Start up : Manuel du nouvel employé

Paul Allen. Un inconnu qui est devenu un des hommes les plus riches du monde, en fondant Microsoft. Hervé Kabla remarquait que chaque grand succès compte souvent une personne qui lui ressemble.

Une partie de ma vie professionnelle est consacrée aux start up. La start up conduit à une transformation accélérée du tissu humain. Les compétences exigées changent avec le temps, mais très vite. Si bien que tout le monde ne peut, ou, probablement plus souvent, ne veut, suivre. Ceux qui le font doivent se « réinventer ». Et il n’y a rien de plus douloureux dans la vie. Et cela commence par le fondateur. Pauvre homme.

Bill Gates était un tyranneau totalitaire, qui allait jusqu’à réécrire la nuit ce qu’avaient programmé ses employés le jour. Mais, fait rare, d’autant qu’il était extrêmement jeune et n’avait aucune expérience de management, il a compris qu’il était le goulot d’étranglement de son entreprise. Alors, il s’est déchargé de la direction de Microsoft et s’est consacré à ce pour quoi il se pensait le meilleur.

L’étape la plus critique de ce changement ne concerne pas les hommes, cependant. C’est le moment où les joueurs deviennent une équipe. Tant que le lien social n’est pas construit, l’entreprise est inefficace et fragile. Elle est le terrain de la lutte de l’homme contre l’homme. Peut-être parce que l’individu ne peut vivre en état d’anomie, rapidement viennent des tentatives de socialisation partielles. Des alliances se nouent. Danger paradoxal. En effet, des individus qui s’affrontent s’annihilent. Mais un groupe organisé est fort. Il défend ses intérêts contre ceux du « tout ». Parfois, façon Révoltés du Bounty.

Voilà à quoi a échappé Paul Allen.

Zelig

Film de Woody Allen, 1983.

Zelig a la capacité de ressembler à ceux dont il veut se faire aimer.

C’est probablement le désir de tous ceux qui vivent à la limite d’une société dans laquelle ils désireraient bien entrer.

Le film est un Zelig, lui-même. Il ressemble à s’y méprendre aux films d’actualité des années 30, et aux enquêtes des années 80. Tous les films de Woody Allen sont d’ailleurs comme cela : ils s’approprient à la perfection un style de film particulier. 

Minuit à Paris

Film de Woody Allen, 2011.
Tous les films de Woody Allen se ressemblent : il projette un héros qui lui est identique (ou est-ce le personnage qu’il s’est forgé ?) dans une histoire qu’il aurait aimé vivre.
En tout cas, je doute que la France moderne soit vue un jour comme un âge d’or de l’art ou de la pensée… 

Cris et chuchotements

À ce que l’on dit, c’est un film dans lequel on retrouve les angoisses de Bergman : la mort, et ce qu’il y a après, notamment. Le film est rouge (enfer ?), avec une éclaircie paradisiaque à la fin. La rédemption est dans l’instant partagé ? Le mal dans l’égoïsme ? S’il n’y a que cela, il n’y avait pas besoin de se déplacer. Une fois de plus, je n’aime pas ce qu’aime la critique intello :

Au fond, ce qui me plaît chez Bergman, et chez quelques autres, c’est « à la recherche du temps perdu », c’est sa capacité à se remémorer jusqu’au moindre détail d’un passé lointain, à en faire revivre des scènes seconde par seconde et geste par geste. J’y vois l’émerveillement, qui le marque à jamais, de l’enfant qui découvre un monde à la fois admirable et terrifiant parce qu’incompréhensiblement injuste. Ce qui me frappe, d’ailleurs, c’est la violence des rapports familiaux. Comment naît cette violence ? Pourquoi ?

Je n’aime pas ce qui est didactique et rationnel. Une fois que c’est expliqué, c’est fini. La raison humaine est aveugle, elle n’a aucune grandeur, démesure. Ce qui fait l’intérêt des films, c’est ce devant quoi la raison est impuissante, bouche bée, stupide, qu’elle ne peut que se rappeler, parce qu’elle ne l’a pas compris. C’est probablement pourquoi j’ai aimé Les fraises sauvages et pas Le septième sceau.

Complément :

  • Autre réalisateur qui maîtrise trop son sujet pour être intéressant : Woody Allen. Peut-être pour les raisons ci-dessus, un des seuls films qui m’a plu de lui est Radio days, où il raconte, infiniment élégamment, car Woody Allen me semble avant tout être un intellectuel subtil et distingué, son enfance.

