Les chevaux du soleil

Histoire de la bataille d’Alger, en 1830. Je suis inculte. Au fond, je ne sais rien de la colonisation de l’Algérie.

Alger était sous la domination turque. Pourquoi la France a-t-elle voulu s’en emparer ? Mystérieux ? Une histoire de provocation, le dey d’Alger aurait donné un coup d’éventail au consul de France, être peu reluisant par ailleurs ? Douteux. Plutôt, tentative de Charles X de redorer son blason ? Ou volonté de revanche sur le sort d’une France défaite ? Ou encore désir de piller le trésor d’Alger ?…

Toujours est-il que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la victoire n’est pas certaine. Tout au contraire. Alger a la réputation d’être imprenable. Charles Quint s’y est cassé les dents et les Anglais l’ont récemment bombardée, sans oser débarquer. Napoléon avait envisagé de l’envahir et y avait envoyé un espion. Après des aventures rocambolesques, il en avait ramené un plan d’attaque. Mais peut-on lui faire confiance ? L’expédition a d’ailleurs du mal à arriver à bon port. On l’oublie, la Méditerranée est terriblement dangereuse et incertaine. Sans compter que l’amiral qui dirige la flotte ne s’entend pas avec le général en chef et n’a peut-être pas intérêt à ce qu’il réussisse. Une fois sur le terrain, l’armée ne donne pas l’image d’un mécanisme horloger. On observe le Français à l’oeuvre : c’est le simple soldat qui veut en découdre et entraîne les généraux. Quant aux Turcs, ils auraient pu aisément repousser l’attaque, seulement, ils sont plus aptes à la guérilla qu’à la bataille rangée. Finalement, c’est l’artillerie qui fait s’effondrer les murs du fort qui protège Alger. C’est à ce moment que la révolution se déclenche, en France. Le drapeau bleu blanc rouge remplace la fleur de lys. La fortune des généraux change.

Le général en chef a été vendéen, puis est passé, tardivement, dans le camp de Napoléon, puis de celui de Louis XVIII, avant de revenir vers Napoléon, puis de le trahir à Waterloo (aurait-il communiqué ses plans de bataille à l’armée ennemie ?). Cette fois-ci, ce sera le changement de trop : il ne jure pas allégeance à Louis-Philippe, et part en exil. En fait, son histoire est plus ou moins celle des cadres de l’armée. La plupart sont devenus des « politiques ». Ils vont sans grande difficulté d’un régime à l’autre.

Toujours est-il que l’affaire fut rentable. Mais qu’on n’y trouva pas de femmes.

Mirage algérien

En écoutant des émissions consacrées à Fernand Braudel, j’ai découvert que l’Algérie des années 20 fut un paradis. Alger aurait été la plus belle ville de France après Paris. Et l’Algérie n’était pas que française, Oran, par exemple, aurait été un mélange d’Espagnols et d’Italiens.

Si j’en crois Germaine Tillion, ce qui a conduit à la crise, fut la médecine moderne qui a fait croître énormément la population autochtone et la rendue misérable, l’économie étant restée traditionnelle.

Si l’on avait disposé plus tôt des analyses systémiques de Braudel, peut-être serions-nous aujourd’hui tous algériens ? (De même que les Anglais seraient français, s’ils avaient gagné la guerre de 100 ans ?)

(Je ne pense pas que c’était ce que croyait Braudel : pour lui, tout était une question de « civilisation », de culture humaine liée à la géographie. Si je le comprends bien, elle serait indéracinable. Les empires, romains ou autres, seraient des accidents.)

Algérie

Germaine Tillion, qui a passé une partie de sa vie à étudier l’Algérie, donnait une explication systémique de la guerre d’Algérie.

La médecine moderne élimine la mortalité infantile. Les populations autochtones se retrouvent en surnombre par rapport aux colons. Peut être, surtout, cela a produit, en 15 ans seulement, un effondrement du niveau de vie. L’économie traditionnelle ne peut plus nourrir la plupart des membres d’une famille, ils doivent partir en ville, où ils sont « clochards ».

