France. Elle est convaincue que notre véritable ennemi est américain et que M.Poutine ne nous veut que du bien. Mais, peut-être est-ce la force des démocraties ? C’est parce qu’elles prennent tous les risque et acceptent toutes les opinions qu’elles permettent à un élan vital insubmersible de s’exprimer ? La contrainte stimule le génie ? Ce qui ne tue pas renforce, la devise de la démocratie ?

Et l’espoir fait vivre ?

Validation sociale

Les agriculteurs anglais ne devraient-ils pas manifester ? se demandait Farming today, de la BBC, jeudi dernier. L’agriculteur continental s’agite beaucoup, alors que l’Anglais aurait les mêmes motifs de mécontentement que lui.

Réponse : nous ne voulons pas ternir notre image auprès du public.

Les agriculteurs européens ont, eux, une bonne image de victime, pourquoi pas les Anglais ? D’ailleurs, on manifeste fermement un peu partout en Angleterre, écoles, transports, hôpitaux… Cela ne semble pas étranger à la culture locale.

Je me demande si une explication ne pourrait pas tenir à la façon dont l’individu se perçoit. L’Anglais agriculteur se croit un gentleman farmer, le Français, un forçat ?