Whatever works

Au fond je n’aime pas les films de Woody Allen, mais je trouve qu’ils ont quelque chose de prévisible et de rassurant, surtout lorsqu’ils parlent de New York. Et j’avais envie de voir un film, et il n’y en avait pas d’autres à portée de jambes.

Comme d’habitude, je ne suis pas convaincu qu’il y ait un énorme contenu : il faut se laisser aller à sa nature, et se méfier des bien mauvais conseils de la morale et de la raison ? Faîtes l’amour pas la guerre ?

Ce que j’ai trouvé curieux, c’est que le film finit bien. Je pensais que la névrose, le moteur des films de Woody Allen, n’avait pas de fin. C’est faux, l’atrabilaire trouve le bonheur. Suicide artistique ?

Pourquoi la Révolution industrielle ?

Robert C.Allen démontre que, si la Révolution industrielle a eu lieu en Angleterre, c’est que les machines qui ont été sa marque de fabrique n’étaient pas rentables ailleurs.
La Révolution industrielle résulte d’un enchaînement étonnant de faits. L’Angleterre domine l’industrie de la laine, au moment où apparaît un marché européen ; elle se construit un empire que, à l’opposé de ses théories économiques actuelles, elle gère de manière mercantiliste. La population de Londres explose, plus de bois, il faut exploiter industriellement le charbon, qui devient « l’énergie la moins chère au monde ». La demande de main d’œuvre des villes et le commerce international enrichissent énormément l’Anglais, qui change d’alimentation, ce qui force l’agriculture à se transformer pour répondre à cette demande. Main d’œuvre coûteuse, et charbon bon marché : le terrain est propice à l’arrivée des machines. D’autant plus qu’éducation, essentielle à l’invention, et prospérité vont ensemble.
Ailleurs dans le monde ces machines ne sont pas compétitives : ou la main d’œuvre y est mal payée, ou le charbon y est trop cher. Si elles finissent par dominer la planète c’est qu’à force d’innovations, les ingénieurs anglais ont su les adapter aux conditions étrangères.

L’homme qui aimait les femmes

Hier je suis allé voir L’homme qui aimait les femmes. Il m’a réconcilié avec Truffaut. (Je trouvais exagérée l’admiration qu’on lui portait de son vivant.) J’y pensais vaguement lorsque m’est venue l’idée que je faisais une infidélité à ce blog. Que dire de ce film ?

Pourquoi ne l’ai-je pas compris tout de suite ? Ce film est une illustration de mon dernier livre (transformer les organisations). L’individu a beaucoup de mal à changer, c’est pour cela qu’il a inventé la société :

Le film est l’histoire d’un homme pour qui certaines femmes comptent plus que sa vie. Pas toutes les femmes, quelques-unes. Mais quand même un grand nombre. Et il est tellement désespéré et touchant qu’aucune ne lui résiste, et ne lui en veut vraiment quand il découvre une nouvelle femme (quasiment tous les jours). D’ailleurs il les porte toutes dans son cœur.

Comme la sienne notre vie n’est-elle pas une répétition des mêmes comportements ? Sisyphe de Camus. Woody Allen refait le même film, dans des décors différents (il copie un genre et y place un personnage qui lui ressemble), idem pour Clint Eastwood (homme indigne aux nobles valeurs)… et pour Napoléon, qui chaque année repart en campagne, à la poursuite de la gloire d’Alexandre ; le pays qu’il sert lui étant indifférent.

Voilà ce qui explique l’échec répété du changement dans l’entreprise. On croit que changer une organisation, c’est changer les hommes, or ils ne peuvent évoluer. Ou très lentement.

Heureusement, nous sommes aussi programmés pour suivre des lois, généralement inconscientes (la politesse). Il suffit de les réorganiser pour que notre comportement change, sans que nous le sentions.

Bien sûr, on ne peut pas les modifier n’importe comment. Elles dépendent toutes les unes des autres, et elles n’ont pas d’existence palpable. Mais si, de ce fait, elles présentent une formidable résistance au changement irréfléchi, il se trouve aussi, quelque part, un petit mécanisme qui permet de retourner la société comme une crêpe.

Compléments :

  • Sur le mécanisme en question : Toyota ou l’anti-risque.
  • Ma vision de Napoléon vient du second tome des Mémoires d’outre tombe.