Si la guerre a été si longue, cela tiendrait à la constitution de la 4ème République, qui n’était pas adaptée à la situation. Elle ne permettait pas aux belligérants de négocier. Et si elle a été si sanglante, c’est parce que, d’une certaine façon, elle a libéré les instincts animaux des deux camps, qui étaient devenus incontrôlables.

La situation difficile de l’Algérie moderne tiendrait à la durée excessive du conflit. Mais, peut-être aussi, aux tensions qui existent, culturellement, au sein de la société algérienne. Jadis, personne ne sortait de sa tribu sans être armé.

(A voix nue, de France culture, 1995.)

Benjamin Stora

Benjamin Stora était interviewé par France Culture. 

J’en retiens sa vision de l’accession du Parti Socialiste au pouvoir. Ce fut un peu : sous la plage, les pavés. Les soixante-huitards étaient de joyeux drilles, idéalistes. Ils ont découvert bien vite que, derrière le PS, il y avait les énarques. Adieu l’utopie, et la belle vie. Conséquence : la tristesse de M.Mélenchon ?

Je retiens aussi son enfance en Algérie. Contrairement à ce que je pensais, Albert Camus n’était pas isolé. Beaucoup croyaient à une option que l’on appellerait maintenant « sud africaine ». Mais le temps de Mandela n’était pas venu ? 

Voilà qui ferait un beau sujet d' »uchronie » : et si l’Algérie était maintenant une ou plusieurs régions françaises ? 

(D’ailleurs, Mandela n’était pas aussi novateur qu’on le dit. Les Romains ont accordé la citoyenneté à leurs colonies…)

Manifestations en Algérie

Nous vivons à l’heure du mouvement de foule spontané. C’est maintenant l’Algérie qui s’y met. Christine Okrent et son émission en parlaient samedi dernier.

Le mouvement algérien diffère de celui des Gilets jaunes. Il se prépare depuis longtemps, et sa composition sociologique est beaucoup plus vaste, et plus jeune, que dans le cas français. D’où une meilleure organisation (non seulement il n’y a pas de violences, mais les manifestations ne laissent pas un papier gras) et une capacité à produire une pensée politique, et des revendications cohérentes.

Le pouvoir semble anesthésié. Il exploitait la situation depuis longtemps, sa capacité d’analyse et de décision s’est atrophiée ?

Enseignement ? La politique et la stratégie sont des mécanismes collectifs, ils demandent à être construits et entretenus ?

Repentance

M.Macron reconnaît le rôle de l’Etat français dans la torture durant la guerre algérienne. Secret de polichinelle. On dit que cela va améliorer nos relations avec l’Algérie. Mais reprendre les thèses de la repentance ne va-t-il pas un peu mieux plomber la côte de notre président : décidément, c’est un homme de nobles pensées, coupé des réalités ?

Cela me semble dangereux de faire porter à quelques-uns les fautes du passé. En effet, je ne crois pas que ces fautes leur appartiennent en propre. Il me semble qu’elles sont en puissance dans la nature humaine. Dans l’avenir, plus que dans le passé. Nous sommes tous des coupables potentiels. Plutôt que se donner bonne conscience, par des gestes sans conséquence, il serait bien de se demander ce qui est la cause des drames ? Et ce particulièrement lorsque l’on détient un pouvoir immense ?

