Thames Water

Un des feuilletons des informations de la BBC est Thames Water. Thames Water est une des grandes entreprises de traitement de l’eau britanniques. Elle est extrêmement ancienne. Elle a été privatisée en 1989. Mais, contrairement à ce que l’on croyait à l’époque, ses services ne se sont pas améliorés. Non seulement elle n’a pas investi dans ses infrastructures, ce qui pose désormais de très sérieux soucis de santé publique, mais elle a versé de très généreux dividendes et a empilé les dettes (pour payer les dits dividendes ?), si bien qu’elle est en quasi faillite ! C’est l’exact envers de ce qu’espérait Mme Thatcher ! L’économie de marché ne fut pas le meilleur des mondes, mais l’ère du parasitisme ?

Comme je le disais dans de précédents billets, peut-être serait-il temps de se demander ce qui a cloché dans la politique de Mme Thatcher, qui a été adoptée un peu partout en Europe.

En fait, une des caractéristiques de l’ère du laisser-faire et de l’économie de marché que nous vivons est d’avoir liquidé les dispositifs d’étude de la société. Comment les refaire sortir de terre, alors que les services publics ont été, comme Thames Water, laissés pour morts ?

Thames Water

Economie appliquée

Nearly 3mn fell into financial difficulty last year in the UK
Study finds more than 20mn people in Britain are now living in vulnerable circumstances

Financial Times du 13 juillet

Le dernier demi siècle aura été celui de l’économiste, du financier, de l’inspecteur des finances, de Mme Thatcher et de M.Reagan. J.K. Galbraith parlait, après guerre, de « The affluent society », et tous ces gens nous ont affirmé qu’ils allaient améliorer le sort de l’humanité. Où en est-on aujourd’hui ?

Ne serait-il pas temps de faire un « post mortem » des théories qui ont dirigé nos vies ?

All that glitters

On ne peut pas dire cela. A un moment, j’ai fréquenté les journalistes. Ce qui m’a frappé est que, lorsque je leur disais ce que je lisais dans la presse anglo-saxonne, ils me répondaient qu’ils ne pourraient pas l’écrire. Ce qui était d’autant plus curieux que gauche et droite censuraient des opinions qui auraient dû servir leur camp.

Ce souvenir m’est revenu en écoutant « All that glitters », une enquête de la BBC sur le milieu de l’art moderne. Aurait-on, en France, le droit de diffuser cette émission ?

Il y est question d’un des scandales qui a secoué ce petit milieu. Un jeune galeriste est devenu extrêmement riche, avant de finir en prison, en jouant sur l’art à la manière des financiers, par exemple en se faisant payer pour des oeuvres qu’il ne possédait pas.

Ce que disait crûment l’émission, c’est que l’art moderne n’est que spéculation, il n’a aucune valeur en tant qu’art. D’ailleurs, il est stocké dans des entrepôts. Personne ne le voit. A un moment, par exemple, les réserves de l’escroc sont auditées. Or, il lui manque une oeuvre. Il n’a aucun mal à la reconstituer. Ce qui abuse l’auditeur.

Ce que disait aussi l’émission, c’est que c’est un milieu consanguin. Ceux qui y évoluent sont des « enfants de ». Soit de gens du milieu, soit de « gens importants ». Une petite élite bobo qui vit dans le luxe, la fête et la drogue.

L’Angleterre et ses colonies

Au fond, l’Angleterre a géré ses colonies comme des entreprises. Elle passait un accord avec leurs classes dirigeantes pour exploiter le travail de leur peuple. D’ailleurs, la Compagnie des Indes était une société privée.

Cela demeure le modèle de la Grande Bretagne : ses Etats unis conservent une grande liberté, un gouvernement propre et parfois leur langue.

La France, pour sa part, faisait profiter ses colonies de sa culture supérieure. C’est ainsi qu’elle avait unifié son territoire. Nation « soleil » plus que patrie des droits de l’homme ?

L’entreprise a été plus durable que la culture ?

Perfide Albion ?

Je jette un coup d’oeil aux résultats des élections britanniques. Surprise.

« Landslide » travailliste ? Avec 33% du vote (et on a, relativement aux usages, peu voté), les travaillistes obtiennent 63% des sièges au parlement. Avec 14,3% des votes, Reform UK, le parti du Brexit et qui, de loin, semble à la droite de notre FN, ne compte que 0,8% des élus ! Les Lib Dem, avec nettement moins de voix que Reform UK, occupent 11% des sièges !

Paradoxalement, Reform UK, qui semble une dissidence des conservateurs, plus les conservateurs possèdent beaucoup plus de voix que les travaillistes.

Reform UK, l’avenir des conservateurs ? Le calme avant la tempête ?

(Wikipedia.

PS. Le 7 matin, j’entendais Tony Blair conseiller aux travaillistes de prendre garde à Reform UK et à la question de « l’immigration » et de se méfier du « wokism ».)

Elections en Angleterre

Ces derniers temps les prévisions ne se trompent plus : les travaillistes anglais ont balayé les conservateurs.

Le peuple a-t-il voté pour les travaillistes ou contre les conservateurs ? Le commentateur s’interroge.

