Rigueur anglaise

Depuis qu’ils ont pris le pouvoir, les travaillistes anglais annoncent que le déficit des comptes publics est bien supérieur à ce qui était dit jusque-là. Les conservateurs leur répondent qu’ils cherchent une excuse pour augmenter les impôts.

Pour ma part, je me demande s’il n’y a pas une troisième hypothèse possible. Les gouvernements travaillistes ont la réputation d’être généreux avec l’argent public. Le discours actuel ne serait-il pas un signal envoyé à leurs supporters ?

Ce qu’il y a de curieux est que cette question, du déficit public, ne paraît pas préoccuper notre pays, alors qu’il ne semble rien avoir à envier au Royaume uni.

La grève des mineurs

Curieux de revivre son passé. La BBC consacrait des émissions à la grève des mineurs anglais de 84 (Strike). Il se trouve que j’étais en Angleterre à cette époque.

Ce combat fut, bien plus que les Malouines, le Waterloo thatcherien. Mme Thatcher a fait mordre la poussière au syndicalisme local, qui était un Etat dans l’Etat. Il ne s’en est toujours pas relevé.

Comment ai-je vécu l’affaire ? De loin, comme d’habitude. Je n’avais de sympathie pour aucun des deux protagonistes principaux, Madame Thatcher et Arthur Skargill. Implicitement, juste ou non, je ne pensais pas que le conflit finirait autrement qu’il a fini. Pas besoin de s’épuiser à aller plus loin.

Qu’ai-je appris depuis ? Pas grand chose.

Les mineurs tenaient depuis longtemps en otage le gouvernement britannique, si bien que les mines étaient des puits sans fond pour le budget britannique. Ils devaient leur pouvoir à ce qu’ils avaient fait sauter un gouvernement conservateur (Heath). Mais Skargill n’était pas comme les autres : contrairement aux anciens leaders, ce n’était pas un négociateur, mais un « rouge ». Il avait un programme politique. Et il utilisait des techniques de combat : ses « flying pickets » empêchaient les mineurs de travailler et les grèves de 84 ont été décrétées sans consultation de la base. Au contraire, à chaque fois que celle-ci a voté, elle l’a fait massivement contre la grève.

L’émission semblait favorable aux mineurs. Elle racontait, par exemple, que le gouvernement et la police avaient joué les agents provocateurs. Certes, mais à la guerre comme à la guerre ?

Comme je le savais, Mme Thatcher avait préparé son coup. Mais elle n’aurait pas pu réussir sans l’intransigeance d’Arthur Skargill. C’est probablement lui qui a provoqué, par sa défaite totale, une fermeture brutale et sans ménagement des mines. Il est certainement juste de plaindre les mineurs, mais ils furent les victimes innocentes d’une lutte qui les dépassait ?

Fuel poverty

« Fuel poverty » disait la BBC, hier matin. Beaucoup d’Anglais ne parviennent plus à payer le prix de leur chauffage.

Un autre billet disait que, à Roubaix, 50% de la population était sous le seuil de la pauvreté. La pauvreté serait-elle redevenue le mal de l’Occident ? Pourquoi ne semble-elle pas avoir préoccupé nos gouvernements ? Pourquoi n’en parle-t-on pas plus ?

Aurait-on cru qu’il était suffisant de s’occuper de « discriminations » ? Un mal de riche ?

Histoire du sport

La série de la BBC dont je parle dans un billet précédent retrace l’histoire du sport moderne, invention anglaise.

Illustration de la « complexité » du monde : une idée originale, qui est tournée dans les sens les plus imprévus ?

A l’origine, il y a l’enrichissement massif de la haute société anglaise. Elle n’a plus rien à faire. Comme toute classe oisive, semble-t-il, elle s’invente un art de l’inutile : le sport. Au début, ce sport est le cricket. Puis elle en vient à penser que le sport est l’école du leader.

Elle croyait affirmer sa supériorité. Mais elle suscite l’envie, pas l’admiration. Le sport devient l’outil d’ascension sociale du parvenu. Le peuple s’en empare, et, faute d’avoir les moyens de le pratiquer en amateur, en fait une profession, et l’amène à des sommets. Ce faisant dissipant les illusions qu’avait, sur sa supériorité génétique, la haute société. Et le sport devient un moyen de revendication pour tous les asservis de l’ordre social : colonisés (à commencer par ceux des îles britanniques), pauvres, femmes, etc.

