Sade

Ce que dit wikipedia de Sade : avant d’être embastillé et de devenir obèse, il faisait ce que disaient ses livres. Il exerçait ses fantasmes sur les pauvres, »ou tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas« . Sa famille a fait des miracles pour lui éviter la peine de mort.

Sade n’était probablement rien d’autre qu’un grand seigneur, qui n’a rien de plus cher que la liberté, liberté qui signifie être au dessus des lois. Son action même reniait les droits de l’homme. Il était certainement plein de morgue aristocratique. Or 68, l’a absout. Entre l’offense aux bonnes moeurs et les droits de l’homme, 68 a tranché. Sade ou l’esprit de 68 ?

Le paradoxe du yaourt

Je veux un yaourt au lait normal, sans rien d’autre. Le rayon est immense, mais il y a tout sauf cela ! La diversité a tué le yaourt des origines ! (J’ai tout de même fini par trouver ce que je cherchais. Mais après deux séances d’enquête.)

La diversité a de curieuses propriétés. Faute d’effet d’échelle, ses coûts sont élevés. On les compense par une baisse de qualité masquée. Par exemple, on remplace le composant naturel par ce qui en a le goût, mais pas le prix. J’ai toujours pensé que la stratégie de Marks and Spencer, jadis, avait été de faire le contraire. Du simple, d’excellente qualité, à très gros volume. Mais, pour pouvoir parier son avenir sur une petite gamme de produits, il faut du génie, pour la concevoir. (Celui de Steve Jobs, en particulier.)

Et si un des noms du changement que nous avons subi était « intelligence » ? Nous en avons fait l’économie ? Pour ne pas l’avouer nous avons usé de sophismes, comme choix = « diversité » ?

Arpeggiata

La baroque, art constipé ? Qu’il s’agisse du protestantisme austère de Bach, ou de l’art de Louis XIV, n’est-ce pas ce que l’on en retient ? On écoute la musique baroque, parce qu’il faut souffrir pour être cultivé ? L’Arpeggiata révèle un autre baroque. Un baroque italien, et populaire. Un baroque chaud et amical.

Voilà pourquoi 68 s’est tourné vers la Pop ? Il voulait de la spontanéité. Mais l’intello n’a pas compris que c’était son esprit qui était principe desséchant ? Et qu’il devait se changer avant de changer le monde ?

Monde clos

Le monde est un gâteau. Il me semble que c’est une croyance de notre temps. Loi des 35h : travaillons moins, il y en aura plus pour tout le monde ; le PDG voit le salarié comme un coût et non comme une ressource, etc.

Un des livres de ma bibliothèque parle de « Jeu à somme positive ». Il a été écrit durant les trente glorieuses. C’était comme cela que l’on comprenait la vie, en ce temps. Puis, est-ce en 68 ?, notre perception a changé. La vie n’était plus création, élan vital, mais exploitation, volonté de puissance.

(Suite de mon billet sur l’inachèvement. Comme pour le Yin et le Yang, il y a des temps où l’on croit que le monde est achevé, et d’autres qu’il est inachevé ? Moment de bascule ?)

Le changement selon Obama ?

Barack Obama aurait été dans le droit fil des luttes sociales du 68 américain, disait un invité de l’émission dont il est question dans mes précédents billets. L’élection de Donald Trump a marqué un recul brutal.

Mais, qu’a fait Barack Obama ? me suis-je demandé. Certes, son opposition a eu l’habileté de bloquer ses mouvements, alors qu’initialement il avait une majorité absolue. Mais il n’a pas semblé faire de grands efforts pour imposer ses idéaux. Et si M.Obama et le parti des intellectuels croyaient qu’il suffisait « d’être », de tenir quelques beaux discours, pour que le monde change ?

(« Le changement c’est maintenant » ?)

Les idéaux de 68

Le printemps de Prague a été l’envers du 68 français. Alors que les étudiants français voulaient renverser l’ordre bourgeois, à Prague on voulait renverser le marxisme, pour profiter des bienfaits de la société (petite) bourgeoise (élire ses représentants, pas de censure, pas de pénurie alimentaire…). On entendait cela dans l’émission dont il est question dans mon précédent billet.

On parle très sérieusement des « idées de 68 ». Mais quelles idées ? N’ont-elles pas été qu’une excuse à un mouvement d’humeur ? D’ailleurs, le parcours des « intellectuels » de l’époque, type Cohn-Bendit, en gros de Mao à Macron, ne montre-t-il pas que, pour eux, les idéaux ne sont là que pour justifier leurs intérêts du moment ?

