Utilité de l’homme

Surprise de l’année : l’homme aurait une utilité.

Le jeune éléphant mâle devient tout fou à la puberté. Il suffit qu’un mâle apparaisse, pour qu’il se calme, et ait une adolescence sans histoire. Il semblerait qu’il en soit de même pour l’espèce humaine, mais aussi pour l’adolescente. (Naturebang, de la BBC.)

Difficile de savoir ce que l’on peut en tirer ? Si vous êtes un peu déglingué et mal dans votre peau cela tient à ce que votre père (ou beau-père) n’a pas été à la hauteur de ses responsabilités ? Théorie de « l’ancrage » de Boris Cyrulnik ?

En tous cas voilà qui donne un espoir à une espèce menacée ?

Genre incertain

Il faut nous aider, nous ne savons comment nous comporter vis-à-vis des élèves qui sont mal dans leur genre. C’est ce que disait, l’autre jour, les enseignants anglais. (Informations de la BBC.)

Le mot « genre » n’est entré que récemment dans ce blog.

Curieux phénomène. Il y a encore quelques décennies, il n’existait pas.

Eh puis, il s’est agi de protéger les « dominés ». Un temps ce fut les Gitans, puis les « minorités ethniques ». Aujourd’hui il ne semble subsister que les femmes (paradoxalement, en majorité) et quelques minorités sexuelles quelque peu ésotériques.

Pas étonnant que l’adolescence, traditionnelle période de crise existentielle, s’y perde, et soit un peu plus mal dans sa peau que d’habitude ?

Ce que l’enseignant aurait besoin d’apprendre, serait-ce ce que les Lumières croyaient le moyen ultime de libération de l’homme : la pensée critique ? Le vaccin contre les modes sociales ?

L'adolescence est une courte folie

Les neurosciences expliquent l’adolescent. L’adolescent est avant tout un cerveau en construction. Le système de contrôle du comportement est le cortex préfontal. C’est la partie qui semble être apparue le plus récemment dans l’évolution. Elle se met au point au moment de l’adolescence. C’est pourquoi l’adolescent paraît tout fou. Il ressemble à une voiture de course qui aurait une direction de deux chevaux. Et c’est pourquoi, avec lui, ni la carotte ni le bâton n’ont d’effet.

A mature brain is quite good at predicting the necessary balance between effort and reward. It does this by using links between the cognitive control systems, found in the highly evolved prefrontal cortex, and the reward circuitry, made up of evolutionarily older sub-cortical structures, which controls motivation and “wanting”. These include the striatum and the anterior cingulate cortex.

Pour devenir soi, faut-il déplaire à ses parents ?

Pourquoi les fans hystériques sont-ils apparus dans les années 60, se demande CAM, le journal de l’université de Cambridge (Crush). Une explication psychologique possible : parce que ça déplaisait à leurs parents.

De l’adolescence au début de l’age adulte, la principale crise que les individus traversent est celle de l’identité et de la recherche d’indépendance de l’autorité (…) cette musique peut être psychologiquement séduisante puisque c’est une musique que l’autorité n’aime pas qui facilite la découverte de soi. (…) Donc, peut-être, l’hystérie des fans est aussi simple que cela : les gens y sont susceptibles parce que leurs parents la haïssent, et, en tant que tel c’est bon et sain. « Vous vous identifiez avec un groupe, et c’est un groupe qui n’est pas vos parents. Cela a à voir avec l’éloignement de la sécurité familiale, de l’environnement où vous pouvez prendre les choses pour certaines et vous connaissez votre place – c’est ce que vous devez faire, sinon vous ne serez jamais indépendant. »

La crise d’adolescence comme engagement existentiel

J’ai été frappé par l’histoire de Khaled Kelkal. (C’est la base de : Comment fabriquer un terroriste.) Il a apparemment tout pour réussir dans la société française, et pourtant il se révolte contre elle, et finit terroriste.
Ceci m’a amené à rassembler des observations faites sur les crises d’adolescence auxquelles j’assiste, à distance. En résumé, il me semble que la crise est naturelle et bénéfique. Si elle tourne mal, c’est souvent du fait d’une méprise. Voici donc des idées d’un non psychologue tirées d’un échantillon non représentatif…
L’adolescent cherche la respectabilité
Selon mon expression favorite, le jeune con veut devenir un vieux con. Il est à la recherche de certitudes, d’une discipline de vie admirable (le mot discipline est important). Cela n’est jamais mieux visible que chez les révolutionnaires et les fondamentalistes. Ce sont des missionnaires au sens religieux du terme, qui s’imposent une discipline de vie très rude.
De là résulte un premier cercle vicieux. Les parents prennent les difficultés de l’enfant comme l’expression d’un refus des lois sociales. En voulant les lui faire avaler en force, ils les rendent irrationnelles et odieuses, le poussant à aller chercher son salut ailleurs.
L’adolescent veut ressembler à ses parents
Voici un exercice qui m’enchante. Demander à un parent mécontent de l’attitude de son enfant de raconter sa vie. Ça marche à tous les coups : le comportement de l’enfant est la copie conforme de celui du parent au même âge.
En fait, le parent veut faire ressembler son enfant à ce qu’il est aujourd’hui (ou ce qu’il se rêve être, ou rêve d’être), sans se rendre compte que les dérèglements de sa jeunesse ont été nécessaires à la construction de l’adulte qu’il est.
 