Cette invention a eu des effets étonnants. Au lieu de les justifier, elle n’a pas arrêté de se heurter aux divisions de classes, propres à l’Angleterre, et, au lieu d’être noblesse, « fair play » et désintéressement, elle a révélé ce qu’il y a de pire dans la nature humaine : pari, tricherie…

Désordre public

Après le feu et le sang, la Grande Bretagne semble rentrer dans l’ordre. Vendredi dernier la BBC attribuait ce succès aux mesures fermes du gouvernement, en particulier à la comparution immédiate. (Cela tombe mal : le dit gouvernement avait décidé de vider les prisons ?)

On ne s’interroge pas sur les causes des troubles. On parle de groupes « d’extrême droite ».

Je soupçonne que le commissaire Haroune dont parle un précédent billet ne serait pas d’accord. Je me demande s’il ne pense pas qu’il se produit chez nous et en Grande Bretagne un phénomène dont j’ai parlé au sujet de la Suède : il existe désormais des populations totalement « désocialisées ». Elles profitent des troubles.

Dans ces conditions, le problème à résoudre serait de trouver le moyen d’éviter cette désagrégation du pays. Le commissaire Haroune pense à recréer un « ascenseur social » scolaire. Je me demande si, comme on le dit aux USA, il ne faut pas aussi veiller à recréer des « emplois dignes ». Et ce en favorisant le redémarrage d’une économie traditionnelle, qui n’a pas eu jusque-là la faveur de la mode.

(Traditionnellement, l’intégration de l’immigration – et peut-être de toute la population – s’est faite en France par l’école et l’emploi…)

Tentation criminelle

Il y a des paroles qui me rendent fou.

Coup sur coup, j’ai entendu la même déclaration, péremptoire et révoltante, à la BBC et chez France culture : des gens intelligents et estimables décréter que si leur Etat respectif ne parvenait pas à se réformer, c’est parce que ce n’était pas dans l’intérêt de certaines personnes. L’un disait même : il faut changer les hommes.

Toute mon expérience affirme le contraire. Et il n’y a pas besoin de mon expérience pour le savoir. Partez en Allemagne, et vous verrez que, bien vite, vous, piéton, ne traverserez plus les rues au feu rouge. Embouteillage ? Pas besoin d’apprendre aux automobilistes à conduire, il suffit que quelqu’un règle la circulation.

Notre comportement est dirigé par les règles que suit le groupe auquel nous appartenons.

Si ces gens éminents ne me croient pas, pourquoi ne lisent-ils pas les travaux des sociologues américains (en particulier) ? Pourquoi eux, si intelligents, si instruits, s’en remettent-ils au « on dit » ? Irrésistible théorie du complot ?

Assassinat

Un jeune homme de 17 ans assassine trois petites filles lors d’une fête, en Angleterre.

Il est issu de l’immigration.

L’incident suscite des manifestations violentes. On casse et on brûle. On soupçonne la main de l’extrême droite.

Curieuse façon de traiter l’événement, me suis-je dit. Comment la BBC l’aurait-elle commenté si l’assassin avait été un natif, et ses victimes des immigrés ? Aurait-elle dénoncé les « casseurs » ou aurait-elle parlé d’une colère légitime ?

Et pourquoi ne s’intéresse-t-elle pas aux raisons qui poussent un jeune homme à détruire sa vie ? Et si les conditions d’existence qui sont offertes aux immigrés méritaient un examen ?

Musée vole

Un conservateur du British museum a volé une quantité de pièces anciennes (des milliers ?). Il les revendait à bas prix sur eBay. Apparemment, sa culpabilité ne pourrait pas être établie, car les pièces n’étaient pas recensées.

Peut-être s’est-il dit qu’il fallait libérer ces objets des caves du musée ? Qu’ils méritaient d’être admirés ? D’ailleurs, ils semblent avoir été produits en grande quantité par les Romains et les Grecs, était-ce une telle rareté, qu’ils méritent d’être ainsi conservés ?

A moins que le musée soit là pour que les archéologues de demain puissent y faire des recherches dont on n’a aucune idée ?

(Thief at the British museum, BBC 4.)

Elections en Grande Bretagne

les élections de 2024 au Royaume-Uni représentent un rejet du gouvernement en place plutôt qu’un choix distinctif d’une alternative () Le résultat reflète la méfiance persistante de la population à l’égard de la politique et des hommes politiques, ainsi que de leur capacité à tenir leurs promesses et à les réaliser. Bien que le nouveau gouvernement travailliste dispose d’une majorité massive () il entre en fonction dans la période la plus difficile depuis 1945 () Mais il ne fait aucun doute que l’atmosphère politique en Grande-Bretagne est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’a été depuis un certain temps. On peut espérer qu’elle représente une première étape dans le rétablissement de la confiance des citoyens dans les partis politiques britanniques et les processus politiques associés.

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Peut-on espérer qu’il en soit partout pareil ? Une situation difficile, mais un retour à la raison ?