A bas les mandarins !

68, révolte contre les « mandarins ». France Culture consacrait plusieurs émissions à ces événements. Une fois de plus il ressort que les jeunes étudiants trouvaient que leurs enseignants étaient insupportables. Ils n’étaient pas au courant des idées à la mode à l’époque, et ils n’écoutaient pas leurs élèves. De vieux cons, autrement dit.

Qu’en était-il ailleurs ? me suis-de demandé. J’ai pensé à ma famille. Une partie est faite de paysans corréziens, qui sont devenus ouvriers. Mais qui, probablement, n’avaient jamais renoncé au rêve de revenir à la ferme. Ils étaient des gens de devoir. Ils n’avaient pas eu une vie facile, mais ils ne s’étaient jamais rebellés. Et ils s’attendaient certainement à ce que leurs enfants fassent comme ils avaient fait vis-à-vis de leurs propres parents. Ils croyaient aussi, peut-être, inconsciemment, que les dits enfants leur seraient reconnaissants d’avoir pu étudier. (Pour cela, ils exagéraient leur mérite, car l’éducation s’était répandue.)

68 serait-il lié à un changement social ? Les codes de la France rurale sont entrés en conflit avec les attentes d’une France d’intellectuels ?

(D’où il ressort aussi que je suis un prof soixante-huitard. Je considère mes élèves comme des égaux. Mais pas eux. Ils préfèrent à mes exercices de simulation que je leur raconte des histoires…)

Le retour des majorités

L’extrême droite casse la grève ! disait France Culture, il y a quelques semaines. Un groupuscule s’était battu avec des grévistes d’une université. Curieusement, France Culture ne s’était pas ému que des étudiants puissent bloquer une université et empêcher leurs camarades d’étudier.

Ce que 68 a révélé est qu’il était normal de faire grève, de bloquer des universités, de casser du matériel, de frapper des policiers… Aucune justification n’était demandée, et l’irresponsabilité était garantie. Les fonds publics dédommageaient les sinistrés. Il n’est peut-être pas étonnant que l’on ait tant parlé de « minorités » depuis lors. Tout leur était permis. Ce qui est étrange, lorsque l’on pense que le mouvement a démarré sous un général. Aurait-il été un faible, sous des dehors de matamore ?

Voilà qui est peut-être en train de changer. Passerions-nous de l’ère des minorités, à l’ère de la majorité ?

(L’économie parle de temps de cycle de 60 ans, en serait-il de même pour les changements sociaux ?)

Causes de 68

Pourquoi 68 ? Question posée à Romain Goupil, leader lycéen de ces temps lointains, par l’émission Rue des écoles, la semaine dernière. J’en retiens qu’il ne pouvait pas supporter ses enseignants (du lycée Condorcet). En particulier, il avait une conscience politique que l’on ne laissait pas s’exprimer. (J’ai cru comprendre qu’il voulait parler avec eux de la guerre du Vietnam.) Et il ne pouvait pas supporter les vieux. La vieillesse commençant à trente ans.

Aujourd’hui, on cherche des explications compliquées à 68. « Le peuple s’ennuie » demeure probablement celle qui a tapé le plus juste.

Détail amusant, l’animatrice de l’émission demande à une jeune fille de 12 ans, venue témoigner de la souffrance à l’école, ce qu’elle pensait des souvenirs de Romain Goupil. Rien n’a changé. 68 n’a pas modifié l’enseignant. C’est toujours un insupportable donneur de leçon pour qui l’élève ne compte pas.

(Curieux parcours que celui de Romain Goupil : de Trotsky à Macron, en passant par Bush ?)

Enfance de la morale

Je m’intéresse à la morale comme outil de manipulation. Mais d’où vient la morale ? De notre enfance. La morale, ce sont nos parents qui nous disent de faire ceci ou cela, sans nous expliquer pourquoi, sans s’adresser à notre libre arbitre.

Cause de 68 ? La génération des parents de 68 était, pour le peu que j’en ai vu, une génération de moralisateurs (insupportables). Cela a pu avoir deux conséquences, dont une paradoxale : la révolte contre un climat étouffant ; mais aussi le désir de faire comme ses parents : dominer le monde par la morale. Quand on est formé par la morale, on ne connaît que la morale. Et voilà pourquoi notre élite nous gouverne par la morale ?

(Et voici aussi pourquoi on conteste sa légitimité : elle est recrutée par des examens qui portent sur la raison, et elle ne l’emploie pas ?)