Trumpocène

Le Financial Times semble avoir lu mon billet concernant la stratégie en avenir incertain. Un de ses titres, le 27 :

Managing uncertainty in the Trump age
Multinationals need to dust off the pandemic playbook to cope with disruption

Trump n’est pas l’hirondelle qui a fait l’incertitude, mais il a le mérite de nous mettre en face de sa réalité. Tout ce que nous croyons acquis peut claquer.

En particulier nos PME, avec leur dirigeant seul dans leur bureau, « nez sur le guidon », et leurs marges nulles sont condamnées à un changement radical…

A défaut d’anthropocène, nous sommes entrés dans le trumpocène.

Perfide Albion

Hier, j’entendais la BBC dire que les « utilities » (services publics généralement privés) se livraient à la pratique du « back billing » particulièrement perverse.

Les dites institutions répondaient que le « back billing » représentait une faible proportion des plaintes reçues.

J’ai pensé que seul un esprit issu de la haute éducation anglaise pouvait faire une telle réponse : un Français aurait pensé que cela signifie qu’elles reçoivent des masses de réclamations.

Gaza

M.Trump fait une sortie dont il a le secret et obtient le résultat escompté : il est à la une des journaux.

Comment souvent, ce qu’il dit n’est pas totalement idiot. Il serait bien de reconstruire Gaza, comme on l’a fait de l’Europe en 45. Et transformer Gaza en « riviera » doit avoir quelque-chose d’évident pour un promoteur immobilier.

Quant à la méthode proposée, celle utilisée par ma mairie pour transformer une friche industrielle en « marina », comme souvent, elle ne semble ni faire l’unanimité ni avoir quelque chance de réussir.

(En fait, le problème est plus complexe qu’une simple aide à la reconstruction : ceux qui veulent y participer doivent aussi s’assurer qu’ils vont en retirer un minimum de reconnaissance. « Faire le bien » n’est pas suffisant. N’est-ce pas la leçon que l’Occident devrait retirer du résultat de ses bonnes actions ?)

Chaos

Une suite d’erreurs médicales m’a rendu misérable durant dix ans. Pourtant, à l’origine, il n’y avait rien. Et à la fin, c’est moi qui semble avoir trouvé la solution. Mais, au milieu, qu’incompétence, arrogance et contradictions. Chaque médecin dénonce les autres, ce qui est rassurant, et croit qu’il doit impressionner son patient par sa morgue. Tous semblent être dirigés par leur ordinateur. Pour ma part le doute me rassure et je suis peu admiratif de quelqu’un qui ne fait qu’utiliser du matériel. Je ferais aussi bien que lui, à sa place.

En fait, notre société est à l’image de la médecine. Rien ne marche plus correctement.

Mais, il n’y a pas de coupables ou de victimes. Mes amis, au fond, sont très heureux d’insulter leurs médecins, leurs banquiers ou leurs artisans. Et, parfois, de faire leur travail.

Que veut Trump ?

M.Trump fait la une.

Mais la montagne n’accouche-t-elle pas d’une souris ? Il menace les nations de droits de douanes extraordinaires, puis il les retire quand les dites nations ont fait quelque geste symbolique, et annoncé des mesures de rétorsion ciblées. (Cela ressemble à la manière dont Nicolas Sarkozy à mené ses changements : jeu du réformateur réformé ?)

J’ai noté, petit-à-petit, que le regard que l’on portait sur M.Trump avait changé. On le prend désormais au sérieux.

Mais a-t-il changé ?

Principe de vie

Je me fais avoir à tous les coups. Les promesses n’engagent que ce qui les entendent, dit-on. Eh bien c’est mon cas. Et mes interlocuteurs ont bien peu de suivi dans leurs propos. Au bout d’un moment, je commence à percevoir quelque chose de désagréable. Ils ne sont pas cohérents.

Mais voilà, la victime est souvent coupable : mon cerveau est paresseux, il a tendance à prendre ce qu’on lui dit pour argent content, et, surtout, à oublier immédiatement d’où lui vient ses certitudes. D’ailleurs tout notre enseignement vise à nous inculquer ce biais : le bonne élève est celui qui absorbe ce qu’on lui dit, sans le moindre esprit critique, car la critique fait perdre du temps.

En fait, je me demande si chaque homme n’obéit pas à un principe. Pour ma part, j’ai toujours cru à une sorte de recherche collective de la « vérité » (quel que soit ce que signifie ce mot). Pour moi, la gloire personnelle n’a aucun sens. Cela n’est pas nécessairement un bien, d’ailleurs : ma responsabilité en est allégée. Mais je ne peux pas faire autrement. Pour le reste, je pense que ce qui domine actuellement la société est l’individualisme. Son principe est d’avoir le dernier mot. Donc de manipuler le discours en fonction de son intérêt du moment. Ce qu’on a fini par appeler sophistique.

