The sciences of the artificial

En son temps, Herbert Simon était présenté comme le « père de l’intelligence artificielle ». Il était aussi prix Nobel d’économie. Ce livre date de 1996, la première édition de 1969.

Longtemps nous avons vécu dans la nature. Nous avions besoin de sciences naturelles. Aujourd’hui, nous avons transformé le monde qui est autour de nous. Nous l’avons « artificialisé ». D’où le besoin d’une nouvelle science.

En fait, il écrit en un temps où la théorie de la complexité a remplacé la systémique. Herbert Simon estime que, sans bases scientifiques, elle ne sera qu’une « mode ». Il veut lui fournir cette base.

Pour cela il construit son oeuvre sur une érudition à la Science et vie et sur deux principes : la vie est quasi déterministe, et quasi hiérarchique. Ce qui me semble gravement faux. Ce qui explique peut-être que la théorie de la complexité ait, effectivement, été une mode ?

Beauté du diable

Amazon is the latest Big Tech company to donate $1mn to Trump fund
Contribution to inauguration effort comes as founder Jeff Bezos and others attempt to build ties with the president-elect

Financial Times, 13 décembre

Comme les opinions changent, décidément. Trump a vaincu, ses critiques sont devenus inaudibles. On lit ailleurs :

TRUMP ON MELONI: FANTASTICA! “She’s fantastic. She’s a fantastic leader and person,” once-and-future U.S. President Donald Trump told a reporter asking if he had a message for Italian Prime Minister Giorgia Meloni (our No. 1 most-powerful person in the POLITICO 28 Class of 2025). Asked if he’d work with her, Trump shouted, “Yes!”

Politico.eu, 13 décembre

Mme Melloni, que l’on disait fasciste, soit le mal absolu, est désormais l’homme fort de l’Europe.

La « pensée 68 » défaite en rase campagne ? Curieusement, cela rappelle un thème de 68, que l’on trouve à répétition dans les films de Roman Polanski : le mal n’est pas ce que l’on nous en dit !

Lucky Lucan

Heureux Anglais ? En Angleterre la réalité dépasse la fiction (criminelle).

Il y a un demi-siècle, Lord Lucan, joueur professionnel au physique de James Bond, tue la gouvernante de ses enfants, et agresse sa femme, puis disparaît définitivement. Suicide ? Et, d’ailleurs, est-ce bien lui le meurtrier ?

La BBC enquête (The Lucan obsession). Elle découvre un nombre considérable d’incohérences. S’il était jugé aujourd’hui, Lord Lucan profiterait du bénéfice du doute. Mais pas alors, car le système judiciaire anglais et la police avaient de bien étranges principes. Les journalistes payaient les policiers pour avoir des informations, et ceux-ci ne faisaient guère preuve de zèle pour enquêter. Quant à la justice, elle avait de solides préjugés. Elle a de multiples façons d’être aveugle ?

(Lord Lucan était surnommé « Lucky Lucan », pour la chance qu’il avait eue au début de sa vie de joueur. Je me suis demandé si « Lucky Luke » s’en était inspiré. Mais la bande dessinée remonte à 1946.)

France chômage

Un observateur de la « chose publique » me disait que les grands groupes voulaient depuis quelque temps procéder à des suppressions massives d’emplois, mais qu’ils n’osaient pas licencier les premiers. Maintenant que le mouvement est parti, ils s’y mettent tous. Y compris Airbus.

Il y aurait eu une phase d’euphorie, une vague d’embauches, après le covid. Elle aurait fait oublier à nos politiques la question de l’emploi. Elle se rappelle à nous à un bien mauvais moment ?

La cigale… ?

Mal français

Qu’est-ce qui fait de nous un pays consternant ?

Le phénomène semble remonter à Louis XIV. Depuis lors la France essuie défaite sur défaite. Et pourtant son ridicule ne meurt jamais.

Et si notre mal était « l’aristocratie », « l’élite » ? Celle de Louis XIV a fasciné son temps. Depuis nous ne cessons de la réinventer. A chaque fois, un processus de sélection qui leur fait croire qu’ils sont des génies porte au pouvoir des arrogants sans expérience pratique.

