La défaite de l’ingénieur

Qu’est-il arrivé à l’ingénieur ? Dans ma jeunesse, il était admiré. Puis il a été victime de plans sociaux.

L’entreprise est devenue politique, au mauvais sens du terme. Or, il ne savait pas parler et probablement pas penser. C’était une sorte de machine.

Danger de la spécialisation ? Dans Le roman des trois royaumes, il est question d’un stratège. Il affronte des peuples étrangers. Initialement, ils ont le dessus, parce qu’ils ont un atout. Mais cet atout a un revers. Et le stratège l’utilise pour les prendre à défaut.

Serait-ce la loi du changement social ? La société cherche en permanence à exploiter nos faiblesses. Et celles-ci tiennent essentiellement à ce que nous nous rigidifions. Elle nous force à être in quiets ? (En deux mots.)

Présidence Kruger Dunning ?

Ces derniers temps, on me disait que notre président avait des favoris, quelque peu douteux, qui faisaient sa politique. Notamment, qu’il aurait été influencé par un jeune diplômé, qui était convaincu, avec les discours marketing de l’époque, que le numérique allait faire de la terre un paradis et que tout le reste méritait d’être abandonné. Ce qui expliquerait beaucoup de décisions curieuses.

Mystère de la conviction ? Comment penser que l’on peut avoir raison contre tous ? Effet Kuger Dunning ?

En fait, notre président n’a rien d’exceptionnel. Quand on fréquente un peu nos dirigeants, on découvre souvent qu’ils sont sous l’emprise de conseillers généralement peu recommandables. Il en a été de même des rois et des reines, d’ailleurs. C’est bien connu. Du danger de la solitude du dirigeant ?

Chine du milieu

La Chine n’est pas une exception. Il est bon de se rappeler qu’au départ des réformes mises en place par Deng Xiaoping, c’était un pays particulièrement pauvre avec une économie très rétrograde, mais dont la population était relativement bien éduquée. Il était idéalement situé pour se développer en se libéralisant, en s’intégrant dans l’économie mondiale, et en adoptant les technologies existantes. Au fur et à mesure que l’écart avec les pays avancés s’est réduit, le bénéfice de ce rattrapage s’est épuisé et les coûts économiques d’un régime autocratique sont devenus plus apparents. L’essoufflement de l’économie chinoise se produit d’ailleurs très tôt dans le processus de rattrapage, alors que le revenu par tête de la Chine n’est encore que le tiers de celui des États-Unis. Le Japon et la Corée du Sud ont fait beaucoup mieux.

Article

Une des thèses de ce blog est que la Chine n’est pas le géant dont on nous a tant parlé. Il y a quelque chose dans sa culture qui fait que, comme le Japon, il arrive un moment où sonne l’heure du repli sur soi.

Triste Allemagne

Samedi, Politique étrangère de France Culture parlait de l’Allemagne.

Curieux. Celle que l’on nous donnait en exemple ressemble à la France. L’Allemagne a quelque chose d’une cigale. En particulier, elle souffrirait d’un sous investissement chronique.

Comment en est-elle arrivée là ? Mystère. Où est allé l’argent de la prospérité ?

(Au passage, j’ai entendu que la faille de son industrie automobile tenait à ce que son savoir-faire était la conception des moteurs, alors que la propulsion électrique est une question de logiciel.)

Guerre culturelle

A l’occasion de la COP, j’entendais dire qu’il ne fallait plus compter sur les USA, car le sujet du changement climatique était devenu une « guerre culturelle ». On ne peut plus en parler.

A qui la faute ? Et si les « climato-enthousiastes » avaient, eux-mêmes, adopté une stratégie de guerre culturelle ? Ils ont annoncé que la science était de leur côté, donc qu’il n’y avait plus à réfléchir, il fallait obtempérer. Puis ils ont fait voter des lois. Leur impact sur l’économie et la société ne comptait pas : il n’y avait pas d’autre solution.

Comme le disait Michel Crozier, dans son étude sur la bureaucratie, il semble que l’homme ne puisse pas supporter l’oppression, même lorsqu’elle veut son bien. Elle provoque une contre-poussée en sens inverse. Un réflexe naturel : la guerre culturelle ?

