Cumul

Les députés auraient perdu toute crédibilité. Le spectacle qu’ils viennent de nous donner en serait la cause. En revanche, les sénateurs et les « élus de terrain » jouiraient de la considération générale. C’est ce que l’on m’a dit.

Il est possible que tout cela résulte d’un changement malencontreux. Un temps, il était de bon ton chez les intellectuels bien en cour de dénoncer le « cumul des mandats », qui faisait que les députés n’avaient pas de temps à consacrer aux intérêts de la nation.

Il y a quelque temps on m’a conseillé de contacter un député. Lorsque j’ai regardé son CV, j’ai constaté qu’il avait quitté un poste de professeur au MIT pour se faire élire. Une exception, comme Cédric Villani ? Ou une règle : ces gens sont venus pour nous imposer des idées qu’ils avaient pêchées dans l’espace interstellaire ?

Voilà à quoi servait le cumul des mandats : à mettre le député de plein pied dans la réalité ? Acceptons la nature humaine telle qu’elle est ?

Leçons du passé

Une des caractéristiques de notre temps aura été de vouloir réécrire l’histoire, en appliquant des normes morales modernes.

Il semble que l’humanité évolue comme grandit l’individu : elle ne fait qu’émerger d’une sorte de magma. Elle subit les événements. Bien sûr, avec le recul, tout paraît simple. Mais y a-t-il eu cercle avant que quelqu’un ait l’idée de le tracer ?

De même que les nobles étaient issus de brigands, il y a de bonnes chances que nos moralistes modernes doivent leur situation enviable aux vices de leurs ancêtres.

Accordons à ces derniers le droit à l’erreur ? Et aussi à nous-mêmes ? Au lieu de vouloir changer le passé, pourquoi ne pas apprendre de lui ?

Apprenti sorcier ?

Le pari de la spécialisation par les seules forces du marché est un échec, ose écrire Draghi. La dynamique vertueuse n’a pas été enclenchée : la concurrence devait générer efficacité productive et marges, lesquelles à leur tour devaient générer les investissements dans la R&D qui devaient favoriser la montée en gamme. Cette montée dans la spécialisation à son tour devait générer une hausse des exportations. Ce processus vertueux a été activement poursuivi et pour le favoriser on a banni les champions nationaux, les aides publiques ont été traquées et des politiques commerciales permissives ont été pratiquées.

Article concernant le rapport Draghi

Ce que l’on peut interpréter comme : ceux qui passent leur vie à faire des remontrances à la population, à la qualifier d’arriérée, avaient tort, et sont à l’origine de la situation regrettable de la nation.

L’erreur est humaine bien sûr, même si le coupable n’est pas la victime. Mais ce qui est curieux est que les critiques qu’adressent ses opposants au gouvernement ne parlent jamais de ce sujet. Elles sont de l’ordre au mieux du borborygme. Le gouvernement aurait-il le monopole de la raison ?

Avenir de la Syrie

Bien malin qui peut prévoir l’avenir de la Syrie.

D’après ce que j’entends, les partis d’opposition au régime en place préparaient depuis un an leur coup. Mais vont-ils rester unis ? D’autant que ce pays divisé va devoir composer avec les intérêts de plusieurs grandes puissances : la Russie, qui y a des bases militaires (et qui les considère comme des « investissements » selon la BBC), les USA, les Israéliens, les Turcs. Chacun ayant des champions locaux, qui défendent ses intérêts.

Et si la Syrie nous donnait une leçon de cohabitation ? La saison des voeux commence…

Aventures en Syrie

Syrie : histoire d’un changement ? Un temps, la Syrie, me semble-t-il, était vue comme un Etat progressiste. C’était un Etat laïc, proche de l’URSS, comme Israël, d’ailleurs. Mais avec des intérêts opposés. Mes amis libanais disent que l’on y faisait preuve de beaucoup de tolérance.

Puis les intellectuels occidentaux ont décidé de faire tomber les régimes locaux. Ce fut les « printemps arabes ». Ils donnèrent tout le contraire de ce qui était prévu. Car les amoureux de la démocratie n’avaient pas les moyens de gouverner. Dans le chaos qui en a résulté, la Syrie a subi l’assaut de l’Etat islamique, dont elle a été sauvée par l’Iran et la Russie.

Aujourd’hui, de nouveaux islamistes sont au pouvoir. Mais ils semblent bien accueillis. Lassitude ou sagesse ? Tout le monde a mis de l’eau dans son vin ?

Parlement rural

Mon association fait partie du Parlement rural. Le Parlement est lui-même un ensemble d’associations qui, depuis plus d’une décennie, cherche à faire entendre la voix des « territoires », alors que le gouvernement promeut la « métropolisation » du pays. Mon association représente la PME / TPE au sein de ce groupe. Jusque-là, il entendait « entreprise » par commerce ou artisan.

J’assistais à une session qui traitait de la décarbonation de l’énergie utilisée par les ruraux.

