Pizza d’Amazon 

Des beaux esprits nous expliquent à longueur de billets que M.Bezos dit que dès qu’une équipe a besoin de plus d’une pizza, elle est trop grande. Mais qu’attend notre administration pour appliquer ce principe ? (Je note qu’il me faut une pizza pour moi tout seul…)

Or, je lis que le mal d’Amazon est sa bureaucratie ! (Ce que confirme un ami qui en a démissionné il y a quelque temps, extrêmement frustré justement pour cette raison.)

Amazon is laying off dozens of people in its communications department, the latest culling of the corporate workforce amid executives’ efforts to cut costs and reduce bureaucracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-29T19:41:26.412Z

L’enseignement que j’en tire ne concerne pas Amazon. Il s’agit du phénomène « fausse nouvelle ». Il est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense. Par manque de rigueur intellectuelle et d’esprit critique, nous sommes tous en danger d’en être coupables.  

Amazon, la fin du rêve ?

J’achète mes livres anglais chez Amazon. L’autre jour, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Or, il était chez Amazon Amérique ! Pas, non plus, de possibilité d’occasion. A la place Amazon propose une version électronique.

Pour moi, le génie d’Amazon, c’était une vision folle : le client est roi. Chez nous, vous trouvez tout ce que vous voulez ! Cette vision est morte.

Amazon est certainement aux mains des comptables : en vendant, cher, du contenu électronique, on fait un max de marge, et on n’utilise pas d’entrepôts, avec tous leurs syndicalistes. Mais on perd l’essentiel : l’âme de la société. Ce qui faisait sa valeur.

De toute manière, vous pouvez augmenter la marge autant que vous le voulez, jamais vous ne retrouverez le cours de bourse perdu.

Car ce que vendait Amazon, c’était du rêve pour financier. Toujours de nouvelles idées : le cloud, le livre électronique, les drones… A chaque fois, on pouvait ajouter l’espoir de revenus fantastiques aux business plans ! The sky was the limit ! Rien ne peut approcher de l' »irrational exhuberance » des marchés lorsqu’ils sont poussés par l’esprit de la spéculation. Quand on aime, on ne compte pas !

Max Weber parlait de « charisme » comme vertu du leader. Il est possible que la Bourse exige plutôt des magiciens. En tous cas, pas des comptables. Même s’ils sont créatifs…

Amazon en grève

Amazon Angleterre est en grève.

Il y a quelques-temps, je discutais avec un de ses employés. Il me disait que la société, initialement, avait tout fait pour ne pas avoir de syndicats. En outre, le métier des entrepôts est dur, et la productivité baisse avec la motivation et le temps. Il n’y a pas d’intérêt à garder longtemps un salarié. Puis, elle a découvert que « pénurie RH » oblige, elle avait du mal à recruter.

Je comprends que le travail d’entrepôt qu’elle offre correspond à une sorte de tradition américaine. Ce qui fait, d’ailleurs, qu’elle subit la concurrence d’autres entreprises qui ont un modèle économique proche (les grandes surfaces, notamment). C’est plutôt un travail bien payé, avec pas mal d’avantages. Un travail par nature provisoire pour étudiants, repris de justice ou profils psychologiques similaires.

Pourquoi des grèves, alors ? Peut-être parce que c’est une pathologie du système. Du modèle dit « capitaliste ». Un système fait d’un démiurge et d’exécutants, adjoints à des machines. Et, comme le disait le théoricien du travail Hyacinthe Dubreuil, quand l’entreprise n’utilise pas l’esprit de ses employés à son service, ils s’en servent contre ses intérêts ?

(NB. Le système capitaliste est aussi celui de la SNCF. Dans ce dernier, le démiurge est énarque.)

Amazon licencie

Dans la mythologie américaine, le licenciement de masse occupe une place à part. Le dirigeant digne de ce nom doit le pratiquer sans état d’âme. Immédiatement, dès que les marchés s’inquiètent. Et ce, en particulier, surtout ?, si ça ne sert à rien. C’est un signal fort. Un signal de masculinité.

Amazon licencie en masse.

Je m’intéresse à Amazon, depuis la bulle Internet. Amazon a fourni bien des billets à ce blog. Amazon est un dinosaure. Pendant des décennies, il a défié les lois de l’apesanteur : il a conservé une valorisation de start up. Avec ses résultats financiers, une entreprise normale, vaudrait 10, 20, 50 fois moins. Le génie de Jeff Bezos était de sans cesse trouver des idées, qui faisaient rêver le marché.

