Infini

Emission de la BBC parlant d’infini.

Ce qui m’a été enseigné comme une évidence ne l’a pas toujours été. D’ailleurs, ceux qui sont à son origine étaient des croyants. L’infini ressortait à la métaphysique. Et les critiques qui ont été faites à l’endroit de ces théories étaient loin d’être ridicules.

J’en suis arrivé à penser que l’enseignement sélectionne les simples d’esprit. L’élève, implicitement, pense que ce qui lui est enseigné est une vérité d’Evangile, aucun intérêt à perdre du temps à le comprendre et encore moins à le critiquer. Ce qui compte c’est de détecter le réflexe pavlovien de l’enseignant qui déclenche la bonne note.

Avenir de nos enfants

Au hasard des titres, on lit :

Czech coal and gas investor Pavel Tykač sees vindication in Trump’s White House return

Prague-based Sev.en is planning to double carbon-intensive investments outside the EU

Financial Times 27 janvier

La défaite du totalitarisme écologique met l’humanité devant la réalité : son avenir, c’est dix milliards d’Occidentaux. Un monde irrespirable, artificialisé à outrance, où chacun se comporte chez les autres en terrain conquis.

L’avenir n’est pas rose.

En tous cas, s’il y a un enseignement à tirer de nos mésaventures, c’est que le changement ne peut se faire que si tout le monde y consent et pas par la manipulation des esprits. 

Self help

Self help : je tombe sur une ancienne émission de la BBC. Préoccupation éternelle de l’humanité. Chez les Grecs, il s’agissait de guider son existence. Récemment c’est un devenu un « business » extrêmement lucratif.

La raison d’être de la littérature de self help est l’inefficacité : celui qui s’y adonne doit en consommer toujours plus.

Cela m’a fait penser à la systémique. Elle parle de « déplacement de charge ». Lorsque l’homme est face à une difficulté il tend à choisir une solution de facilité (l’alcool, par exemple). Si bien qu’il s’enfonce de plus en plus. La systémique a ainsi tout un catalogue des erreurs que nous commettons.

Alors, me suis-je dit : apporter la mauvaise solution à un problème le rend permanent, une part de notre économie de marché serait-elle fondée sur ce principe ?

Seulement, pour que cela puisse être, il faut que le client vous fasse confiance. Trahison d’un (du ?) principe fondamental de la société ?

Alors, le bon self help ? Utiliser les autres pour faire le diagnostic de ses maux mais ne pas se reposer sur eux, ne pas renoncer à son libre arbitre ?

Course à l’intelligence

Depuis que les Américains dominent le monde, tout est devenu simple.

Il y eut un temps où les plus beaux esprits s’attaquaient aux mystères de la nature. Aujourd’hui, tout n’est plus qu’une question d’investissement. Payez et vous inventez.

On appelle cela « l’intelligence artificielle ».

Amazon to spend $100bn this year in AI drive

Spending plans outpace Big Tech rivals Alphabet and Microsoft

Financial Times, 6 février

Leçons de l’histoire

L’histoire comme retour en enfance ? 50 ans de vague libérale. Tout ce que l’on nous a raconté était faux, et on le savait.

Nous avons eu droit à la déréglementation façon Thatcher et Reagan, aux privatisations, au service public saisi par les syndicats (lutte des classes inversée), aux délocalisations massives (la jeune Chine et la vieille Europe, vous vous souvenez ?), à l’élimination des « corps intermédiaires », à Blair et l’immigration toute aussi massive (qui a tué l’innovation et l’industrie anglaise), sans compter les multiples guerres « démocratiques » : ce nouveau modèle de société marchait si bien que tout le monde devait en profiter ! (etc.)

Tout cela s’est retourné en partie contre ceux qui portaient ces idées. Mais ils en ont tout de même bien profité ? Th. Picketty n’avait-il pas raison de parler de nouvelle lutte des classes ? Seulement n’était-il pas de la classe de l’exploiteur (comme Marx, d’ailleurs) ?

Sanction des événements ? Comme en 45, de la crise sortira une nouvelle élite, forgée au combat ?

(Saint Simon avait-il raison de dénoncer le parasitisme de l’aristocratie ? Le parasitisme des élites est-il une fatalité ? De même que, pour le commercial, il est plus facile d’exploiter les siens en baissant les prix que de défendre leurs intérêts, au lieu de faire leur travail, nos élites sont allées au plus aisé ? Et en masquant leurs agissements par le discours de Kaa ?