Il est toujours surprenant, dans ces séances, de s’entendre dire « chers parlementaires » ! Il est aussi surprenant de voir qu’autant de sénateurs s’intéressent suffisamment à la question pour y consacrer quelques heures, et qu’ils parlent simplement de sujets concrets. Ceux que je rencontre sont d’anciens maires de petites communes qui sont attachés à leur territoire.

Quant au sujet, il est toujours difficile d’en comprendre les subtilités lorsque l’on ne baigne pas dedans comme le reste de l’assistance. Ce que je retiens est que la politique que cherche à imposer le gouvernement a de graves (tristement ridicules) effets pervers. Faute de vision systémique, elle conduit à augmenter invraisemblablement les émissions de CO2 tout en favorisant l’étranger au détriment du national. En particulier, j’ai aussi entendu que les éoliennes étaient uniformément haïe, à commencer par les communes écologistes !

Mais est-ce une question de gouvernement ? J’ai cru entendre que c’était surtout l’administration qui était en cause.

Que faire ? « Pragmatisme » disaient les participants. Chaque cas est particulier. Il faut partir de l’existant, en particulier connaître la vie des habitants et les contraintes qu’elle impose, et lui apporter les solutions, souvent mixtes, les plus adaptées. En particulier, le « biogaz » liquide serait généralement une bonne solution (la moins mauvaise ?). Et les personnes du cru sont les plus propres à ce travail.

J’ai aussi entendu qu’il serait grand temps que le gouvernement songe à faire évaluer l’impact de ses décisions.

Une histoire de violence

Around a third of people who grew up in Chicago have carried a concealed firearm on the city streets at least once by the time they turn 40 years old, according to a major study of gun usage.

Article

Est-il étonnant que les Américains soient aussi meurtriers, s’ils portent sur eux des armes ? Qu’ils soient tentés de se faire justice ?

Dernièrement, le dirigeant d’une compagnie d’assurance s’est fait assassiner. Peu de gens l’ont pleuré, car les assureurs n’assurent plus. Ne sont-ils pas, eux-aussi, des meurtriers ? Crime en col blanc ?

L’arme ne serait-elle qu’un artefact d’une société dont le propre est la violence ?

Complexité

Curieux enchaînement de causes et d’effets. En attaquant Israël, le Hamas a provoqué non seulement une réaction contre lui, mais aussi une destruction du Hezbollah, et un effondrement de la Syrie. Le régime accusé de crime contre l’humanité a mis un terme à un crime contre l’humanité que l’on ignorait superbement : la Syrie était une infâme boucherie.

Non seulement l’Iran aurait perdu ses bases avancées, mais la dernière riposte israélienne aurait détruit ses défenses antimissiles, ce qui l’exposerait à une frappe de Trump. Dorénavant Turquie et Israël seraient face à face.

De bruit et de fureur ? L’histoire est une suite de coups de théâtre et d’effets papillon ? Vouloir la contrôler est une illusion ?

(Émission de Christine Ockrent, chez France culture, la semaine dernière.)

Changement au Royaume uni

Le gouvernement de Keir Starmer s’est engagé dans des réformes douloureuses. Venant d’un gouvernement de gauche, elles sont inattendues.

En effet, il tente de remettre en ordre les finances publiques. Si bien que son chancelier de l’échiquier, un genre de « dame de fer », mène une politique de rigueur.

Il fait aussi construire des habitations en masse, notamment dans des zones qui jusque-là étaient protégées.

Et il cherche comment réduire le nombre de prisonniers, qui ne fait qu’augmenter, avec les coûts afférents.

Et il réduit le nombre de fonctionnaires (de 10.000) !

Kier Starmer reprend en main l’appareil d’Etat ?

Curieusement, les gouvernements libéraux « pro business » qui l’ont précédé ont été de très mauvais gestionnaires, et ont fait un usage immodéré de l’administration. Politique millénariste : nous libérons les instincts animaux de l’entreprise, il en résultera une prospérité sans précédent ?

Une leçon dont pourrait s’inspirer la France ?

Vendredi 13

François Bayrou, nouveau premier ministre, va-t-il sauver la France ?

Le plus surprenant, dans cette affaire, est qu’il semble avoir insisté pour prendre ce poste.

Le mal de nos hommes politiques est de ne rien comprendre à la réalité. Or, lui, étant commissaire au plan, était le mieux placé pour l’étudier. Mais qu’a-t-il fait ? A court terme, la question est de rassembler une majorité de voix de députés, sachant qu’une partie de ceux-ci semble inaccessible à la raison. A-t-il les qualités pour réussir ?

A moins que le peuple ne fasse comprendre aux députés qu’ils n’acceptent plus leur irresponsabilité ? Ou que ces derniers prennent conscience que, comme dans la fable du héron, plus ils censurent, moins le choix qui leur sera donné sera acceptable ?

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner,
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

M.Bayrou sera-t-il le limaçon des députés ?