Au fond cette irrationalité du « marché » a quelque-chose de sympathique. Les marchés financiers, eux aussi, ont, peut-être bien, un sens inné de l’esthétique. Pour l’oeuvre d’art exceptionnelle, ils dépensent sans compter ?

MGM et Amazon

Différence de cultures ! La fusion entre Amazon et MGM va échouer ! Voilà ce que j’entendais. 

Il y a beaucoup de travaux sur les fusions. Ils montrent que, dans la très grande majorité des cas, elles échouent, effectivement. Mais, dans celui-ci, je crois surtout que le problème est mal posé. 

Car ce qui compte réellement pour juger cette décision est la différence de valorisation des deux sociétés. MGM vaut moins d’un pour cent d’Amazon. Une erreur de cette dimension ne compte pas. 

Il y a quelques temps, je lisais que la valeur moyenne de la PME française de plus de 5 ans est de l’ordre de 800.000 euros. En estimant qu’il y a 1m de telles PME, et que ce sont les seules à avoir de la valeur, puisqu’elle ont fait la preuve de leur viabilité, notre tissu de PME vaut 800md€, ce qui est inférieur à la valeur d’Amazon ou d’Apple. Cela reflète-t-il la valeur réelle de ces entreprises ? Qui ferait le plus de dégâts : la disparition des PME françaises, ou celle d’Amazon ? 

Conclusion : la valeur est un jeu essentiellement spéculatif, et Amazon en est le champion ?

Déprimant Amazon

Depuis des années je caresse l’espoir qu’Amazon me fasse enfin une proposition de livre pertinente. Régulièrement, je note les livres que j’ai lus, j’écarte ceux qui ne doivent pas être pris en compte dans la recherche. Et cela donne ? Vous avez lus trois livre de Michel Winock, voici un quatrième ! Eh, Ducon, tu penses vraiment que sans toi ça ne me serait pas venu à l’esprit ? 
Je suis tout de même surpris qu’Amazon ne puisse pas me raccrocher à des personnes qui ont les mêmes intérêts que moi…

Méchant Amazon

Jean-Philippe Toussait juge Amazon. (Rediffusion d’un « A voix nue » de France Culture, il y a deux semaines.) Amazon est malhonnête puisqu’il ne fait (faisait) pas payer les frais de port en France, alors qu’il les fait payer ailleurs. C’est du dumping. 

Ce qui est singulièrement idiot. Car, ailleurs, les prix du livre ne sont pas encadrés. Le modèle Amazon : le prix le plus faible possible. (Ce qui fait qu’il peut être tentant d’acheter des livres anglais aux USA, y compris avec frais de port.) 
Il est dommage qu’Amazon n’ait pas été l’occasion d’un débat démocratique. Car ce qui se jouait n’était pas que le sort des libraires, mais aussi celui du consommateur, et, peut-être surtout, celui de l’accès à la connaissance. 

Amazon ou les effets pervers de Big Data ?

J’achète de moins en moins chez Amazon. Bizarre. Pourquoi ? En effet, c’était devenu une habitude. Cela a commencé à une époque où Amazon n’était qu’aux USA. Mes lectures correspondent à une recherche. Et Amazon m’a proposé des travaux que je n’aurais pas trouvés par moi-même. (Vous aviez entendu parler de Franck Knight, vous ?) Une fois le livre identifié, ce qui me faisait passer commande, c’était les commentaires. Pas ceux des clients, quoi qu’ils soient très bons aux USA, mais ceux des universitaires à qui les éditeurs américains demandent un avis. Et la quatrième de couv, généralement excellente. 
Il y a deux raisons pour lesquelles mon comportement d’achat a changé, je crois.
  1. J’ai redécouvert une librairie du quartier latin qui fait une sélection excellente de livres de sciences humaines. Ma R et D, c’est elle.
  2. Les recommandations d’Amazon ne fonctionnent plus. Peut-être leur ai-je fait perdre la boule en achetant pour d’autres que moi ? (Des cadeaux à des enfants ou a des amis ?) Mais, même quand il ne fait pas un hors sujet, Amazon tend à me proposer de l’ancien (à un moment : les livres que j’ai écrits !), alors que je cherche ce dont je n’ai pas idée ! Et si c’était un exemple des effets pervers de Big Data ? Amazon a maintenant tellement de données qu’il est incapable d’en déduire quoi que ce soit ? Il y a plus de bruit que de signal ?  

(Ce qui demeure inégalé chez Amazon, c’est que l’on y trouve des livres épuisés, ou peu vendus.)