Toujours est-il que l’on entend là-bas un discours qui ne nous est pas familier : il s’agit de reconstruire le service public, et ce pour le bénéfice du plus grand nombre.

Ce qui s’annonce difficile : comme en France, l’économie du pays est défaillante. Ce qui est surprenant, lorsque l’on y songe, car cela fait un demi-siècle que l’Occident est gouverné par des économistes qui ne parlent que de compétitivité ?

C’est quand on ne la cherche pas qu’on la trouve ? Un espoir pour les travaillistes ?

Pauvre politicien

Pourquoi les hommes politiques sont-ils haïs ? se demandait la BBC. (Broken politicians, broken politics.)

L’émission commençait bien. Un homme politique racontait sa tentative de suicide. Apparemment, les hommes politiques font l’objet de harcèlement.

Mais, comme souvent, la montagne accouchait d’une souris. Comment en est-on arrivé là ? Pas de réponse.

Le seul indice que j’ai pu recueillir venait de deux témoignages. Dans les deux cas, l’homme politique était entré en poste plein de détermination à changer le monde. Mais n’avait fait que susciter l’hostilité. L’un d’entre-eux voulait réduire la vitesse sur les routes à 30km/h. Le réchauffement climatique ne rend-il pas impératif ce type de mesure ?

Je me suis demandé s’il n’y avait pas là un exemple de « Macronite ». Notre société produit des gens sûrs de détenir la vérité ? Donc sourds ?

« On n’a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel » ?

The Stalin Affair

Hitler attaque Staline. Quel est le moindre des deux maux, se demandent Churchill et Roosevelt ? Ils choisissent Staline. Un Staline qui, un moment, est prostré tant il est pris par surprise.

On l’a oublié, mais les USA ont apporté une énorme quantité de matériel à l’URSS. Aurait-elle pu résister sans cela ?

La BBC consacrait une série d’émissions aux relations personnelles qu’ont eues Staline, Roosevelt et Churchill, et leurs proches. Cela ressemble étonnamment à ce que dit de Gaulle dans ses mémoires. On est en face de simples mortels. Mais, ce que ne dit pas de Gaulle, probablement parce qu’il est trop bien élevé pour cela, est à quel point ils sont en mauvaise santé. Roosevelt est moribond, Churchill, alcoolique, donne des signes de sénilité. Staline, physiquement, a quelque-chose d’un monstre. Mais c’est le plus habile de la bande.

Sa stratégie est celle de Poutine, et des Tsars : s’isoler en asservissant les nations limitrophes. Roosevelt, que l’émission qualifie régulièrement de « naïf », le laisse faire en échange de son appui contre les Japonais (dont il n’aura pas besoin). Churchill comprend qu’il va se retrouver seul face à Staline. C’est la raison pour laquelle il milite pour que la France de De Gaulle retrouve sa place, et pour que l’Allemagne reprenne rapidement forme.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne fait pas preuve d’un rien de perfidie. Comme l’avait vu de Gaulle, il essaie de négocier avec Staline le maintient de l’influence de l’Angleterre sur l’Europe du sud.

L’histoire ne tient pas à grand chose ?

La France vue d’Angleterre

Emission de la BBC sur le « pari » d’Emmanuel Macron.

Annonce : enjeux énormes, nationaux et internationaux.

Je m’attendais à une analyse lumineuse. C’est raté.

Je retiens que M.Macron aurait voulu prendre les devants d’une rentrée qui s’annonçait difficile. C’est un homme qui aime être le maître des événements. Ironie britannique ? Quant à l’après élection : rien. D’après les experts de la politique françaises présents dans l’émission, le FN ne devrait pas pouvoir avoir une majorité à l’assemblée. Si c’est le cas, quelle sera sa politique ? Sa conséquence pour l’Ukraine ? Rien. (Certes, M.Macron ces derniers temps était le leader du front anti-Poutine…) Le cas italien, un parti nationaliste se révélant modéré, ne serait pas à prendre en compte. La France n’est pas l’Italie.

Je constate une fois de plus que nos analystes politiques sont bien meilleurs que les Anglais. « Every cloud has a silver lining » dit l’Anglais.

Colonies

Quand j’étais jeune, je cherchais à améliorer mon anglais. J’ai pris l’habitude d’acheter des hebdomadaires écrits en anglais. J’ai découvert que ce qu’ils avaient d’intéressant n’était pas la langue, que je ne comprends toujours pas, mais la perspective qu’ils ouvraient sur le monde. Comme Louis XVIII, j’ai pris l’habitude de considérer la France d’Angleterre. Maintenant, j’écoute la BBC. Ce qu’il faisait peut-être.

Voilà qui s’explique par l’immensité des colonies anglaises et par le succès de la culture britannique ?

Curieux, on peste contre le colonialisme, alors qu’il a vaincu.

Les Ibériques, d’ailleurs, illustrent ce phénomène. Ils font, discrètement, beaucoup de business en Amérique latine, et dans certains pays d’Afrique. Au fond, de Gaulle avait vu juste. Une fois de plus.

L’exception est la France. Ses anciennes colonies la haïssent. A commencer par l’Angleterre.

Il serait intéressant d’enquêter sur cet étrange phénomène.