Changements en Chine

Changement en Chine. Elle adopte le modèle occidental en accéléré. Transformation à haut risque. Le problème du moment vient des villes. Bientôt 1md d’habitants. Un tiers des villes est constitué de migrants paysans. Ils sont considérés comme des étrangers. Ils vivent dans des conditions difficiles. The Economist aimerait qu’ils deviennent citoyens afin qu’ils aient accès à la sécurité sociale. Ainsi ils cesseraient d’économiser. Et ils dépenseraient. Ce qui serait bon pour l’économie. Mais cela rencontre beaucoup de résistances. Y compris venant d’eux. Puisqu’ainsi ils perdraient le droit à une terre sur leur lieu natal. A la campagne les élus locaux exproprient les paysans pour les entasser dans des immeubles. Créer des villes serait bon pour la croissance. A cela s’ajoute une classe moyenne puissante, qui craint le déclassement, la concurrence, et des riches qui cherchent surtout à quitter le pays… Mais, il y a des heureux : « fonctionnaires, qui travaillent pour le gouvernement ou le parti communiste« . 
Les Chinois visitent le monde. On se bat pour les attirer. Pour ce faire, il faut qu’ils obtiennent facilement des visas. Leur réserver un traitement spécial. Flatter leur fibre romantique. Et faire savoir que l’on existe en touchant leurs réseaux sociaux.
Ukraine (suite). La Russie voudrait en faire un chaos, mais pas un Afghanistan. L’Ouest cherche à causer des dommages économiques à la Russie. L’incertitude pourrait être suffisante pour inquiéter banques et entreprises occidentales, dont le pays dépend fortement. Pourquoi les partis d’extrême droite européens aiment-ils Poutine ? « affirmation musclée de l’intérêt national, insistance sur la tradition chrétienne, son opposition à l’homosexualité et sa façon d’avoir mis les secteurs économiques vitaux sous le contrôle de l’Etat. » Leur pression pourrait amener les gouvernements européens à être accommodants avec la Russie.
L’Algérie élit un président invisible. Le groupe qui contrôle le pays n’a pas pu se mettre d’accord sur un autre nom. Et le peuple préfère encore cette solution aux troubles qu’il a connus.
Aux USA, il y a de plus en plus de femmes au foyer. Et, à conditions équivalentes, elles gagnent quasiment autant que les hommes. Ce qui ne fait pas les affaires de M.Obama, qui veut acquérir cet électorat à sa cause, en disant qu’il subi une discrimination. L’Américain verrait très mal l’adultère (mais pourrait le commettre, pour peu qu’il soit sans risques). Le Japonrenoncerait à ses penchants nationalistes. En Afghanistan l’ennemi des Américains ne serait pas les Talibans, mais les Pakistanais, qui tirent les ficelles des précédents. Mais on ne peut pas se fâcher avec le Pakistan.
Le monde consomme de plus en plus de charbon. C’est polluant, ça crée de l’effet de serre, ça tue, et c’est même radioactif, mais ce n’est pas cher. Les agences de crédit ne se sont jamais mieux portées (marges de l’ordre de 50%). Les dernières bulles spéculatives (biotech, médias sociaux, Tesla…) se dégonfleraient un peu. Mais les fonds d’investissement ont levé énormément d’argent. Ils ne peuvent qu’en créer une nouvelle. Les grands du capital risque font de moins en moins de LBO. Ils prêtent aux entreprises et aux grands projets d’infrastructure. L’Espagne n’a pas réussi à créer de marque. Si bien que ses olives font de l’huile italienne, et que son vin devient français. Entre autres.
Le riche travaille plus que le pauvre. Parce qu’un travail du riche est amusant. Et que plus on gagne, plus on a à perdre à prendre des vacances. Mais aussi que les loisirs sont assimilés à la paresse. The Economist croit en Carlos Tavares.

On met au point la fusée qui retombe sur ses pieds. Objectif : Mars. Les fougères doivent leur survie à un gène qui leur permet d’utiliser les longueurs d’onde qui arrivent à l’ombre. 

La fièvre hexagonale, les grandes crises politiques 1871 – 1968

Livre de Michel Winock, Points histoire, 2009. Pourquoi la France est-elle une poudrière ?

Peut-être parce que nous sommes fondamentalement intolérants. Nous devons cela à notre passé catholique. Avec l’amour des principes absolus. Chez nous, il n’y a pas de place pour le compromis, celui qui ne pense pas comme nous doit disparaître.
Peut-être aussi parce que la logique de notre société est féodale, avec un État hyper puissant, mais sourd, dysfonctionnel parce que morcelé, et donc fragile, et une nuée de petits propriétaires qui oscillent entre une passivité bovine et la révolte.

