Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff fait l’objet d’une plainte. Je me rappelle de lui, il y a déjà bien longtemps, chez Bernard Pivot. Il était considéré avec intérêt par la société la plus recommandable, à la surprise du bon peuple. Ce qu’il y a d’étrange, surtout, est que ce qu’on lui reproche est écrit dans ses livres.

D’ailleurs, je crois qu’il dit quelque part, en substance, que, pour un adolescent, il est le plus sûr initiateur à la sexualité qui soit. Meilleur, donc, qu’un partenaire du même âge. 
Pourquoi est-il poursuivi maintenant, et pas alors ? On parle aussi de « tourisme sexuel » ? Mais est-il le seul à s’y être livré, et même à avoir écrit sur le sujet, en particulier dans la classe morale ? Ceux qui ont vécu par les valeurs de 68 pourraient-ils en périr ?  

Années 20, années folles ?

68 a eu une conséquence inattendue. La société était bien plus libre sous le terrible Général qu’ensuite. Plus cela va et plus le monde est triste. Tout propos peut être retenu contre vous. Le mot d’ordre officiel est « name and shame ». On nous invite à « balancer ».

Voilà qui aurait fait trembler mon père. Il avait connu la guerre. « Délation » était un mot qui le mettait hors de lui. Sa famille avait eu à en souffrir. Une souffrance qui n’est pas concevable, et qui ne s’exprime pas.

Et grâce au « numérique », le grand progrès de notre temps, nous vivons dans le Panopticon de Jeremy Bentham. Tous coupables.

Le monde est devenu chiant. Et si l’on changeait les choses ?

Metoo et 68

On vit un temps schizophrène. Comment ceux qui se réclament de 68 et de Woodstock peuvent-ils critiquer MM.Epstein et Clinton ? 68, c’était le temps d’une sexualité débridée. Il est interdit d’interdire, non ?

De même, j’ai découvert une campagne de défense du décolleté. Mais comment concilier cette affirmation de l’ultra-féminité et la théorie du genre ?

Génération provocation

De quoi se préoccupe notre société ? me suis-je dit en écoutant le reportage sur Woodstock dont il est question dans un autre billet. De sujets de nième importance. Le mariage pour tous, par exemple. Leur seule caractéristique est la provocation : faire hurler la société.

Mais aussi occuper entièrement les esprits. Et leur masquer les véritables changements : chômage, emplois précaires et dégradants, services publics dévastés, médecine et éducation devenues férocement inégalitaires, fin de l’ascenseur social, etc. Le retour de l’ancien régime, autrement dit.

Affligeant Woodstock

Pitoyable Woodstock ? Se baigner tout nus, voilà la revendication de la jeunesse de l’époque. Plus l’émission (France Culture) avance, plus je suis consterné. La pensée de cette génération était affligeante. Aucun contenu. Comment une société où l’on ne sait que s’amuser peut-elle vivre ? Lamentable. Le degré zéro de l’intelligence. Quel était le projet de cette jeunesse sinon contrarier ses parents ?

Le plus surprenant est que la légitimité de notre élite actuelle vient de Woodstock. Or, même si la pensée Woodstock était nulle, qu’en reste-t-il aujourd’hui ? La morale et la censure sont partout (et l’argent !). Ce que révèle Woodstock c’est à quel point la société des années 60, contrairement à la nôtre, était tolérante !

Michel Foucault ou l'instrumentalisation de l'autorité ?

Le philosophe Pierre Vesperini parlait de Marc Aurèle. Quand on étudie ce qui se disait à l’époque de Marc Aurèle, on en arrive à une interprétation des écrits de cet empereur qui est totalement différente de celle qui domine la pensée française. En particulier, Marc Aurèle n’est pas un stoïcien, le membre d’une secte, mais une personne qui se sert de différentes disciplines de la pensée pour guider sa vie. Les travaux de Michel Foucault, en particulier, reposent sur une interprétation tronquée des textes.

Les philosophes et les scientifiques patentés ont-ils eu le tort d’utiliser leur position d’autorité pour servir leurs combats personnels ? Devrait-on s’interroger sur ce qu’exige, en termes de rigueur intellectuelle, « la science » ?

Les paradoxes de l'espoir

Est-ce parce que je vieillis ? Je sens du désespoir dans la génération qui me précède. Celle qui dépasse les quatre-vingts ans, en bonne santé.

Les personnes âgées, dans ma jeunesse, n’étaient pas dans ce cas me semble-t-il. Pourquoi ?

Paradoxe de l’égoïsme ? La génération d’après guerre mettait le « devoir » au dessus de tout. Quand on doit quelque chose, on a toujours un objectif. La vie n’a pas de fin. La situation est différente, lorsqu’il s’agit simplement de profiter de la vie : plus ça va, et moins c’est possible.

Blog, décennie perdue ?

Ecrire un blog est un art éphémère. Il suffit qu’un de vos fournisseurs décide que vous ne présentez plus un intérêt économique suffisant pour que dix ans de travail partent en fumée.

Le jour où Google ou un autre frapperont, ce sera un soulagement. En effet, je suis le principal client de mon blog. Je dois le relire pour détecter les fautes d’orthographe que j’ai laissé passer. Je suis une victime des réformes de 68. Certes, mon orthographe est moins atteinte que celle des jeunes, mais j’ai tendance à me laisser emporter par l’inspiration. Ce qui donne des résultats étranges. D’autant que l’Intelligence Artificielle des correcteurs automatiques me joue de plus en plus souvent des tours pendables.

Un demi siècle de destruction, à quand la création ?

La sagesse comme projet de société ?

Débat sur la retraite. Un participant : je ne comprends pas, dans les années 80, on disait qu’il allait y avoir déséquilibre entre actifs et inactifs, or le gouvernement Mitterrand a réduit la durée de travail.
Plus surprenant ? Les participants en activité estiment qu’ils n’auront jamais de retraite. Les retraités, eux, se trouvent inutiles. Ils n’osent rien faire, de peur de voler un emploi. « Perte de statut » dit quelqu’un.

Et si tout cela n’était qu’une question de « croyances » ? s’est-on demandé. Après guerre on parlait d’expansion et de jeu à somme positive, aujourd’hui, implicitement, le jeu est à somme nulle, ou négative. Le vieux prend un emploi au jeune. Surtout, on semble croire que tout est une question « d’activité », d’agitation musculaire. Et la sagesse ? Sans elle, l’activité est vaine. La valeur, inestimable, de l’ancien est là.

En se privant de sagesse, nous avons créé une société de poulets sans têtes ?