En permettant au « politique » de saisir le pouvoir, la prospérité d’après guerre nous a été fatale ? De l’intérêt de se sentir en danger ? « Feeling of urgency » comme disent les gourous du changement ?)

Changement à l’américaine

M.Musk s’attaque à l’Etat. Il tente de lui appliquer la méthode qu’il a employée pour Twitter (avec un grand succès, comme chacun sait).

Can anyone stop Elon Musk’s hostile takeover of the US government?
The billionaire’s aggressive efficiency drive has critics warning of a constitutional crisis. Allies say he’s just getting started

Financial Times, 7 février

Un peu avant :

Elon Musk barred from accessing US Treasury payments data

Temporary order restricts efforts of billionaire’s Department of Government Efficiency to infiltrate multitrillion dollar system

6 février

M.Musk infiltre ses « hackers » dans les systèmes d’information de l’administration. (Il applique le type de techniques qui de temps à autres fait la une des journaux : vos données privées ne le sont plus.) Apparemment, il veut la prendre par surprise. Il se moque des lois. Il est la loi. La loi du plus fort.

Début de résistance ? La justice réagit. Y compris celle qui a été nommée par M.Trump.

Qui ne tue pas renforce ? Le mérite du couple Trump, Musk est d’amener beaucoup de gens et d’institutions à réfléchir à une raison d’être qu’ils avaient oubliée ?

Inégalité des sexes

Dans mon enfance, j’étais persuadé que la femme était supérieure à l’homme.

Je viens d’un milieu que l’on dit pauvre. Et, dans ce monde, les femmes étaient les mieux éduquées. Elles dirigeaient la maison. Elles géraient la boutique, quand le mari était artisan. L’homme s’enorgueillissait de son courage, de sa force physique. Un rien Trump : grande gueule qui n’a peur de rien. Quand il était parvenu à se faire une place, il bâtissait une famille. Cela ressemble à ce que font les Libanais : l’homme part faire fortune à l’étranger, dans des emplois dont personne ne veut, et s’il y parvient, il revient dans son pays chercher une épouse.

En famille, l’homme de mes souvenirs jouait les matamores, mais, en fait, sa famille était sa raison d’être. Ce qui n’était pas le cas de son épouse. Il mourrait généralement à l’âge de la retraite, elle menait alors une longue vie calme et heureuse.

C’était une société maternaliste. A l’image de ce que je perçois des sociétés musulmanes modernes.

Le paradoxe de la situation est que ces femmes avaient conscience qu’elles avaient des capacités intellectuelles qui méritaient beaucoup mieux et qu’elles reportaient leur ambition sur leur fils !

Cela a-t-il changé ? Lorsque l’on regarde le baccalauréat et tous les types d’études qui donnent les meilleurs métiers, à l’exception de celles qui demandent des concours violents (ingénieurs), ou mènent à des métiers inconfortables (médecine de ville, ingénieur), les femmes dominent. Différence génétique ? La tête et les jambes ?

(Qu’a changé le féminisme moderne ? La femme n’aime peut-être pas plus sa fille que par le passé, mais elle veut profiter de la gloire de son vivant ?)

Recette du succès

Imitez ceux qui réussissent ! Voilà ce que dit, depuis toujours, la revue ou le best seller de management américains. Quelque temps plus tard l’entreprise admirée disparaît. On n’en parle plus.

Qui croit ce genre de balivernes ? Probablement les lecteurs de Harvard Business Review. Lorsque l’on considère le Musk ou Trump, lui pense que la fin justifie les moyens. Il se lance comme un fou derrière la dernière idée qui lui a frappé le cerveau, et quand « ça résiste » de trop, qu’il a épuisé tout le catalogue des coups bas, il bifurque. C’est la mouche contre la vitre. Ou peut-être un type de mouche particulier : qui n’est bien que dans la bagarre. Seule conviction : je suis le meilleur.

Martin Seligman a raison : la véritable recette du succès, c’est l’optimisme ? (Selon sa définition.)

Trumpocène

Le Financial Times semble avoir lu mon billet concernant la stratégie en avenir incertain. Un de ses titres, le 27 :

Managing uncertainty in the Trump age
Multinationals need to dust off the pandemic playbook to cope with disruption

Trump n’est pas l’hirondelle qui a fait l’incertitude, mais il a le mérite de nous mettre en face de sa réalité. Tout ce que nous croyons acquis peut claquer.

En particulier nos PME, avec leur dirigeant seul dans leur bureau, « nez sur le guidon », et leurs marges nulles sont condamnées à un changement radical…

A défaut d’anthropocène, nous sommes entrés dans le trumpocène.