Nos gouvernements tendent à exclure, voire à diaboliser, une partie de l’électorat. Ce phénomène, combiné à des dissensions internes qui les paralysent, conduit à des bouffées de colère qui prennent la forme de tentatives de coups d’État.
  • La Commune. La commune ressemble à un règlement de comptes, qui serait à la fois une guerre de religion et une sorte d’expiation de la défaite de 70 (comme en 1940 ?). Paris est évacué, puis ce qui reste de sa population est massacré. Début de notre tradition de l’affrontement sectaire ? À noter qu’un troisième parti, les radicaux,  a essayé de jouer les médiateurs entre les adversaires. Débarrassé de son aile gauche, il va désormais pouvoir dominer la politique française.
  • 16 mai 1877. 1877 semble être la réelle naissance de la 3ème République, et la défaite finale de la monarchie. Le 16 mai s’affrontent Mac Mahon, président de la République et orléaniste, et la chambre, de gauche. C’est elle qui gagne. La gauche aura une majorité durable. Mais, si ses partis  parviennent à s’allier pour gagner les élections, ils se haïssent trop pour pouvoir gouverner. Ce qui conduit à un régime faible, et à une droite qui se sent minorité opprimée, et qui est prête à tous les coups tordus.
  • Le Boulangisme. La République ayant fait des exclus, en 1887, ils vont tenter de se venger. Ils trouvent dans le général Boulanger le chef charismatique dont ils ont besoin. Mais il ne sera pas à la hauteur de l’événement. Début des mouvements de masse et populistes.
  • L’affaire Dreyfus. En France, il est normal d’être antisémite, mais pas de condamner un innocent. C’est peut être ce qu’il faut retenir de l’affaire Dreyfus. C’est aussi la naissance, et la première victoire, des « intellectuels ». Mais c’est certainement la droiture de quelques officiers de l’armée qui mérite d’être remarquée.
  • 6 février 34. Les forces coalisées d’une droite revancharde et du PC profitent de l’affaire Stavisky pour attaquer un gouvernement de gauche dysfonctionnel, mais soutenu par le peuple. Ça ne marche pas mais cela conduit à une forme de guerre civile larvée et suicidaire. La gauche prétextera d’une lutte contre le fascisme, qu’elle croit français, pour ne pas apporter les réformes nécessaires au gouvernement, et ignorer la montée du nazisme.
  • 10 juillet 40. Paul Reynaud aurait pu être l’homme de la situation. Mais il manque de souffle. Pétain et surtout Laval profitent de l’éternelle faiblesse du régime pour faire un coup d’État et imposer leur vision médiocre, et revancharde, du monde.
  • 13 mai 58. Guerre d’Algérie. Cette fois-ci l’armée se croit une mission, elle aussi a des comptes à régler. Le gouvernement en place, comme d’habitude, est trop divisé pour pouvoir réagir. De Gaulle arrive, transforme la constitution, et règle le problème, endémique, d’instabilité gouvernementale.
  • Mai 68. Mai 68 est l’histoire d’une sorte de baby boom étudiant mondial, mais qui, en France, va, en se heurtant à la rigidité de la société gaulliste, exploser.  

Pépé le moko

Film de Julien Duvivier, 1936.
Deux pauvres qui ont voulu faire fortune découvrent qu’ils sont passés à côté de l’essentiel.
D’ailleurs les riches sont moches.
Film à la gloire de la stabilité sociale ?
Toujours est-il que l’image de la colonisation n’est pas celle que nous avons aujourd’hui : c’est une symbiose heureuse de toutes les nations. Et celui qui représente la justice, impartiale mais humaine, est un Algérien.

Lybie : comment ça va se terminer ?

Difficile de savoir comment l’affaire libyenne peut s’achever.
  • La coalition va-t-elle parvenir à s’organiser sans se disloquer ? Ses moyens aériens vont-ils être capables d’aider les rebelles ?…
  • Cependant, il semblerait que le temps joue pour Kadhafi, si sa position n’est pas minée par des défections et s’il arrive à maintenir au moins match nul, il aurait les moyens de faire durer la situation. Et l’Algérie serait prête à le réarmer.
  • Alors faut-il aider le sort, en éliminant le colonel ? (Into the unknown)

Compléments :
  • « cette semaine, les Rafale qui survolaient la Lybie étaient ceux que les Français ont récemment essayé de vendre à Mouammar Kadhafi ». Un avertissement au Brésil ?