Une variante de cette question est la suivante. L’enfant essaie de se modeler sur les valeurs et comportements de ses parents. Or, alors qu’ils ont travaillé nuit et jour pour entrer à polytechnique ou à HEC, aujourd’hui ils ne rejoignent leur famille que pour une oisiveté luxueuse. L’enfant ne peut copier que ce qu’il voit…
La crise d’adolescence comme engagement
J’ai assisté à quelques crises d’adolescence qui se sont bien terminées. À chaque fois, l’adolescent a fait un acte de volonté. Il a voulu quelque-chose par lui-même. Et cela a réussi. (Par exemple, il est devenu un excellent élève.)
Le processus ressemble beaucoup à ce que disent de l’engagement les existentialistes. Face à une situation qui lui paraît désespérée, l’adolescent a eu un sursaut qui l’a sauvé. Il a découvert ce qui comptait vraiment pour lui. Dorénavant cela va le guider pendant toute sa vie. Une subtilité : l’enfant ne se définit pas alors pour ou contre ses parents, mais indépendamment d’eux. C’est cela le vrai changement. D’ailleurs cela lui fait retrouver, très souvent, une direction qui les surprend mais qu’ils approuvent et admirent.
Cela explique peut-être aussi un paradoxe qui ne cesse de me frapper. Le bon élève qui a tout réussi dans la vie est souvent un être extrêmement étriqué, et parfois quelqu’un de névrosé. Et s’il devait son triste sort à ce qu’il a été ce « qu’on » voulait qu’il soit ?
Attention à l’engagement innovant
Mein Kampf d’Hitler est l’exemple d’un engagement qui a échoué. Comment cela se voit-il ? Parce qu’Hitler était, selon tous les observateurs, extrêmement mal dans sa peau.
Pourquoi tous les engagements ne réussissent-ils pas ? Parce qu’ils trichent avec la réalité. Ils « innovent » au sens du sociologue Merton. Hitler voulait probablement détruire une société qu’il jugeait la cause de ses maux. De même, l’adolescent, pour se sortir d’une injustice de bambin, peut transformer sa vie (et généralement la nôtre) en un calvaire. Ce qui explique peut-être pourquoi il y a des conquérants et des présidents…
Donneur d’aide et crise d’adolescence
Finalement, l’adolescent a-t-il besoin d’aide pour devenir adulte ?
L’engagement est un acte personnel, qui ne peut lui être imposé. Mais cet engagement peut aller dans une direction malsaine, comme dit plus haut. Les crises de l’enfance doivent donc être suivies afin d’éviter une « innovation ». Pour cela, la société doit probablement fournir à l’adolescent une large offre de « donneurs d’aide », au sens de ce blog, parmi laquelle il choisira ce qui lui convient. Le rôle du donneur d’aide sera de faciliter la réflexion de l’adolescent, en lui évitant une innovation prématurée.
Les parents sont-ils des donneurs d’aide ?
Souvent, « le parent est le problème », selon l’expression de la systémique : « le problème c’est la solution ». Au moment de la crise d’adolescence classique, un des parents est généralement beaucoup plus investi que l’autre vis-à-vis de l’enfant. Une erreur d’interprétation le conduit à emprisonner l’enfant dans un carcan de devoirs, alors que celui-ci a, justement, besoin de s’échapper. Mais, il arrive aussi que le parent se remette en cause. Il est probable qu’alors non seulement il a permis à son enfant de trouver le sens de sa vie, mais il lui a aussi prouvé que jusque-là il cherchait à l’aider.
Compléments :
  • Est-ce comme ceci que l’on peut lire le film Into the wild ?
  • Cette théorie rejoint tout de même celle, beaucoup plus respectable, de l’autoréalisation de Maslow. (MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.)