Quota

En France, la femme fait l’objet d’une « discrimination positive ». Du moins en ce qui concerne les postes de direction des entreprises, il existe des quotas obligatoires. Aujourd’hui, ils ne seraient pas remplis.

Que faire ? Cela m’a rappelé une observation récente :

Une des missions de l’association des interpreneurs, à laquelle j’appartiens, est de trouver des solutions aux problèmes des dirigeants de PME.

Le cauchemar du moment est le recrutement. Nous menons donc une enquête auprès de ceux qui ont été confrontés à la question avant tout le monde, afin de savoir ce qu’ils ont fait.

Nous avons étudié le cas de l’industrie. Il est urgent de « réindustrialiser » le pays nous dit-on, mais l’industrie ne trouve pas de personnel. Ses employés expérimentés partent à la retraite et l’industrie n’est plus au programme de l’Éducation nationale.

Mais certains ont trouvé une solution : ne pas chercher le diplôme, mais la motivation. Car, lorsque l’on est motivé, on apprend très vite.

Et qu’a-t-on recruté ? Des femmes. Pourquoi ? Elles recherchaient le défi et l’ambiance de l’équipe. Et cela a changé l’entreprise. Ses relations humaines s’y sont apaisées.

Conclusion ? L’entreprise unisexe passe à côté de l’optimum. Les relations y sont désagréables. Nous l’avons tous constaté.

Conseil à tout individu, quel que soit son sexe (ou son absence de sexe, si l’on veut être dans le coup) : l’important est de comprendre en quoi consiste sa motivation, et où, dans quelle entreprise, dans quel poste, elle nous porte.

Pour atteindre les quotas, il faut les oublier. Il faut sortir de la pensée unique, du conditionnement social, et chercher sa voie.

René Girard

René Girard. Philosophe ? Anthropologue ?

Il part aux USA. On lui propose d’enseigner le français. Il doit se mettre à l’étudier. Il doit publier pour survivre. Il se spécialise dans l’étude du roman. De fil en aiguille, il lui vient une idée. La psychologie, en croyant que l’individu est autonome, se trompe. L’individu veut ce que l’autre veut. D’où conflit, et violence, « guerre de l’homme contre l’homme ». Et nécessité pour une société de détourner cette violence, en particulier par le sacrifice humain, et par la religion. Un entretien de France Culture.

Pensée mimétique ? A l’époque de ses travaux, la systémique était à la mode. Elle aussi s’éloignait de l’individu. Seulement, sa vision des relations humaines était quelque-peu plus complexe que la sienne.

Ce que, d’ailleurs, elle a de surprenant, cette pensée, est ce qu’il tire de la moindre « anecdote » obscure de la bible. A croire qu’il en était contemporain. Là aussi, probablement, il était de son temps : le « scientifique » « surinterprétait » ce qu’il voyait, par exemple les gravures rupestres.

Finalement, anthropologie des USA ? Les Anglo-saxons ont une révérence particulière pour une certaine forme de recherche. Contrairement à nous, s’ils sont impressionnés par une démarche intellectuelle, ils jugent qu’elle ne peut déboucher que sur des résultats estimables. De même ils sont intimement convaincus que tout milliardaire ne peut pas être fondamentalement mauvais.

En tous cas, vivre aux USA lui a permis de ne pas subir le pouvoir mimétique de la « French philosophy », qui, elle, était toute égoïsme et « déconstruction » de la société.

Sur diagnostic

« Sur traduction » disaient les enseignants de mon enfance. De même, il semblerait qu’il y ait des « sur diagnostics ». Le médecin fait de plus en plus de diagnostics et cela bousille un nombre considérable de vies. La médecine est mauvaise pour la santé. (The age of diagnosis, BBC.)

Toute innovation tend à avoir des effets imprévus qui en éliminent souvent les effets bénéfiques.

Science sans conscience ? Cela tient peut-être à ce que notre société aime l’individualisme et pousse l’individu à n’en faire qu’à sa tête. Avec Trump, Vance, Musk nous en avons la démonstration ?

Esprit es-tu là ?

Alain Decaux parlait de son ami Sacha Guitry, il y a longtemps. (Deux émissions rediffusées par France Culture.)

J’ai pensé, qu’en ce temps, la France avait beaucoup d’esprit. Et que nous l’avions perdu. Pourquoi donc ?

Mais y a-t-il beaucoup de différence entre l’esprit de Sacha Guitry et celui de Noel Coward ? Les dialogues de leurs pièces et films sont agréables, vifs, surprenants, mais, au fond, pas très profonds. Un plaisir intellectuel du moment ?

Tous les deux n’étaient-ils pas, simplement, les enfants de leur temps, un temps qui avait de l’esprit ?

Dangereuse médecine

Je discutais un jour avec un ponte de Sanofi, qui me disait que l’on détectait les maladies de plus en plus tôt, mais que la durée de vie après détection ne croissait pas. J’en ai déduit que le diagnostic tuait le patient. Il ne m’a pas démenti.