Drame de la solitude

“Loneliness among adolescents around the world has nearly doubled in recent years. The need for social interaction is especially intense during adolescence, but it is not clear whether online socialising can fulfil this need.

“This study has shown that digital interactions might not mitigate some of the deep-rooted effects that isolation appears to have on teenagers.”

Article.

Apparemment, le lien social est nécessaire au sain développement de l’individu. Comment se fait-il que les jeunes soient de plus en plus seuls ? Et quel va en être la conséquence ?

Portrait de l’artiste enfant

Un privilège de l’âge est d’avoir pu observer le développement de l’homme, et peut-être surtout les relations entre générations et leurs conséquences.

Par exemple, il est surprenant de constater que ce qui pourrait paraître une petite particularité amusante de l’adulte peut avoir comme impact sur l’enfant. C’est ainsi que le parent découvre souvent que son enfant lui en veut « à mort », alors qu’il n’a rien vu venir.

Est-ce étonnant ? Les parents sont inexpérimentés. Ils sortent de l’enfance. Jusque-là on ne les prenait pas au sérieux. Ils étaient « mineurs ». Et, soudainement, on leur confie des êtres humains sans défense, sur lesquels ils ont droit de vie ou de mort. On peut difficilement imaginer changement plus violent. Cela ne peut que produire un cercle vicieux : au lieu de chercher le « juste milieu », l’enfant devenu adulte adopte l’opposé de ce qu’il croit avoir reçu, selon la fameuse formule : « je te donne ce que je n’ai pas eu ».

Or l’enfance et l’âge adulte sont extrêmement différents. L’âge adulte est une sorte de redoublement permanent : la vie fait du surplace. L’enfance au contraire est un moyen-âge de l’humanité où tout est merveilleux. Un monde de contes de fées, plein d’histoires. Où tout incident prend des dimensions fantastiques.

Ce qui amène à prendre conscience d’un mystère : la façon dont on devient homme. L’homme est le fruit d’une quantité d’influences, d’expériences, de hasards. Il y a certainement de l’inné dans sa constitution, mais il peut en sortir une infinité de solutions. Il semble donc illusoire de rêver d’une humanité douée de raison. Il faut s’attendre aux surprises de la diversité.

Sinistrisme

Les démocrates américains s’interrogent sur leur défaite. Ce qui est tout à leur honneur. Il y a quelque temps, je lisais qu’ils l’avaient méritée. Ce matin, j’entendais la BBC dire que l’Américain considérait que le démocrate était allé beaucoup plus vers la gauche que le Républicain vers la droite. Qu’il avait lâché l’économie pour les questions sociales, et que, du parti du travailleur et du pauvre, il était devenu celui des minorités.

En France, on parle de « sinistrisme », les partis de gauche tendent à aller à droite. Le démocrate ferait-il exception ? Peut-être pas : que serait un pays dominé par des minorités pauvres et une minorité riche, sinon une aristocratie, ou une oligarchie ?

Anne Cheng

La vie d’Anne Cheng, par elle-même (A voix nue, France Culture).

J’ai apprécié son Histoire de la pensée chinoise. Je la savais fille du fameux François Cheng, et je pensais qu’elle avait eu une jeunesse dorée. Pas du tout. Elle est née par hasard. Son père lui en a toujours voulu d’avoir mis un terme prématuré à sa destinée.

Il se voyait comme dieu le père. Avec la belle mère d’Anne Cheng et elle-même, ils étaient la sainte trinité ! Secte ? Et elle a vécu dans la pauvreté, à tel point que la DDASS l’a retirée un temps à sa famille.

Elle doit son parcours brillant à sa volonté de fuir l’emprise (au sens « pervers narcissique ») de son père, et à l’ascenseur social, qui marchait encore en son temps.

Comme quoi une vie apparemment réussie peut cacher de graves traumatismes.

Et la Chine ? Anne Cheng a cru, avec nos élites, qu’elle se transformerait au contact de l’Occident. Curieusement, personne n’a entendu le signal de Tien an men.