Pizza d’Amazon 

Des beaux esprits nous expliquent à longueur de billets que M.Bezos dit que dès qu’une équipe a besoin de plus d’une pizza, elle est trop grande. Mais qu’attend notre administration pour appliquer ce principe ? (Je note qu’il me faut une pizza pour moi tout seul…)

Or, je lis que le mal d’Amazon est sa bureaucratie ! (Ce que confirme un ami qui en a démissionné il y a quelque temps, extrêmement frustré justement pour cette raison.)

Amazon is laying off dozens of people in its communications department, the latest culling of the corporate workforce amid executives’ efforts to cut costs and reduce bureaucracy

Bloomberg (@bloomberg.com) 2025-01-29T19:41:26.412Z

L’enseignement que j’en tire ne concerne pas Amazon. Il s’agit du phénomène « fausse nouvelle ». Il est beaucoup plus répandu qu’on ne le pense. Par manque de rigueur intellectuelle et d’esprit critique, nous sommes tous en danger d’en être coupables.  

Schadenfreude

Celui qui suit ce blog doit soupçonner que je me réjouis de la débâcle des « climato-enthousiastes ».

Non que je ne pense pas que l’homme réchauffe le climat. Je crois même que nous faisons face à des problèmes bien plus graves. Celui-ci n’est qu’une diversion.

Mais ils représentent tout ce que je hais. Pire qu’un maccarthysme de gauche : le totalitarisme. Et la négation de la rigueur scientifique et de la démocratie. Et ils sont « chiants ». C’est ce que le moralisme fait de pire.

Comment a agi le « microcosme » qui en était le coeur ? Par « l’influence », par la manipulation des esprits, par la terreur. Il a prétendu qu’il y avait un « consensus scientifique », alors que la science n’est que recherche, donc doute. Manipulateur de mots, il a inventé « l’anthropocène ». Et même « gauche ». Car qu’avait-il de gauche, ce groupe d’ultra-privilégiés qui hait ses semblables ? Mouvement de Tartuffe, il terrorisait la société par la censure morale, la « cancel culture », et niait la réalité des maux de son prochain, tout en faisant le contraire de ce qu’il prônait. Il aurait été intéressant de lui demander un « reporting écologique », qu’il imposait aux entreprises.

Mais il y a bien pire que ce microcosme : la masse bêlante des « suiveurs » qui le singeait. Et dont une partie retourne sa veste. La banalité du mal.

Bien sûr, il n’y a rien de neuf. C’est l’inquisition catholique, Les possédés de Dostoievsky, L’homme révolté de Camus. La folie de l’utopie qui saisit l’intellect pur. Pourrait-on l’éviter ? Ou, avons-nous besoin, de temps à autre, de nous rappeler de son existence ?

Le changement, ça s’étudie ?

J’étudie le changement depuis pas mal d’années. Il m’a fallu tout ce temps pour comprendre que je n’étais pas comme le reste de la population. Pour elle, il n’est pas concevable que le changement s’étudie. Le changement c’est obtempérer à ses désirs. Que trouverait-elle si elle l’étudiait ?

Les Anglo-saxons disent qu’il y a ceux qui « do things right » et ceux qui « do the right thing ». Ce sont les seconds qui réussissent le changement.

Tout tient à une question de systémique. Celui qui fait « ce qu’il faut » voit la situation dans son ensemble. L’autre obéit à l’impulsion du moment. Il fait très bien ce qui lui semble dans son intérêt. Seulement, il passe à côté de son intérêt réel. En particulier, généralement, il nuit à la société dans son ensemble, dont dépend son bonheur et son succès, en dernière analyse.

Exemple classique : pour se chauffer, il scie la branche sur laquelle il est assis.

Sondages

Qui fait encore confiance aux sondages ?

Ce qui est surprenant est à quel point les sondeurs n’ont plus l’esprit scientifique. En fait, ils conçoivent des dispositifs compliqués et nous disent que ce qui en ressort est la réalité.

Mais pourquoi ne vont-ils pas vérifier que c’est bien le cas ? Peut-être qu’ils feraient des découvertes ?

Lorsque je faisais des études de marché, avec les mêmes moyens que les sondeurs, j’avais un objectif pratique : orienter les décisions de mes clients (entreprises). J’avais constaté que ce qui « marchait », c’était de segmenter le public selon des « comportements ». On ne cherchait pas une grande précision, seulement des ordres de grandeur. Cela donnait de très bons résultats, et a permis, notamment, de régler quelques casse-têtes. En particulier, il est fréquent que le gros d’un chiffre d’affaires soit fait par un petit nombre de clients. Et s’ils avaient quelque-chose de commun ? Eh bien, c’est généralement le cas !

On verra dans ce blog que je me demandais pourquoi M.Trump n’étais pas distancé dans le coeur des électeurs, alors qu’apparemment tout allait bien aux USA. J’ai découvert que des journaux avaient mené des études qualitatives auprès d’indécis et que ceux-ci avaient le sentiment de bien mieux vivre sous Trump que sous Biden, ils appuyaient leur jugement sur des faits. Cette explication est celle qui, aujourd’hui, paraît faire consensus à gauche et à droite…