Il se trouve qu’une émission de la BBC semblait me donner raison. Le diagnostic peut avoir beaucoup d’effets graves, en particulier déclencher d’effroyables maladies psychologiques. Dans d’autres cas, des gens peuvent se faire charcuter pour éviter une maladie qu’ils n’auraient jamais eue. Sans compter qu’un simple mal-être peut lui aussi être diagnostiqué comme une affection sérieuse, et faire basculer la vie de la personne concernée.

Ce qui fait beaucoup de dommages, laissait entendre l’émission, est que le médecin a autant besoin de se rassurer en faisant un diagnostic que le « malade » d’être fixé sur son cas. Et notre médecine n’est plus que celle du spécialiste. De spécialiste en spécialiste, on multiplie les maladies.

Je suis persuadé depuis bien longtemps qu’il serait utile de se pencher sur les effets pervers de la pratique médicale.

Ensemble

Le travail que je mène avec les interpreneurs m’a fait découvrir la France de l’intérieur, la France des petits.

Les petits cafés qui n’ont plus de clients, les petits maires qui n’ont plus de pouvoir et crèvent sous la botte de l’Etat, le petit entrepreneur que personne n’aime, etc. C’est un monde de grande déploration. L’Etat, ses députés, son administration et son gouvernement nagent dans l’illusion, et dépensent l’argent public dans des projets somptuaires en enfermant le simple mortel dans un univers de plus en plus kafkaïen. Après cela comment l’Etat peut-il parler de crise budgétaire ?

Mais, j’ai fait un constat : le mal de ces petits n’est pas le Jacobinisme parisien, mais l’individualisme. L’expérience montre que dès que quelques citoyens se réunissent et inventent un « beau projet », tout change. On découvre que l’Etat, ses élus et son service public sont extrêmement bienveillants et serviables

Prenons le cas du petit maire. Son pouvoir économique a été donné à l’intercommunalité. Certes, mais l’intercommunalité a la bonne dimension, celle du bassin de vie, pour agir et créer des projets économiques. Qu’attend le petit maire pour en profiter ?

Et le cabaretier ? Pourquoi ne comprend-il pas que le salut n’est pas dans la subvention mais dans la clientèle et qu’il doit trouver le moyen de relancer l’activité économique de son territoire, pour créer des emplois et faire revenir des jeunes, pour le rendre « attractif » ? Que les entreprises locales s’unissent et développent ensemble leur patrimoine économique collectif et tout changera. Or, quel meilleur lieu pour ce faire que le bistrot du coin ?

Que le petit entrepreneur participe à un tel projet et tout le monde l’aimera. Et, par dessus le marché, il sortira définitivement de sa condition de « capitaliste pauvre ».

Banal Trump

Trump lutte avec la justice. Décidément, cet homme est dangereux ?

Pas du tout, c’est un usage américain, si j’en crois la BBC. Les juges font la politique du parti auquel ils appartiennent. Déjà le président Biden s’en prenait violemment à la justice, qui lui mettait des bâtons dans les roues.

Plus cela va et plus je me demande si le président Trump n’est pas un « président normal ». L’équivalent culturel de François Hollande. Par exemple, les intérêts matériels des USA ont toujours été de puissants mobiles d’intervention dans d’autres pays (ne disait-on pas que la guerre d’Irak avait été faite pour son pétrole ?). Combien de coups d’Etat les USA n’ont-ils pas faits ? Combien de coups tordus n’ont-ils pas tentés ?

Peut-être est-il simplement plus honnête que les autres : contrairement à eux, il ne cache pas ses intentions ?

Banal capitalisme ?

En réfléchissant au capitalisme, je me dis que Marx était bien plus un dramaturge romantique qu’un scientifique. Ce qui, d’ailleurs, est la caractéristique de bien des philosophes modernes. Ce sont des virtuoses de la parole, qui voient le mal partout.

Le capitalisme me semble être ce que Durkheim appelait un « fait social ». L’invention de la monnaie a eu l’effet imprévu de créer le concept de « capital ». Celui qui possède ce « capital », quelle qu’en soit la raison, tend à en faire un moyen de domination. « Naturellement », il réduit son prochain à l’état de prolétaire.

Je me demande si cela ne tient pas à la question de la démocratie et de l’individualisme. L’individu est un « pervers narcissique » : il utilise ce qu’il peut pour imposer sa volonté. Or, notre société est « structurée », ce n’est pas une anarchie. En conséquence, il se sert de sa position sociale. Et on aboutit à la lutte des classes.

Comme on le voit aujourd’hui, ce qui empêche ce système de s’effondrer est la menace extérieure. Peut-être aussi, comme le pensaient les Lumières, que toute structure sociale est dangereuse. Ou incompatible avec le principe de liberté individuelle. Notre avenir : des Schtroumpfs en réseau ?