Au moins, Louis XIV avait-il une armée qui savait se battre, mais aujourd’hui, tout le monde se croit élite.

Comment modifier cette organisation sociale ? Et, peut-être aussi avant de commencer, faudrait-il se demander quelle en fut la contrepartie pour le peuple ? Une formation à l’impuissance ?

Marc Bloch

Marc Bloch vient d’entrer au Panthéon. En écoutant l’émission de France culture « avoir raison avec », je pensais que Marc Bloch était un représentant de « ma France ».

Son oeuvre est très proche de mes préoccupations. Il a jeté sur le monde un oeil d’anthropologue. Il a cherché dans le moyen âge les « invariants » de nos sociétés européennes. Et il a analysé, comme le fit Tocqueville, la société de son temps, qui ressemble tant à la nôtre. Et il est mort pour un idéal dont elle est indigne.

L’honorable Donald Trump

Suis-je victime d’une illusion ? Dans la presse que je lis, je crois percevoir un revirement d’opinion à l’endroit du président Trump.

Hier encore, on le traitait de pitre. Désormais on commente ses nominations, on cherche à deviner ses intentions. On le dit imprévisible. On attend de voir les résultats de sa politique pour se prononcer ? En tous cas, il me semble avoir gagné un certain respect.

Qu’est-ce qui a produit ce résultat ? Comme les stratèges chinois, serait-il parvenu à épuiser les ressources de ses adversaires ? Ont-ils pris conscience, comme le président Biden, qu’ils n’avaient guère de leçons de morale à lui donner ?

Paul Temple

Je deviens un spécialiste du détective anglais d’après guerre. BBC 4 extra rediffuse des enregistrements du feuilleton radiophonique Paul Temple.

Paul Temple, « the suave sleuth », est un auteur à succès de livres policiers. Il est riche. Il vit dans la haute société. A ses heures perdues il est enquêteur. Comme souvent en Angleterre, c’est un esprit supérieur, qui a réponse à tout. Lorsqu’il intervient, il dirige Scotland Yard.

Sa particularité est de faire équipe avec son épouse la « glamorous » Steve. (J’ai appris, grâce à wikipedia, que c’est un pseudonyme, et que l’actrice qui joue ce rôle avait un physique à faire de la radio.) Ses différentes aventures sont bâties sur un schéma prévisible. Tous les deux traversent un nombre invraisemblable d’attentats, à tel point qu’ils ne font plus attention aux balles qui traversent leur pare-brise, avec, généralement, au moins une tentative de noyade. Finalement, tous les suspects se retrouvent dans une salle. Mais le premier coupable n’est généralement pas le seul ou le bon. Il y a un rebondissement de dernière minute. Avant explication finale et note d’humour.

C’est à la fois très anglais et très international : les héros de mon enfance ressemblaient à Paul Temple. Ils étaient des surhommes. Sa particularité est sa femme. Non seulement l’un ne va jamais sans l’autre, mais, seule, elle peut très bien se débarrasser des pires malfrats, et même les noyer. Bien sûr, le feuilleton reflète les « préjugés du temps » : alors que son mari est la rationalité même, elle est toute intuition. Mais les deux sont complémentaires. Et je soupçonne que l’intuition va revenir à la mode !

Péril jaune

La BBC s’interroge sur l’avenir de l’industrie automobile occidentale. (The Inquiry, Is Europe’s car industry at a crossroads?) Péril jaune.

Jusque-là j’avais entendu que la Chine avait pour stratégie de dominer les activités économiques vitales. Qu’en ce qui concerne l’automobile, elle avait constaté qu’elle ne pourrait jamais rattraper l’avance occidentale, et que les normes environnementales lui donnaient la chance de s’imposer. Ici comme ailleurs, elle y était parvenue par des subventions massives.

L’émission développait d’autres idées. Certes il y avait eu subvention, mais le véritable décollage était dû à Elon Musk, décidément, qui avait apporté à la Chine un savoir-faire essentiel. Et aussi : les constructeurs occidentaux avaient perdu leur domination du marché chinois faute d’avoir compris le besoin du consommateur local, qui est de faire de sa voiture un smart car (Steve Jobs se retourne dans sa tombe ?) disposant d’applications telles que le Karaoké.